OPINION. « Médicament : l’urgence de renouer avec une France qui innove et produit »

Charles Wolf
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Par Charles Wolf, Président d’Initiative Pharma et Directeur France de Sanofi
Une prise de conscience s’impose ! Nous relions bien trop rarement ces enjeux à une question qui les traverse tous : où et comment sont inventés, produits et rendus accessibles les médicaments dont dépendra la santé des Français demain ?
Les médicaments changent la vie, sauvent des vies, et ils contribuent à la transformation du système de soins. Produits de la recherche, ils sont le fruit d’une chaîne complexe de compétences et leur approvisionnement ne va pas de soi, notre autonomie sanitaire, notre souveraineté encore moins.
Et pourtant, l’industrie du médicament est l’angle mort de nos politiques de santé, avec un chiffre alarmant : seuls 9 % des nouveaux médicaments disponibles en Europe sont aujourd’hui fabriqués sur notre sol.
Notre souveraineté en la matière représente un enjeu pluriel : sanitaire, technologique, industriel, territorial, socio-économique, environnemental. Celle-ci ne pourra se reconquérir et se renforcer que si nous réactivons un cercle vertueux qui démarre forcément par l’accès aux médicaments innovants (Il faut 520 jours en moyenne pour accéder à un médicament innovant en France contre 56 en Allemagne.) et la juste valorisation des médicaments en France dans la compétition mondiale, à fortiori pour les médicaments qui sortent de nos centres de recherche et usines de production. On ne réindustrialise pas en faisant des économies, et pourtant année après année, la part du médicament est passée de 12 à 9,5% des dépenses de santé. Simultanément, nous sommes passés de leader européen à #5 en production de médicaments…
La France doit préserver des capacités critiques – production, plateformes technologiques, essais cliniques, savoir-faire scientifiques et industriels – qui lui permettront de ne pas dépendre de décisions prises ailleurs.
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Les chiffres qui objectivent la situation nous ramènent à une vérité essentielle : souveraineté sanitaire et accès aux soins sont indissociables. Souveraineté et innovation engagent les réponses qui seront apportées demain à nos concitoyens : biomédicaments, thérapies cellulaires et géniques, radiopharmaceutiques, ARN messager, intelligence artificielle appliquée au développement clinique… Ces ruptures transformeront la prise en charge de nombreuses maladies graves, au bénéfice des patients.
Voulons-nous que ces progrès soient inventés, développés, produits et accessibles en France et en Europe ? Ou acceptons-nous de devenir principalement un marché cible, dépendant d’innovations conçues, financées et fabriquées ailleurs ? Notre conviction est que la France et l’Europe ont tout le potentiel pour servir les besoins des patients mais ce potentiel ne peut être réalisé uniquement par les industriels dans un marché régulé guidé uniquement par les économies à court terme. Soyons lucides, réagissons maintenant : si nous n’innovons pas aujourd’hui, si nous n’avons pas la force productive sur notre territoire, c’est notre dépendance prochaine que nous organisons à bas bruit.
C’est pourquoi politique de santé et politique industrielle doivent être pensées conjointement. Une base industrielle forte en santé n’est pas un avantage accordé aux industriels ; c’est d’abord une condition d’accès aux soins pour les patients.
Lorsqu’elle évite une hospitalisation, permet de diagnostiquer plus tôt, prévient une complication ou maintient l’autonomie, l’innovation contribue aussi à la soutenabilité du système et à sa résilience.
Malheureusement, l’industrie du médicament demeure tributaire d’arbitrages à courte vue, alors même que développer un traitement, construire une usine, qualifier des procédés, former des équipes demandent de la stabilité, du temps et de la confiance. La souveraineté sanitaire se construit sur dix, quinze ou vingt ans.
Le contexte budgétaire, pour légitimement contraignant qu’il soit, ne peut pas être la boussole de nos arbitrages stratégiques, dans l’intérêt même de nos budgets futurs. Nous avons à construire des politiques d’investissement qui garantiront notre avenir, notre performance, notre excellence scientifique, notre compétitivité industrielle.
Aujourd’hui, en matière de santé, de recherche et d’investissements industriels, la France dispose de politiques trop éclatées. Leur articulation fait cruellement défaut pour que le médicament soit appréhendé comme un investissement stratégique.
Il se joue là un changement de méthode que nous appelons de nos vœux : intégrer des critères de souveraineté dans les décisions relatives au médicament – évaluation, prix, accès au marché, achats publics, fiscalité – sans jamais minorer le bénéfice clinique ; créer une enveloppe dédiée à l’innovation et à la souveraineté sanitaire, non comme une dépense de plus mais comme un investissement qu’il est; bâtir enfin une loi de programmation en santé, car la santé mérite, comme la défense, que soient anticipés les menaces, les compétences et les investissements.
Cela devrait être une évidence : une souveraineté sanitaire se construit, se finance et se programme. Une première décision permettrait de la traduire concrètement dans notre projet de société : faire de notre politique industrielle de santé et de l’innovation les piliers de notre politique de santé publique.
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(*) Depuis le 1er juillet 2024, Charles Wolf est Directeur France de Sanofi. Il est également Directeur Général Vaccins France depuis juillet 2022. Dans son rôle de Directeur France, Charles coordonne l’ensemble des activités de Sanofi en France et déploie en France la feuille de route stratégique de Sanofi pour devenir un leader mondial de l’immunologie. Il soutient le rôle majeur de Sanofi au cœur de l’écosystème de santé français et représente l'entreprise auprès des principales parties prenantes françaises. Charles a débuté sa carrière en 1998, chez Hewlett Packard. Il rejoint l’entité vaccins de Sanofi en 2004, où il occupe différents postes dans la supply chain, les opérations commerciales, le marketing, ainsi qu’à la direction générale de l'Afrique du Nord. En 2017, il prend la direction de la zone Afrique et des marchés publics internationaux. Charles Wolf est diplômé de l'ISAE-SUPAERO en gestion de programmes et titulaire d'un Master en Ingénierie d'entreprise de l'École Nationale Supérieure de Commerce de Toulouse.