OPINION. « Former 100 000 ingénieurs par an : une condition pour les futurs leaders du CAC 40 »
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Xavier Dalloz
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Par Xavier Dalloz, Président de XD Consulting (*)
La France dispose d’atouts reconnus : grands groupes internationaux, recherche de qualité, tissu de PME innovantes, écosystème entrepreneurial en progression rapide, avec plus de 20 licornes et des levées de fonds qui ont dépassé 10 milliards d’euros certaines années récentes. Mais une question structurante reste insuffisamment posée : quelles entreprises françaises composeront le CAC 40 de demain ?
Les futurs leaders ne naîtront ni d’un volontarisme déclaratif ni de la seule accumulation de dispositifs publics. Ils émergeront de la capacité du pays à réunir durablement plusieurs conditions : excellence scientifique, accès au capital, marchés ouverts, puissance industrielle… et, surtout, un vivier de talents à la hauteur des enjeux. C’est sur ce dernier point que le décrochage menace.
Dans une économie mondiale dominée par les technologies, la contrainte principale n’est plus seulement financière, elle est humaine. Intelligence artificielle, cybersécurité, santé, électronique, logiciels, énergie : ces secteurs, qui structureront la croissance des 20 prochaines années, sont intensifs en compétences. L’innovation y dépend directement de la densité de talents disponibles.
Dans ce contexte, fixer un objectif de 100 000 ingénieurs formés par an apparaît moins comme une ambition que comme un alignement avec la réalité internationale. À titre de comparaison, les grandes puissances technologiques forment chaque année plusieurs centaines de milliers de profils scientifiques et techniques. L’enjeu pour la France est clair : éviter un déficit structurel de compétences qui limiterait mécaniquement la croissance de ses entreprises.
Le débat est souvent posé en termes d’innovation. Mais celle-ci repose sur des capacités concrètes : concevoir, coder, modéliser, industrialiser, sécuriser, produire à l’échelle. Autrement dit, sur des femmes et des hommes capables de transformer une idée en produit, puis en marché. Le nombre d’ingénieurs devient ainsi un indicateur économique stratégique, au même titre que l’investissement ou la productivité.
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La France peut s’appuyer sur l’excellence de ses formations. Mais la question n’est plus seulement celle de la qualité ; elle est aussi celle du volume. Dans les technologies de rupture, les effets d’échelle sont déterminants. Faire émerger une entreprise capable de passer de 50 à 5 000 salariés, puis d’atteindre une taille systémique, suppose des équipes nombreuses, diversifiées et hautement qualifiées.
Cet enjeu dépasse largement le périmètre des startups. Une économie performante repose sur une continuité : laboratoires, jeunes entreprises innovantes, PME, ETI, groupes industriels. Renforcer le nombre d’ingénieurs, c’est permettre à chaque niveau de cette chaîne de monter en puissance : accélération des startups, transformation des ETI, modernisation de l’appareil productif.
C’est également une condition de la réindustrialisation. Les usines de demain seront plus automatisées, plus numériques, plus sobres et plus complexes. Elles nécessiteront davantage de compétences de haut niveau. Sans un effort massif de formation, les objectifs de souveraineté productive et de transition énergétique resteront hors de portée.
Former 100 000 ingénieurs par an constituerait aussi un signal fort pour les investisseurs internationaux. Le capital s’oriente vers les écosystèmes capables de soutenir la croissance des entreprises dans la durée. En renforçant son vivier de talents, la France réduirait l’un des principaux freins au développement des entreprises technologiques : la rareté des compétences.
Un tel objectif suppose une stratégie cohérente : renforcement du niveau scientifique dès le secondaire, attractivité accrue des filières, diversification des profils, progression de la part des femmes, développement des passerelles entre universités, écoles et formations technologiques, investissement dans les enseignants et les infrastructures, rapprochement avec les entreprises et les enjeux d’industrialisation.
Il serait erroné d’opposer quantité et excellence. Les grandes nations technologiques démontrent qu’il est possible de conjuguer les deux. L’enjeu est d’élargir le vivier sans renoncer à l’exigence.
Au fond, la question est simple : voulons-nous accompagner les équilibres existants ou préparer les ruptures à venir ? Les futurs entrants du CAC 40 ne surgiront pas par hasard. Ils seront le produit d’un écosystème capable de former, financer et industrialiser à grande échelle. Former 100 000 ingénieurs par an relève ainsi d’un choix stratégique : celui de la compétitivité, de la réindustrialisation et de la place de la France dans l’économie mondiale des prochaines décennies.
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(*) Xavier Dalloz dirige depuis plus de trente ans le cabinet Xavier Dalloz Consulting (XDC), spécialisé dans le conseil stratégique sur l'intégration des technologies émergentes afin d'offrir aux entreprises un véritable avantage concurrentiel. Il est directeur international de la CMAI, la plus grande association professionnelle du numérique en Inde, qui regroupe plus de 48 500 membres.
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