OPINION. « Transition énergétique : l’accélération à l’épreuve des contraintes »
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Laurent Dallet
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Par Laurent Dallet, Directeur général de Nomura Greentech (*)
Après plusieurs années d’hypercroissance, souvent marquées par un capital abondant et des anticipations excessives, la transition énergétique aborde désormais un cycle plus mature : plus exigeant, plus sélectif, mais aussi plus concret.
Malgré les doutes apparus ces derniers mois, les signaux de marché montrent que la dynamique est loin de s’essouffler. Elle change simplement de nature.
Les récents mouvements de marché en témoignent. L’annonce de la coentreprise entre TotalEnergies et Masdar pour développer des actifs renouvelables dans neuf pays d’Asie confirme que la transition énergétique se joue désormais à l’échelle mondiale, portée par des alliances stratégiques entre énergéticiens, fonds d’infrastructure et investisseurs souverains.
Les grandes compagnies pétrolières poursuivent leur transformation vers des portefeuilles multi-énergies, avec une place croissante accordée à l’électricité, aux infrastructures de réseau et aux renouvelables. En parallèle, les investisseurs reviennent avec une approche plus disciplinée, privilégiant les plateformes capables de démontrer une véritable robustesse industrielle et financière.
L’investissement de Blackstone Infrastructure dans Eurowind Energy incarne ce regain de confiance. Derrière cette opération, se dessine une conviction : l’Europe reste un marché stratégique pour l’éolien, le solaire, le stockage et les infrastructures électriques, notamment en Allemagne, en Italie ou en Pologne, où les besoins de décarbonation et d’indépendance énergétique restent considérables.
Après une période d’attentisme liée à la hausse des taux et à l’inflation des coûts de construction, les investisseurs considèrent désormais que les tendances structurelles reprennent le dessus : les technologies gagnent en maturité, les chaînes d’approvisionnement se stabilisent et les modèles économiques deviennent plus sophistiqués.
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Depuis 2022, la sécurité énergétique est redevenue une priorité stratégique en Europe. Cette nouvelle donne accélère les investissements dans les infrastructures électriques, les renouvelables mais aussi les réseaux gaziers et l’hydrogène.
La transaction entre Enagás et Téréga autour des interconnexions énergétiques entre la France et l’Espagne s’inscrit dans cette dynamique. Au-delà du gaz, ces infrastructures préparent les futurs corridors européens de l’hydrogène.
Même constat dans le nord de l’Europe, où les projets industriels liés à l’hydrogène et à l’électrification lourde se multiplient. En Suède, le projet d’acier vert porté par la famille Wallenberg symbolise l’émergence progressive d’une nouvelle industrie décarbonée fondée sur l’électricité renouvelable et l’hydrogène bas carbone.
L’autre évolution majeure concerne l’électrification progressive des usages, notamment dans la mobilité.
La pénétration des véhicules électriques continue d’accélérer dans plusieurs pays européens, portée par la baisse du coût des véhicules, le développement du marché de seconde main et les dispositifs publics comme le leasing social en France. Dans de nombreuses villes, les investissements dans les infrastructures de recharge alimentent désormais un véritable effet boule de neige.
Autour de cette dynamique, toute une chaîne de valeur s’est structurée : opérateurs de bornes, solutions de flexibilité ou encore stockage distribué. Les investisseurs reconsidèrent ces modèles longtemps perçus comme trop fragmentés ou prématurés, mais qui apparaissent désormais plus matures et plus résilients.
Pour autant, cette électrification restera progressive. Les besoins supplémentaires en électricité liés à la mobilité, aux data centers ou aux industries électro-intensives mettront du temps à se matérialiser pleinement, compte tenu des contraintes administratives, industrielles et de raccordement.
Cette nouvelle étape transforme profondément les critères de succès. Le temps d’une croissance portée principalement par des mécanismes de soutien publics et des modèles relativement simples semble révolu. Les projets sont désormais confrontés à des enjeux beaucoup plus complexes : volatilité des prix, contraintes réseau, stockage, hybridation des actifs, optimisation des revenus ou encore souveraineté industrielle.
La valeur se déplace désormais de l’actif vers l’exécution : intégration technologique, optimisation des infrastructures et sécurisation d’investisseurs de long terme capables de comprendre la complexité du monde de la transition énergétique.
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(*) Basé à Paris, Laurent dirige le secteur européen de l’électricité décarbonnée et des molécules vertes. Il dispose de plus de 20 ans d’expérience dans le conseil aux entreprises engagées dans la transition énergétique.Il a notamment conseillé Kronos Solar lors de sa cession de 250 millions d’euros à EDP Renewables ; Infravia et Eurazeo lors de la vente de Reden Solar à un consortium composé de Macquarie et MEAG pour 2,5 milliards d’euros ; Hy2Gen lors de sa levée de fonds en capital de 200 millions d’euros auprès de Hy24, Mirova, CDPQ et Technip Energies ; ainsi que Solarpack dans le cadre de son introduction en bourse portant sur une participation minoritaire.Laurent a rejoint Nomura Greentech en 2018 après avoir travaillé chez Engie, où il a occupé plusieurs fonctions de direction financière, notamment celles de Directeur Financier d’ENGIE E&P International et de Responsable des Fusions-Acquisitions (M&A).Il est titulaire d’un Master en ingénierie pétrolière de l’IFP School ainsi que d’un diplôme d’ingénieur de l’ENSEEIHT. Il a par ailleurs suivi l’Advanced Management Programme de l’INSEAD.
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