OPINION. « Iran–États-Unis : derrière les tensions, la négociation continue »

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REUTERS/DADO RUVIC

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Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
Depuis l’épisode ouvert à Bürgenstock, en Suisse, le canal diplomatique n’a pas été rompu. Il s’est au contraire structuré autour d’allers-retours entre la Suisse, Doha et les capitales concernées. Le Qatar joue ici un rôle central, parce qu’il demeure l’un des rares acteurs capables de parler à la fois aux Américains, aux Iraniens et aux pays du Golfe sans être immédiatement disqualifié par l’un des camps.
Les discussions se poursuivent désormais à Doha, où les négociateurs cherchent à transformer les premiers engagements en une architecture politique plus solide. Les dossiers sont connus : garanties sur le programme nucléaire iranien, sécurisation du détroit d’Ormuz, liberté de navigation, désescalade régionale et mécanismes de suivi.
L’Iran pourrait accepter de nouveau, comme il y a une dizaine d’années avant que Donald Trump ne se retire unilatéralement en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien conclu sous la présidence de Barack Obama, le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur son territoire afin de contrôler ses installations nucléaires. En contrepartie, Téhéran attend des garanties économiques et politiques durables. Les États-Unis, de leur côté, savent qu’un nouvel échec du dialogue ouvrirait une crise régionale majeure, avec des conséquences directes sur les marchés de l’énergie, le commerce mondial et la sécurité des alliés du Golfe.
Le véritable changement intervenu ces derniers jours est ailleurs : le Qatar a désormais pris le lead de la négociation et de la médiation. Doha est devenu le principal point de passage entre les différentes délégations et le moteur des échanges. Fort de la confiance que lui accordent aussi bien Washington que Téhéran, l’émirat est aujourd’hui le seul acteur capable de maintenir un dialogue permanent entre les deux parties tout en associant les autres États concernés de la région.
Les incidents actuels doivent donc être compris pour ce qu’ils sont : des épisodes de tension destinés à peser sur le rapport de force, mais qui ne remettent pas en cause la poursuite des discussions. Les négociations continuent, discrètement, avec Doha comme principal chef d’orchestre. Si un accord devait voir le jour dans les prochaines semaines, il porterait largement l’empreinte de la médiation qatarie.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l’Institut Géopolitique Européen (IGE), associé au CNAM Paris (Équipe Sécurité Défense), à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.