Sur scène cette semaine : un Bourgeois en demi-teinte et une fugue lumineuse
Armelle Héliot et Alexis Campion

Découvrez notre sélection scènes de la semaine du 3 novembre 2025.
LTD/Ivan Boccara - Tanguy Mendrisse - Fabienne RAPPENERAU
Armelle Héliot et Alexis Campion

Découvrez notre sélection scènes de la semaine du 3 novembre 2025.
LTD/Ivan Boccara - Tanguy Mendrisse - Fabienne RAPPENERAU

Des strapontins de l’orchestre à la dernière galerie, les 799 places du Théâtre Antoine sont occupées. Le public frémit. Adultes, ados et enfants sont là pour retrouver Jean-Paul Rouve, reconnu depuis longtemps à la télévision comme au cinéma et désormais inénarrable Jeff Tuche. Il revient parfois au théâtre, et lui confier le rôle-titre du Bourgeois gentilhomme de Molière est une très bonne idée. Mais on aurait aimé que le metteur en scène, Jérémie Lippmann, soit plus précis. La comédie-ballet est évoquée en chorégraphies flottantes et costumes peu harmonieux, musiques passe-partout. Dommage.
Les morceaux de bravoure sont là, avec des professeurs cyniques ou désarmés, tels l’excellent Jean-Louis Barcelona en maître de philosophie et autres apparitions délectables. La distribution est de qualité et Marie Parouty est particulièrement amusante en épouse désolée. M. Jourdain émeut car sa candeur et son désir d’apprendre sont touchants. Rouve séduit par sa sensibilité, mais il lui manque parfois cette pointe de noirceur qui rend le personnage plus complexe.
« Le Bourgeois gentilhomme », au Théâtre Antoine, 21 heures du mardi au samedi, 16 heures le samedi. Durée : 1h55. Tél. : 01 42 08 77 71.
![« [Ailleurs/Après] », d’Arnaud Bédouet, au Petit Montparnasse, 19 heures du mercredi au samedi, 15 heures le dimanche. Durée : 1 heure. Tél. : 01 43 22 77 74.](https://pictures.latribune.fr/cdn-cgi/image/fit=scale-down,width=1000,quality=85,format=auto/media/melody/2025/11/07/ailleurs-apres-darnaud-bedouet-au-petit-montparnasse-19-heures-du-mercredi-au-samedi-15-heures-le-di-1762535011_fb734ee52e096df734ee52e0993834v_.jpg)
Une heure, juste une heure vive et délicieuse et l’on a son content de bonheur, son plein de théâtre. Arnaud Bédouet est un artiste qui sait tout faire : jouer – au cinéma, à la télévision comme sur les planches –, écrire, réaliser, mettre en scène, faire du doublage. Il n’y a pas loin de trente ans, il a déjà reçu de prestigieuses récompenses pour sa première pièce, Kinkali, très féroce plongée en Afrique postcoloniale.
On est sous le charme de ce dernier travail. Léger et grave à la fois, [Ailleurs/Après] propose la fugue de deux personnages séduisants : une toute jeune femme qui vient d’être abandonnée par son chéri, et un vieux bougon de professeur à la retraite, son voisin. On est en été, la canicule écrase. Ils vont quitter Paris ensemble, comme des copains. Mis en scène par la très sensible Catherine Schaub, dans une scénographie inattendue et efficace de James Brandily, deux interprètes formidables se renvoient la balle. Philippe Magnan, irascible solitaire, Lou Chauvain, miraculeuse, comme toujours. Ils nous enchantent, nous grisent. À ne rater sous aucun prétexte.
« [Ailleurs/Après] », d’Arnaud Bédouet, au Petit Montparnasse, 19 heures du mercredi au samedi, 15 heures le dimanche. Durée : 1 heure. Tél. : 01 43 22 77 74.

S’habiller, la grande affaire. Alors que Shein, a eu le « mauvais goût » de s’incruster au BHV à Paris, la question vestimentaire fait également débat à Tours avec Faire le Beau, ultime création de Bérangère Vantusso sur un texte signé Nicolas Doutey. Nouvelle directrice du CDN de Tours, la metteuse en scène, par ailleurs marionnettiste, façonne un théâtre singulier où les objets prennent vie, interrogent le regard et participent à la scénographie. Tout comme elle avait déjà convoqué de splendides cartes géographiques dans Bouger les lignes, Vantusso choisit cette fois d’envahir son plateau de portants, de paravents et, surtout, de vêtements qui, au fil de la représentation, se réinventent.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

En les actionnant, cinq comédiens (tous issus de la jeune troupe du CDN, dite de l’Olympia) et une musicienne (Tatiana Paris) interrogent leur sens, leur histoire, mais aussi les préjugés et les assignations qu’ils induisent. Sans même aborder frontalement des questions en vogue trop évidentes comme l’écologie, le genre ou le voile, ils captivent en interrogeant, tout simplement, l’image projetée par nos choix vestimentaires et, en conséquence, les sentiments paradoxaux qu’ils reflètent, de la fierté à l’embarras, du désir d’exister à celui, total opposé, de disparaître…
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To be or not to be ? Citant Virginia Woolf (« les habits changent le monde à nos yeux et nous changent aux yeux du monde ») et Pierre Bourdieu (La Distinction), le spectacle maille ainsi texte et textile de façon assez réjouissante pour faire résonner les questions intimes qui incombent à tout un chacun au moment de choisir sa couleur, son style, son effet pour la journée, voire son appartenance sociale… Et ainsi, d’une manière ou l’autre, se relier aux autres.
« Faire le beau », au CDN de Tours jusqu’au 15 novembre, au théâtre de Montreuil en mars 2026
Armelle Héliot et Alexis Campion