L'industrie automobile européenne se retrouve dans « une situation alarmante ». L'un de ses principaux fabricants de puces électroniques, Nexperia, a décidé de suspendre ses exportations.L'annonce à de quoi détonner. Dans la soirée du dimanche 12 octobre, le gouvernement néerlandais à annoncer prendre le contrôle, grâce à un texte législatif ancien, de la société Nexperia basée dans la ville de Nijmegen. Un fabricant de puces électroniques désormais entre les mains des Pays-Bas, grâce à une loi nommée Good Availibility Act, alors qu'il est la propriété du groupe chinois Wingtech Technology depuis 2018. Concrètement, le gouvernement se retrouve avec un droit de regard et même un droit de véto sur toutes les décisions prises par cette entreprise, au nom de la préservation des intérêts technologiques nationaux.
Mais cette prise de contrôle étatique est loin d'être neutre. Il est question d'une entreprise qui emploie 12 500 collaborateurs dans le monde, fabrique 110 milliards de puces et semi-conducteurs chaque année dans plusieurs usines et réalise un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros d'après les derniers résultats connus. Une grande entreprise qui a décidé de ne pas se laisser faire, quitte à mettre à l'arrêt l'industrie européenne à court terme, comme le craint l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA).
« Cela nuira non seulement aux Pays-Bas eux-mêmes mais aussi à d'autres »
Pour comprendre la crainte de l'association qui représente les intérêts des 16 principaux constructeurs européens, il faut analyser la gouvernance de Nexperia. Cette dernière est une filiale du groupe chinois spécialisé dans l'informatique, Wingtech Technology. Dans son capital, celle-ci abrite... le gouvernement communiste chinois. Or, cette firme asiatique figure actuellement dans la liste des structures jugées contraires aux intérêts de sécurité nationale américains, et en parallèle la justice néerlandaise a suspendu de ses fonctions le directeur général de Nexperia.
De fait, la diplomatie chinoise craint une certaine ingérence voire pression américaine dans ce dossier, dans un contexte de tensions commerciales entre les deux premières puissances du monde enclenchées autour des droits de douane. Dans un communiqué, Wingtech Technology accuse dès lors les autorités locales d’une « ingérence excessive » motivée par des « préjugés géopolitiques ».