OPINION. « Décarbonation de la mobilité : les collectivités doivent miser sur la recharge privée »
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Diane Coliche et Pierre Maïssa
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Diane Coliche et Pierre Maïssa
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Par Diane Coliche, Directrice générale d’Edenred Mobilité, et par Pierre Maïssa, Directeur général d’Edenred Mobilité France (*)
Dans ce contexte, l’électrification des véhicules s’impose comme une solution incontournable pour réduire les coûts de la mobilité, les émissions, et améliorer la qualité de l’air. Sa réussite dépend d’une condition sous-estimée : la recharge. Si les politiques publiques locales (par exemple, avec des acteurs pionniers comme les syndicats d’énergie) ont eu tendance à mettre l’accent sur l’installation de bornes dans l’espace public, une réalité s’impose : chaque borne installée occupe de l’espace, réduit le stationnement, peut se retrouver saturée dans les zones denses, et ainsi susciter des tensions.
Pour accélérer la transition, il faut résoudre l’équation de la recharge et de son acceptabilité. Un levier devient central : le développement massif de la recharge privée.
Le débat public se focalise sur les bornes en voirie. La recharge publique est indispensable pour les longs trajets et les automobilistes demeurant en habitat collectif et qui ne disposent pas de parking mais elle ne constitue qu’une partie de l’équation.
L’électrification se joue en réalité là où les véhicules stationnent la nuit ou plusieurs heures dans la journée, c’est-à-dire bien souvent au domicile ou au travail. En Europe, plus de 90 % des recharges sont effectuées en privé : au domicile, sur le lieu de travail ou dans des dépôts.
Cette réalité est d’autant plus structurante que les flottes professionnelles, qui représentent près de 60 % des véhicules immatriculés chaque année, jouent un rôle moteur dans la décarbonation. Les entreprises ont une responsabilité majeure : équiper leurs sites, repenser leurs usages et investir dans des solutions de recharge adaptées à leurs besoins. Leur engagement peut être un catalyseur pour l’ensemble du marché.
Intégrer la recharge privée change radicalement le défi de l’électrification, aussi bien pour les collectivités que pour les entreprises et usagers.
D’abord, elle limite la pression sur l’espace public. Équiper des parkings existants ne nécessite aucune artificialisation supplémentaire et évite d’alimenter les tensions autour du stationnement.
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Elle est aussi plus soutenable économiquement pour les collectivités. L’investissement et les coûts d’opération sont portés par des acteurs privés, ce qui permet d’allouer les ressources publiques à d’autres priorités budgétaires. Elle est attractive pour les automobilistes : le coût du kilowattheure à domicile ou en entreprise est généralement trois fois inférieur à celui pratiqué sur les bornes rapides publiques. A fortiori, dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, se recharger à domicile ou sur le lieu de travail s’avère moins coûteux au kilomètre que le plein d’essence. Cet écart est déterminant, notamment pour les ménages aux revenus modestes et pour les PME, pour qui le coût total de mobilité est un critère décisif. Faire de la recharge privée un pilier, c’est aussi faire de l’électrification un levier concret de pouvoir d’achat.
Enfin, elle évite une fracture territoriale. Particulièrement adaptée aux zones rurales et semi-urbaines, où l’habitat pavillonnaire et les parkings collectifs dominent, elle répond aux besoins des territoires les plus dépendants à la voiture.
L’enjeu n’est pas d’opposer recharge publique et privée mais de les articuler intelligemment, avec un cap clair à fixer dès le début de mandat des exécutifs locaux.
Pour les collectivités, cela implique d’intégrer la recharge privée dans les stratégies locales : faciliter l’équipement des copropriétés, collaborer avec les enseignes locales de grande distribution pour équiper leurs parkings en bornes, électrifier les flottes publiques, accompagner les entreprises et cibler les investissements publics là où ils sont utiles.
Cette action doit s’appuyer sur un cadre national clair, capable de lever les freins et d’accélérer le déploiement à grande échelle. À cet égard, il s’agit de privilégier des règles simples, tout en favorisant l’interopérabilité des infrastructures et le pilotage des consommations. C’est à cette condition que la recharge privée permettra une électrification plus accessible, plus équilibrée et mieux adaptée aux territoires et aux usagers.
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(*) Diplômée de l’ESSEC et de Paris II Assas, Diane Coliche débute chez Morgan Stanley avant de rejoindre le groupe Casino, puis Monoprix, dont elle devient Directrice générale en 2019. Elle rejoint Edenred en 2023, en tant que Directrice générale Mobilité. Pierre Maïssa, diplômé de l’École Polytechnique et de Stanford, débute chez Bain & Company en 2008, où il mène de nombreuses missions dans les secteurs technologique et B2B. Il rejoint Edenred en 2017 comme Directeur de la Stratégie pour la mobilité, puis devient en 2023 Directeur Général d’Edenred Mobility France. Il y pilote la transformation et le développement de solutions innovantes, notamment pour la recharge électrique des flottes, au service de la transition énergétique.
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