OPINION. « Puissance, dépendance, prédation : l’Europe face à son moment de vérité »
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Imène Kabouya
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Par Imène Kabouya, Partner au sein du cabinet Wavestone (*)
Dans un monde marqué par le retour de rapports de force décomplexés, la souveraineté numérique ne peut plus rester un principe abstrait. La création d’un Indice de Résilience Numérique (IRN) annoncé par Bercy le 26 janvier dernier marque une rupture : il permet aux entreprises françaises d’objectiver leurs dépendances technologiques et d’en faire un véritable sujet de pilotage stratégique.
Merci, Mister Trump.
En saturant l’espace médiatique et politique mondial, vous avez au moins eu un mérite : forcer l’Europe à regarder la réalité en face. Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Non pas parce que les rapports de force auraient changé dans leur nature - ils ont toujours existé - mais parce qu’ils s’exercent désormais sans retenue, sans masque, sans pudeur.
Nous sommes entrés dans l’ère des prédateurs décomplexés, celle que décrit Giuliano da Empoli dans L’Heure des prédateurs : une époque où la puissance s’exerce à découvert, sans garde-fous ni contre-pouvoirs effectifs.
Dans ce monde fragmenté, l’Europe n’est pas qu’un acteur parmi d’autres, mais un projet civilisationnel singulier : primauté du droit, droits humains, solidarité sociale, responsabilité environnementale et institutions fortes. Cette vision née des ruines de la Seconde Guerre mondiale est précisément ce qui est aujourd’hui menacé par l’érosion des garanties démocratiques et l’instrumentalisation des technologies comme leviers de domination.
Longtemps, la souveraineté numérique européenne a été traitée comme un sujet abstrait, voire technocratique. Ce temps est révolu.
À Davos, lors du dernier Forum économique mondial, dépendances technologiques, résilience et maîtrise des infrastructures critiques ont été abordées, par les dirigeants politiques comme par les leaders économiques, comme des enjeux de compétitivité et de survie économique.
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L’Europe se réveille. Mais un réveil politique ne suffit pas : il doit devenir opérationnel
C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit l’annonce faite le 26 janvier à Bercy par Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, à l’occasion des Rencontres de la souveraineté numérique.
Avec l’Indice de Résilience Numérique (IRN), les entreprises françaises, et demain européennes, disposent pour la première fois d’un outil structuré pour objectiver leurs dépendances technologiques. L’IRN n’est pas un énième indicateur de conformité : c’est un outil de pilotage stratégique à destination des COMEX, conçu pour intégrer les risques numériques au même niveau que les risques financiers, industriels ou géopolitiques.
Il couvre un spectre large de vulnérabilités : dépendances fournisseurs, kill switch, extraterritorialité du droit, continuité d’activité, jusqu’aux catastrophes environnementales. Surtout, il permet de passer du discours à la décision, en rendant mesurable ce qui relevait jusqu’ici de l’intuition ou du déni.
Comme tout instrument structurant, l’IRN n’est pas une fin en soi, il appelle un travail collectif, communautaire, associant entreprises, experts et pouvoirs publics.
Dans cette logique, le MEDEF a lancé, le 20 janvier dernier, une enquête nationale auprès des dirigeants.
Complémentaire de l’Indice de Résilience Numérique, ce Baromètre de l’autonomie et de la résilience numérique éclaire les arbitrages réels des dirigeants : perception des risques, priorités d’action, leviers activés ou au contraire laissés de côté.
En croisant diagnostic technique et lecture dirigeante, l’IRN et ce baromètre dessinent ensemble un changement de paradigme : la souveraineté numérique cesse d’être un sujet d’experts pour devenir un enjeu de gouvernance d’entreprise.
Les entreprises, acteurs centraux de la souveraineté européenne
La souveraineté numérique ne se décrète pas depuis Bruxelles ou Bercy.
Elle se construit dans les choix d’investissement, d’architecture, de fournisseurs, faits chaque jour par les entreprises.
Les entreprises européennes sont les moteurs économiques de nos territoires. Elles peuvent - et doivent - devenir des acteurs à part entière de la souveraineté européenne, non par idéologie, mais par lucidité stratégique.
Intégrer la dépendance technologique dans le pilotage d’entreprise, ce n’est pas renoncer à la performance. C’est sécuriser la capacité à produire, à innover et à décider dans la durée.
Le monde qui vient ne récompensera pas les plus naïfs.
Il récompensera les entreprises qui auront compris que, désormais, la résilience n’est plus une assurance - mais un avantage compétitif décisif.
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(*) Partner Wavestone, Imène Kabouya est experte du Cloud, de la data et de l’intelligence artificielle. Elle a conçu et piloté de grands programmes de transformation numérique en France et à l’international, dans la banque, l’énergie et le secteur public, aux côtés de directions générales et de cabinets ministériels. Elle contribue activement aux débats sur la souveraineté numérique et l’IA, publiant régulièrement dans la presse économique et spécialisée.
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