Semences : l’industrie des légumes sous pression climatique et sociétale

Sakata Vegetables Europe, filiale européenne du groupe japonais, est installée à Uchaud, en périphérie de Nîmes.
Guillaume Mollaret

Sakata Vegetables Europe, filiale européenne du groupe japonais, est installée à Uchaud, en périphérie de Nîmes.
Guillaume Mollaret
Dans des boîtes de Petri, des graines aux premiers jours de germination s’épanouissent sur les rangées d’un immense frigo à taille d’homme. Peut-être, dans ses mains, Basile de Bary tient-il une nouvelle variété de concombres développée par ses équipes de biologistes.
« Nous faisons des centaines d’essai par an. Après la biologie, viennent les tests en champs, puis la sélection. Seules 1 à 2 % des variétés créées accèdent finalement au marché », explique le directeur général de Sakata Vegetables Europe, filiale européenne du groupe japonais éponyme, installé à Uchaud, en périphérie de Nîmes.
Depuis ce site étalé sur 23 hectares, Sakata maîtrise toute la chaîne de valeur, depuis la conception jusqu’à la vente en passant par l’ensachage de ses marchandises : 28 espèces déclinées en quelque 900 variétés à destination des professionnels (exploitants agricoles, coopératives, grossistes). Comptant plus de 200 salariés, le siège européen de Sakata est en cours d’agrandissement, avec un investissement de 8 millions d’euros à la clé.
« Nous sommes en croissance régulière, aussi, nous prévoyons l’embauche de 50 personnes supplémentaires dans les dix ans à venir, tant pour nos lignes industrielles ou nos fonctions support que pour notre laboratoire de biologie », détaille Basile de Bary.
Croître ? Une performance sur le marché français tant il est contrasté en fonction des espèces, selon le Comité technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL). Entre 2023 et 2024, la consommation de chou-fleur a ainsi crû de 16 % et celle de concombre de 9 %, tandis que celle de la carotte recule de 3 %, du poivron de 4 %, et du melon ou de la pastèque respectivement de 6 et 12 %.
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Pour tenter d’inverser la tendance les semenciers travaillent sur de nouvelles variétés, qui ne sont pas des OGM mais dont l’élaboration est assurée par la sélection.
« Les foyers sont de plus en plus petits et le temps consacré à la cuisine se réduit, donc nous développons des variétés plus simples et rapides à préparer », expliquent Grégori Bonnet et Jérôme Brun, codirigeants de Rijk Zwaan France, dont les 62 hectares de serres et de champs sont installés à Aramon, en bordure du Rhône. « Aujourd’hui, nous proposons par exemple des pastèques de petits formats de 1,5 kilo, alors qu’il y a quelques années, elles pouvaient peser jusqu’à 12 kilos. Une gamme de poivrons allongés, doux et très sucrés, avec peu de graines. Des variétés de salades dont une simple entaille à la base suffit à libérer toutes les feuilles croquantes et prêtes à l’emploi. »
Des sélections qui doivent correspondre à un besoin pratique mais également correspondre gustativement à la mode du moment… Basile de Bary évoque des process au long cours : « Il arrive parfois que des variétés développées quelques années plus tôt et non retenues à l’époque soient mises sur le marché. Nous sommes des développeurs mais aussi des conservateurs de la génétique. Les 99 % de variétés sélectionnées ne sont pas jetées aux orties. Maintenir cette diversité, pour répondre à un besoin à l’instant T est une part importante de notre travail. »
Les autres défis auxquels doivent répondre les semenciers sont bien entendu celui d’une exigence toujours plus résistante des semences aux maladies dans un contexte où de moins en moins d’intrants et produits phytosanitaires sont tolérés, mais aussi celui de résister aux aléas climatiques avec une surabondance d’eau pouvant suivre ou précéder une période de sécheresse, auxquelles la plante va devoir s’adapter.
« Avec les agriculteurs partenaires, qui sont les multiplicateurs de nos semences, nous essayons de nouvelles zones de production », détaillent Benoît Boussuge et Laure Bessede, respectivement responsable de la production et responsable du site Bayer Seeds de Nîmes (40 salariés). « Elles migrent peu à peu vers le nord car, pour certaines, la chaleur a un impact sur la période de floraison et, en conséquence, sur la qualité et la quantité de production. »
Un site qui développe 40 millions d’euros de chiffre d’affaires avec ses productions potagères en France et enregistre 120 millions d’euros grâce aux marchandises transitant par sa logistique locale et orientée vers l’Europe du sud et l’Afrique du Nord. « Nous savons que certaines zones plus au sud vont prochainement se trouver en difficulté », poursuivent les deux dirigeants.
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Un exemple concret : la production de semences pour le maïs doux était, jusqu’à il y a encore peu, réalisée par des agriculteurs installés dans la Drôme, dans le secteur sud de Montélimar. Elle est depuis remontée d’environ 50 kilomètres plus au nord, dans la vallée du Rhône.