OPINION. « Entreprises familiales : pourquoi elles résistent mieux aux crises »
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Amira Hammouda
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Amira Hammouda
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Par Amira Hammouda, maître de conférences à l’IAE Paris-Est (Institut de Recherche en Gestion)
Elles ont stoppé leurs activités moins longtemps que les autres pendant la crise du Covid ; leurs chiffres d'affaires se sont moins rétractés ; elles ont moins licencié. Bref, les entreprises familiales ont mieux résisté à la pandémie. Ce n’est pas un hasard. Malgré les épreuves qu’elles peuvent traverser, ces entreprises familiales survivent en moyenne plus longtemps que les sociétés non familiales. Et c’est probablement leur atout majeur au moment où la France affronte une vague historique de faillites, au plus haut depuis vingt ans, avec plus de 68 000 défaillances enregistrées sur douze mois glissants en 2025, selon la Banque de France.
L'engagement émotionnel des dirigeants semble y être pour beaucoup. Au-delà des objectifs économiques classiques, de la recherche de performance à court terme, ces chefs d’entreprise raisonnent en termes de patrimoine et de transmission. Interrogés dans le cadre de nos recherches, ils ont été très nombreux à parler de leur entreprise comme de leur "bébé". Au-delà du profit immédiat, il s’agit de préserver une œuvre, une identité collective, un capital familial destiné aux générations suivantes.
Cet engagement se traduit par un acharnement au travail particulier. En Allemagne, une étude montre que les membres de la famille travaillent en moyenne cinq heures de plus par semaine que les autres salariés. Cette implication est contagieuse. Selon une autre recherche, cette fois menée en France, l’engagement des employés d’entreprise familiale est plus fort en moyenne que celui des employés des entreprises non familiales. Et pourtant, ces derniers sont, en moyenne, mieux payés !
Cette implication est aussi liée à une sécurité de l’emploi appréciée : les entreprises familiales, lorsqu’elles se heurtent à des difficultés, préservent davantage leurs salariés que les sociétés au capital éclaté, et les salariés en sont conscients, ce qui les incite à la fidélité.
En période de crise, le fait que les dirigeants des entreprises familiales raisonnent sur le long terme, avec des liens basés sur la confiance et la continuité, provoque aussi des formes de solidarité émanant tant des clients que des fournisseurs : délais de paiement, maintien de commandes, soutien mutuel.
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Comment ne pas évoquer également la prudence financière légendaire des entreprises familiales, qui évitent généralement l’ouverture de leur capital et s’endettent moins que les autres. Il s’agit d’un atout majeur pour traverser les tempêtes sans trop y perdre, sans compromettre leur solvabilité.
Le mode de management plus agile que la moyenne, est enfin, un élément clé de la résilience des entreprises familiales : grâce à des circuits de décision courts, les dirigeants directement impliqués dans la gestion peuvent réagir plus rapidement face à un imprévu, qu’il s’agisse d’une crise sanitaire ou d’une conjoncture économique difficile comme aujourd’hui.
À l’heure où la France connaît une vague historique de faillites, soutenir les entreprises familiales apparaît donc comme un enjeu stratégique. En s’inspirant des dispositifs mis en place en Allemagne, le gouvernement aurait intérêt à encourager l’investissement patient et préserver ces acteurs essentiels à la stabilité et à la vitalité du tissu économique.
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