ENTRETIEN — Derrière sa douceur et sa pudeur, l’acteur cache une colère ancienne et une humanité rare. À 49 ans, il se confie sur son parcours, entre timidité, force tranquille et passion du jeu.
Ce n’est pas la misère ni la rédemption qui le rapprochent de Jean Valjean, mais cette question : que faire de la colère ? Et pourtant, chez ce Normand de 49 ans, elle ne se voit pas. Elle dort derrière un regard doux, une voix posée, et cette timidité des hommes solides, celle qui fait rougir les joues sans prévenir.
Deux décennies de scène et d’écran, un césar du meilleur espoir pour Angèle et Tony, un molière du seul en scène pour Des fleurs pour Algernon, Grégory Gadebois s’étonne qu’on lui consacre ces lignes. « Ah bon ? », dit-il, presque gêné, en entrant dans le restaurant Brass, à Saint-Germain, bottes de motard aux pieds. Peut-être parce qu’il ne ressemble à personne et qu’il préfère parler des autres plutôt que de sa pomme normande.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Avez-vous une part de Jean Valjean en vous ?
GRÉGORY GADEBOIS — Peut-être la colère car elle se développe très tôt avec ce sentiment d’injustice. Je n’étais pas commode quand j’étais jeune ! [Sourires.] On n’a pas le bon cadeau à Noël, et hop, frustration !
Enfant, comment cette énergie s’exprimait-elle ?
J’aimais bien l’école parce que c’était un lieu de déconnade. J’ai arrêté d’apprendre en CP à partir du moment où j’ai su lire, écrire et compter. J’ai loupé deux fois mon BEPC, et même mon CAP de mécanique moto !
Elle m’a même eu comme élève en école primaire ! Ma mère a très vite compris que les études n’étaient pas faites pour moi. Pour soigner ma timidité maladive, elle m’a inscrit à 15 ans à des cours de théâtre. Je me souviens d’un prof qui pensait même que j’étais à la limite de l’autisme. J’errais un peu sans but jusqu’à mon entrée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique en 2000 ou j’ai rencontré la comédienne Catherine Hiegel.
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