OPINION. « 9 000 milliards d'euros : la Grande Transmission sera mutualiste ou ne sera pas »

Stanislas Perrin
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Par Stanislas Perrin, directeur général adjoint de La France Mutualiste (*)
Ce capital accumulé par la génération des baby-boomers (naissances entre 1946 à 1964) se transmettra à leurs enfants et petits-enfants selon un calendrier qui soulève un enjeu bien connu de nombreux foyers français : aujourd'hui, un héritage sur deux arrive après 55 ans, lorsque les grandes étapes de la vie sont déjà derrière soi.
Face à une situation largement documentée par de nombreuses études, une meilleure anticipation des effets de la vague à venir en matière de successions et de donations aurait pu être mise en place. Pourtant, malgré une connaissance partagée du sujet, l’inertie domine.
C'est le paradoxe de la Grande Transmission : une richesse considérable va circuler, mais à un moment ou son impact sur les nouvelles générations est plus limité. Trop tard pour financer les études, l'accès au logement, la création d'une entreprise. Transmis au bon moment, ce capital irriguerait directement l'économie réelle. Transmis tardivement, il reste trop souvent un patrimoine ‘dormant’, inexploité, épargné par défaut avant d’être à nouveau transmis.
L'étude que nous avons réalisée avec Viavoice (lien) permet de poser des chiffres sur cet enjeu majeur, auquel s’ajoute un manque de dialogue entre génération sur le sujet. Il est temps de lever le tabou, 58 % des Français directement concernés par une transmission n'ont jamais abordé le sujet avec leurs proches. 67 % des futurs héritiers n'intègrent pas cet horizon dans leur stratégie d'épargne. 44 % admettent ne pas savoir quoi faire de l'argent qu'ils vont recevoir.
Ce silence cache pourtant une attente forte : 82 % des parents jugent important de transmettre un héritage, un chiffre qui monte à 85 % chez les foyers les moins aisés. 29 % des Français souhaitent en parler avec leurs proches, sans y parvenir. La volonté existe donc, mais ne trouve pas assez souvent le cadre propice, la pédagogie nécessaire, le tiers de confiance pour se concrétiser.
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43 % des Français estiment que le système successoral est injuste : c’est une perception que notre baromètre mesure sans prétendre trancher. Il révèle et documente néanmoins le coût sociétal de ce capital mal orienté : l’accès au logement figure notamment parmi les premiers freins à la décision d’avoir des enfants, comme le révélait également en début d’année la « Mission d’information sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France » de l’Assemblée nationale (février 2026). Une transmission anticipée peut à l’inverse contribuer à financer l’accès à la propriété à l’âge où il conditionne concrètement une trajectoire de vie.
Le Comité Consultatif National d’Ethique a de surcroit souligné dans son avis 149 (février 2025) sur la baisse de la natalité et de la fertilité que « l’éco-anxiété et la responsabilité écologique jouent un rôle croissant dans les choix de vie » et que certains couples hésitent à avoir des enfants en raison de préoccupations environnementales. Les jeunes générations, plus sensibles aux enjeux environnementaux orientent naturellement ce capital vers des projets durables. Transmettre plus tôt, c’est donc également répondre aux défis démographiques et écologiques de notre époque. Autre conséquence couplée au déclin de la natalité, le vieillissement de la population va ainsi s’accélérer dans les années à venir.
Le modèle mutualiste porte en lui les conditions de cet accompagnement. Sans actionnaires à rémunérer, la valeur créée est réinvestie au bénéfice des adhérents . Construit sur la durée de la relation et la fidélité, ce modèle s’inscrit donc dans le temps long en cohérence avec des enjeux qui se construisent sur plusieurs années et se déploient sur plusieurs générations.
Et parce que les mutuelles investissent depuis longtemps dans l'économie réelle (logement, PME, transition écologique) elles peuvent orienter ce capital transmis vers des projets dits utiles, c'est le prolongement logique de ce qu'elles sont. Accompagner des familles qui ne l’ont jamais été, leur attribuer un conseiller mutualiste qu’elles aient l’intention d’investir 300 euros ou trois millions, et leur donner les mêmes outils que les épargnants les plus aisés, c'est rendre la Grande Transmission concrètement plus juste. Pas comme argument de communication. Comme vocation.
Pour toutes ces raisons, la Grande Transmission sera mutualiste ou ne sera pas.
Nous pensons que l'éducation financière est elle-même une forme de transmission. Donner à quelqu’un les clés pour constituer son patrimoine et le transmettre plus tard, c'est lui donner les moyens de décider en confiance plutôt que de subir. Plus le niveau collectif de culture financière progressera, plus cette Grande Transmission sera ce qu'elle devrait être : un moteur de croissance, et une chance pour chaque génération.
Cette Grande Transmission de 9 000 milliards ne doit pas arriver trop tard et doit être orienté dans des familles qui ont eu les conversations nécessaires. Les Français méritent d'être accompagnés. C'est le rôle que les acteurs mutualistes doivent exercer dans la durée.
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(*) Diplômé d'une école de commerce, Stanislas a précédemment occupé divers postes dans le secteur commercial au sein du groupe AXA, notamment chez AXA France, AXA Investment Managers et Kyobo AXA Investment Managers, tant en France qu'en Corée du Sud. En 2017, il rejoint La France Mutualiste en tant que directeur du réseau et de l'animation commerciale. Membre du comité exécutif, il est chargé de définir et de piloter la stratégie commerciale omnicanale, ainsi que de développer des synergies en matière d’épargne et de retraite individuelle avec Malakoff Humanis. Il supervise un réseau de 160 conseillers mutualistes et 58 agences réparties sur l'ensemble du territoire.