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Idées & Débats

OPINION. « Pourquoi la bourse est en train de perdre du terrain face au capital privé »

latribune.fr

Publié le 14 février 2026 à 08:20

Isabelle Saladin

Isabelle Saladin

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Après les records atteints par les marchés boursiers l’an dernier, des perspectives de correction s’annoncent. Mais une autre réalité, plus sombre, s'installe : la bourse n’attire plus les entreprises de croissance qui basculent les unes après les autres vers le capital investissement.

Par Isabelle Saladin, Présidente d’i&S Adviser

Succès d’entreprises ayant misé sur un développement par LBO successifs, coûts et pressions subis par les marchés, accompagnement humain et opérationnel proposé par les acteurs du private equity... Pour de plus en plus de dirigeants, le choix est fait.

Jusqu’à il y a encore 3 à 4 ans, une introduction en bourse consacrait la réussite d’une entreprise et annonçait son entrée dans la cour des grands. Mais cette époque est révolue. Elle reste une source de financement privilégiée par les "méga large caps" et par les startups intensives en R&D et structurellement déficitaires que le capital investissement ne peut plus financer seul (biotech, deeptech). Près de 80 % des sociétés entrant au Nasdaq ne sont pas rentables.

Le cœur battant de l'économie réelle se tourne quant à lui vers le private equity. Les chiffres sont sans appel : il y a eu à peine 200 introductions en bourse aux États-Unis en 2024 (incluant les SPACs, ce "Private Equity du pauvre") contre près de 4 000 opérations de capital-investissement sur la même période. Il ne s’agit plus d’une anomalie conjoncturelle, mais d’une mutation profonde du financement de l'économie.

Qui plus est, le private equity ne se contente plus des PME. Il s’attaque désormais frontalement aux géants qui prennent la décision de sortir de la cote. La récente opérations de P2P (Private-to-Public) menée sur Electronic Arts rachetée 55 milliards de dollars par le fonds souverain saoudien PIF prouve que plus aucune capitalisation n'est à l'abri d'une sortie de cote. De son côté, CVC Capital en levant 26 milliards d'euros va pouvoir se positionner pour accompagner des entreprises qui, jusque-là, seraient allées chercher des capitaux sur les marchés. 

Pourquoi ce désamour des entreprises pour les marchés publics ? 

Cinq facteurs jouent en faveur d’un tel basculement. Tout d’abord, nous arrivons à la fin d’un cycle. Des fleurons comme Picard ou Webhelp ont montré qu'une entreprise pouvait s'épanouir sur quatre ou cinq cycles de LBO sans jamais passer par la case “bourse”. Conséquence : quand en 2010 on visait la cote, en 2025 on vise les LBO successifs. 

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Ensuite, le poids écrasant de la régulation et le coût induit pour maintenir une cotation le coût - autour de 500 000 euros par an pour une ETI - a fini de lasser les entreprises. Le récent départ de Nokia de la place de Paris illustre cette lassitude face à des contraintes administratives jugées disproportionnées par rapport au bénéfice de la liquidité.

A cela s’ajoute la volonté de s’affranchir de deux caractéristiques des marchés : la ”dictature du trimestre” d’une part liée à la pression ressenties lors de la publication des avis d’analystes sur les résultats à chaque fin de trimestre ; les “humeurs de marché” d’autre part qui induisent une forte volatilité des cours, a fortiori avec les prévisions annoncées sur les défaillances. En faisant appel au private equity, les entreprises optent pour un partenaire privé stable plutôt que pour un environnement fragilisé.

Enfin, l’atout du private equity ne repose pas seulement sur ses poches profondes. Il réside aussi et de plus en plus dans l'accompagnement humain et opérationnel qui est proposé aux dirigeants. Contrairement à la bourse, anonyme et passive, les acteurs du capital investissement agissent pour sécuriser les performances de leurs participations : management packages plus alignés, gouvernance plus active et pour les plus stratèges, mobilisation d’operating partners. Ces profils hybrides, mêlant vision stratégique et expérience opérationnelle, n’apportent pas du capital : ils structurent la croissance, affinent le go-to-market, sécurisent le déploiement international et s’engagent sur des résultats. Dans un monde complexe, l’entrepreneur ne cherche plus un ticket boursier, mais un partenaire capable de mouiller la chemise.

La multiplication des opérations de P2P au détriment des introductions en bourse est le signe d'un basculement. Les marchés publics, autrefois moteur de l'économie, risquent de n'en devenir que la vitrine quand la véritable création de valeur se jouera dans le giron du capital privé, à l'abri des regards. Pour de plus en plus de dirigeants, le choix est vite fait : l'agilité des acteurs privés du capital investissement a définitivement éclipsé le prestige de la cote.

______

(*) Isabelle Saladin est une serial entrepreneuse française qui a vécu et travaillé de nombreuses années aux Etats-Unis, créant et développant plusieurs entreprises dans les années 2000, dont l'une des premières places de marché françaises. Isabelle a importé et adapté le métier d'operating partner en Europe il y a près de 10 ans en lançant l'entreprise I&S Adviser, ainsi que l'Operating Partners Day, un événement clé dans la création de valeur opérationnelle. Isabelle Saladin est également l'auteur de l'ouvrage Operating partner - Le copilote de mon entreprise publié chez Dunod.

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