OPINION. « La consigne mixte, cette évidence qu’on nous refuse depuis sept ans »
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Ferréol Delmas et Alexis Eisenberg
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Par Ferréol Delmas, directeur général du think tank Ecologie responsable et Alexis Eisenberg, directeur de Reloop (*)
Plus de huit milliards de bouteilles plastiques et de canettes finissent chaque année incinérées, enfouis ou abandonnées dans la nature en France. Soit l’équivalent d’une année entière d’emballages mis sur le marché en France depuis les premiers débats en 2019. Pendant ce temps, l’Europe avance. Il est temps que la France cesse de procrastiner.
Il faut appeler les choses par leur nom : seulement 53 % des bouteilles plastiques sont collectées pour recyclage, à peine une canette sur quatre récupérée dans le bac de tri, et un taux de réemploi d’à peine 1 % quand la loi en exigeait déjà 5 % dès 2023. Le tout alors que nous payons 1,564 milliard d’euros par an à l’Union européenne au titre de la redevance plastique soit 23 euros par Français, contre 16 euros en moyenne pour un citoyen européen.
Cette situation n’est pas une fatalité. Elle est le résultat d’une inaction politique persistante qui dure depuis sept ans. Sept ans pendant lesquels on nous a promis des études, des bilans, des concertations. Sept ans pendant lesquels nos voisins européens ont mis en place la consigne et atteignent désormais 90 % de collecte.
Les données sont accablantes. Selon l’ADEME, les pays ayant introduit la consigne ont vu les bouteilles plastiques reculer de 70 à 85 % dans leurs déchets sauvages. Au-delà de la pollution visible, c’est la décarbonation d’une filière entière qui est en jeu : une bouteille en plastique 100 % recyclée, c’est 70 % de CO2 en moins ; une canette en aluminium recyclé, 95 % d’énergie économisée. Avec un taux de collecte de 90 %, la France pourrait réduire ses émissions de 340 000 tonnes de CO2 par an. Refuser la consigne alors que le Président s’est engagé à doubler le rythme de décarbonation d’ici 2030, c’est se priver volontairement d’un des leviers les plus efficaces et les plus rapides à déployer.
Ne pas mettre en place la consigne coûte très cher, et la facture est déjà là : 1,564 milliard d’euros versés à Bruxelles en 2023 au seul titre de la redevance plastique. Plus de quatre milliards en trois ans. La France est aussi en retard sur le plan industriel : Constellium a investi 130 millions d’euros pour ouvrir un centre de recyclage à Neuf-Brisach, mais il s’approvisionne en canettes recyclées depuis la Finlande et les pays baltes, faute de gisement suffisant sur le territoire national.
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Sur le plan de l’emploi, la consigne mixte pourrait générer plus de 30 000 emplois directs, locaux et non délocalisables, et permettre un allègement de la TGAP qui pesait 1,019 milliard d’euros sur les finances locales en 2023.
La France dispose de tous les outils juridiques nécessaires. Un simple décret d’application de l’article 66 de la loi AGEC suffit. Si l’annonce est faite en 2026 et le dispositif déployé en 2028 (car il faut deux ans pour sa mise en place) la France peut essayer de rattraper son retard, sans pour autant espérer atteindre les objectifs européens au 1er janvier 2029. Pour ça, il fallait prendre la décision en 2025, mais le gouvernement n’a pas osé, une fois de plus. Alors qu’attendons-nous ? De nouvelles pénalités ? D’autres surcouts absorbés par le citoyen-consommateur, alors que la gestion des déchets représente déjà plus de 20 milliards d’euros par an ?
Pour rassurer les collectivités, dont les craintes sont légitimes, les mécanismes de compensation existent. Les nouveaux tonnages issus des futures filières REP viendront aussi compenser ce que la consigne retirera du bac jaune. Il est temps de retrouver le dialogue et bâtir le modèle de la consigne « à la française » avec les collectivités locales et les autres parties prenantes.
Selon IPSOS (2025), 93 % des Français sont pour. 19 pays européens l’ont fait dont l’Autriche et la Pologne en 2025, le Portugal et la Grèce en 2026, l’Espagne et le Royaume-Uni en 2027. Et nous ? La loi le prévoit. Les études le confirment. Les finances publiques souffrent. La planète n’attend plus. Qu’attendons-nous ?
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(*) Alexis Eisenberg est spécialiste de l’économie circulaire et des politiques publiques liées aux emballages et au recyclage. Directeur France & Francophonie chez Reloop, il accompagne la transformation des systèmes de collecte, de consigne et de responsabilité élargie des producteurs. Fort d’une expérience de plus de dix ans au Canada et en France, notamment chez RECYC-QUÉBEC, Deloitte et Raymond Chabot Grant Thornton, il allie expertise stratégique, analyse économique et connaissance fine des filières matières. Diplômé de HEC Montréal et formé aux affaires publiques à Sciences Po, il intervient à l’interface entre industrie, collectivités et pouvoirs publics. Ferréol Delmas est directeur général du think tank Écologie responsable, engagé pour replacer les enjeux environnementaux au cœur des politiques publiques. Spécialiste des affaires publiques et de la communication institutionnelle, il a également exercé comme conseiller ministériel au Logement. Son parcours mêle réflexion stratégique, engagement politique et action territoriale, avec des expériences au sein du gouvernement, du Sénat, de la Région Sud et d'un bailleur social. Enseignant à l’Université Paris-Saclay et ancien délégué des jeunes français à la COP15 biodiversité de l’ONU, il porte une approche à la fois politique et opérationnelle des enjeux écologiques contemporains.
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