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OPINION. « Présidentielle 2027 : la stabilité devient-elle une nouvelle forme de soft power ? »

latribune.fr

Publié le 29 mai 2026 à 06:55

Véronique Chabourine

Véronique Chabourine

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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À un an de la présidentielle de 2027, le paysage politique apparaît fragmenté et saturé de candidatures. Dans le contexte actuel, les campagnes continuent de récompenser l’intensité et la polarisation. Pourtant, les dynamiques récentes semblent aussi montrer qu’une autre ressource politique devient centrale.

Par Véronique Chabourine, analyste stratégique

Le 22 mai, Gabriel Attal officialisait sa candidature à l’élection présidentielle. À moins d’un an du scrutin, près d’une trentaine de candidatures déclarées ou potentielles gravitent déjà autour d’un paysage politique fragmenté, saturé de réactions permanentes. Mais une présidentielle ne se résume jamais à une compétition de candidats ou programmes : elle révèle aussi l’état d’une société à un moment donné.

Selon le rapport Ipsos Predictions 2026 [1], seuls 41 % des Français se déclarent optimistes pour l’année à venir, tandis que 85 % considèrent que 2025 a été une mauvaise année pour le pays. Ce pessimisme s’inscrit dans un contexte d’instabilité quasi permanente, désormais souvent qualifié de permacrise.

Dans les environnements [2] marqués par l’incertitude permanente, les individus recherchent davantage des formes de cohérence, de lisibilité et de réduction de l’ambiguïté. Cette augmentation du Need for Cognitive Closure — un concept désignant le besoin accru de clarté et de structuration du réel — peut favoriser l’adhésion à des récits plus simples, plus structurés ou plus polarisés, dès lors qu’ils rendent le réel plus compréhensible. Les derniers sondages placent le RN en tête : selon Toluna-Harris Interactive pour RTL/M6, Jordan Bardella est testé autour de 34 % au premier tour, quand Édouard Philippe devance Gabriel Attal au sein du bloc central. Bardella bénéficie d’un double ressort politique : il produit de l’intensité politique, mais aussi une simplification du réel.

Son positionnement ne tient pas seulement à la conflictualité ; il s’appuie aussi sur une capacité à simplifier les lignes de fracture, à rendre le paysage plus compréhensible, donc à offrir une impression de stabilité à une partie de l’électorat. Gabriel Attal incarne une autre forme de soft power politique fondée sur l’intensité, l’efficacité et le renouveau. Sa déclaration de candidature, le 22 mai en Aveyron, a été présentée comme l’incarnation d’une nouvelle génération politique et d’une volonté de réancrage territorial.

À l’inverse, Édouard Philippe semble bénéficier d’un capital politique construit moins sur l’intensité que sur une perception de maîtrise et de stabilité. Relativement discret dans cette phase de pré campagne, il demeure pourtant l’une des figures les mieux placées du bloc central dans plusieurs configurations testées par les sondages. C’est précisément ce qui est intéressant : dans un système qui récompense l’intensité, Édouard Philippe semble bénéficier d’une autre forme de soft power fondée sur une prime à la stabilité perçue.

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À gauche, Jean-Luc Mélenchon continue d’incarner une forme de soft power basé sur la conflictualité et la mobilisation militante, tandis que Raphaël Glucksmann peine encore à transformer sa crédibilité européenne en récit politique suffisamment structurant. Mais dans un environnement marqué par la fatigue politique et informationnelle, l’intensité ne produit pas nécessairement les mêmes effets politiques que la capacité à incarner une forme de stabilité.

Dans les périodes d’instabilité prolongée [3], les électeurs recherchent moins des programmes exhaustifs que des récits capables d’organiser les événements et de rendre le réel plus cohérent. Cette fonction de sensemaking [4] — c’est-à-dire de mise en cohérence du réel — redevient centrale dans des sociétés fragmentées par l’incertitude et la saturation informationnelle. Dans un contexte de permacrise, les campagnes présidentielles ne servent plus seulement à projeter un avenir, mais aussi à produire de la cohérence et une forme de stabilité perçue.

Mais au-delà de cette projection de stabilité, la stabilité elle-même redevient un enjeu stratégique. Les derniers indicateurs de la Banque mondiale [5] montrent d’ailleurs que la France affiche un score de stabilité politique situé autour de 0,34 sur une échelle allant de -2,5 à +2,5. Le score ne s’effondre pas, mais il reste perfectible.

Une campagne présidentielle constitue probablement l’une des formes de soft power les plus pures : un espace où les candidats doivent produire de l’adhésion avant même de disposer du pouvoir. La France traverse aujourd’hui une séquence marquée par la fragmentation politique, la fatigue démocratique et une difficulté croissante à produire des repères collectifs stables.

La question de 2027 pourrait alors être la suivante : l’incarnation de la stabilité pourrait-elle devenir la pièce manquante capable de faire basculer une élection présidentielle ?

______

[1]: Ipsos – Predictions 2026 : les pronostics des Français pour 2026

[2]: Navigating Uncertainty: How War and COVID-19 Threats Shape Populist Sentiment Through Need for Cognitive Closure

[3]: Niklas Luhmann, Social Systems, Stanford University Press, 1995.

[4]: Karl E. Weick, Sensemaking in Organizations, SAGE Publications, 1995

[5]: Banque mondiale — Worldwide Governance Indicators, “Political Stability and Absence of Violence/Terrorism

latribune.fr

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