OPINION. « L’année des Etats carnassiers et de la lâcheté collective »
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Agnès Callamard
Christophe Meiris/AIF
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Agnès Callamard
Christophe Meiris/AIF
Par Agnès Callamard, Secrétaire générale d’Amnesty International
Donald Trump a menacé de s'emparer de territoires, du Panama au Groenland, et en ce début de 2026, mis ses menaces à exécution, en violant la Charte des Nations Unies contre le Venezuela et, avec Israel, contre l’Iran, où il fait planer aujourd’hui une menace majeure sur la sécurité mondiale.
Le génocide perpétré par Israël à Gaza s’est poursuivi et se poursuit encore, s’accompagnant maintenant de l’annexion de la Cisjordanie, en violation flagrante du droit international, des avis répétés de la Cour Internationale de Justice, et des résolutions de l’Assemblée Générale des Nations Unies.
2025 sera également l’année où la Russie aura poursuivi sa conquête absurde de territoires en Ukraine, tout en continuant de commettre les crimes internationaux les plus graves. En Afghanistan, les talibans ont intensifié leurs politiques prédatrices à l'encontre des femmes, tandis qu'en Iran, les autorités ont massacré des manifestants en janvier 2026, dans ce qui fut probablement la répression la plus meurtrière de ces dernières décennies.
Dans l’ « ordre » mondial des carnassiers, la guerre prend le pas sur la diplomatie, la justice internationale est sanctionnée, le système multilatéral ignoré, l’idée de solidarité internationale rejetée. C’est un ordre qui tourne le dos à la justice raciale et de genre, se moque du changement climatique, et fait disparaitre des milliers d’organisations de la société civile qui œuvraient en faveur des droits humains, des droits sexuels et reproductifs ou de la liberté de la presse.
Contre les prédateurs, le courage s’imposait. Ce sont les peurs et les apaisements qui ont dominé.
Une ère caractérisée par une accumulation de concessions face à la trahison éhontée des obligations internationales, une année de défaitisme assumé, qui menace désormais de nous dévorer toutes et tous et de compromettre l’avenir des générations futures.
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L’Union Européenne en particulier, aurait dû ou pu résister, par loyauté envers son histoire, ou de par sa force économique. Elle s’est largement couverte de honte, évitant toute réponse forte aux attaques et insultes répétées du President Américain, refusant de sanctionner le gouvernement israélien, alors qu’elle avait répondu de façon ferme à la guerre d’invasion menée par la Russie en Ukraine. Certains de ses membres, telle que l’Allemagne, ont annoncé la mort du droit et du système international, quand d’autres, comme la Hongrie, ont joué le rôle de fossoyeurs.
Il ne revient pas à ceux et celles qui trahissent les promesses du système international, de le proclamer mort.
La Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948, ainsi que les nombreux autres instruments débattus et approuvés par la suite sont les manifestations tangibles que le système international n’est ni mort, ni une illusion. Des générations d’activistes se sont appuyées sur ces textes pour proclamer leur indépendance, demander la reconnaissance de leurs droits civiques et politiques, économiques et culturels. Au cours des 80 dernières années, s’est construit un système normatif et juridique international qui a permis aux femmes, personnes LGBTQI, ou encore peuples indigènes de demander leur droit et réclamer justice.
Sans le droit international, sans les institutions judiciaires qui ont été mise en place pour le faire respecter, l’ancien président philippin Duterte n’affronterait pas aujourd’hui ses victimes à La Haye, et Poutine et Netanyahu ne seraient pas poursuivis par la Cour pénale internationale. C’est aussi grâce à lui que le Conseil de l'Europe a créé le Tribunal spécial pour le crime d'agression contre l'Ukraine.
C’est au contraire parce que le droit international n’a jamais autant inspiré, qu’il n’y a jamais eu autant de dossiers judiciaires s’en réclamant, qu’il fait peur et déclenche aujourd’hui un rejet et des attaques aussi violentes de la part des Etats prédateurs.
En plus de résister aux coups de boutoir portés au droit international, il s’agit donc de résister au défaitisme ambiant, de saisir la chance que nous avons de posséder un tel socle de valeurs communes et de nous en servir.
Nombreux le comprennent. En 2025, de nouveaux instruments juridiques, sur les armes autonomes, la torture, la défense du climat, ont été à l’étude et devraient aboutir prochainement, poussés par une société civile toujours aussi dynamique, et des diplomates qui n’ont pas encore baissé les bras. Les femmes ont vu leurs droits en matière d’avortement se renforcer dans de nombreux pays, comme au Danemark ou au Malawi. Au Népal, le gouvernement est tombé sous la pression d’un soulèvement populaire. A Minneapolis, des soulèvements citoyens ont pu repousser les pires crimes de l’ICE, la police de l’immigration mise en place par Donald Trump. Des manifestations de masse contre le génocide israélien se sont propagées à travers le monde et des activistes de plus de 40 pays ont lancé des flottilles pour manifester leur solidarité avec les Palestiniens de Gaza.
Résister aux prédateurs est non seulement un devoir, c’est aussi possible, même à l’échelle internationale. Quelques rares Etats, comme l’Espagne, ont même fait preuve d’une constance remarquable dans cette dénonciation en 2025, et l’Afrique du Sud n’a jamais cédé face aux pressions américaines, alors qu’elle avait osé porter la question du génocide à Gaza devant la Justice internationale.
Début 2026, on espère qu’un pas a enfin été franchi, certains pays ayant refusé de se joindre aux attaques illégales lancées contre l’Iran par les États-Unis et Israël. De même, les condamnations contre les frappes israéliennes au Liban se multiplient. Le nombre d’Etats Européens ayant décidé d’imposer des sanctions contre Israel augmente. La aussi la pression de la société civile joue un rôle déterminant.
Nous sommes au moment même où tout peut basculer. Nous devons imaginer une vision transformée et transformatrice des droits humains pour le monde en devenir, et non nous contenter de défendre ces droits à l’aune du monde tel qu’il était naguère.
Nous ne subissons pas seulement l’histoire. Nous l’écrivons aussi.
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