OPINION. «Réarmement : le capital privé, levier indispensable de la défense française »
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Benjamin Cohen et Olivier SaintEsprit
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Benjamin Cohen et Olivier SaintEsprit
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Par Benjamin Cohen, partner chez Elevation Capital Partners et Olivier Saint-Esprit, Managing Partner chez IAC Partners (*)
Réarmement. Le terme est en vogue et reflète une vive préoccupation présidentielle par ailleurs largement partagée par l’opinion.
La volonté est bien là, affichée, martelée même, mais les paroles et les actes sont séparées par un fossé qui ne cesse de se creuser : les finances nationales, avec une dette devenue incontrôlable et l’adoption au forceps d’un budget empreint de concessions politiciennes majeures.
Dans ce contexte, l’intention louable de financer la défense pour se conformer aux complexes réalités géopolitiques actuelles, être en mesure de répondre aux défis imposés par l’Ouest et par l’Est et protéger les intérêts nationaux partout dans le monde suppose un effort partagé entre décideurs, investisseurs institutionnels et investisseurs particuliers.
En effet, le réarmement ne sera pas uniquement militaire :il sera aussi financier, ce qui suppose une mobilisation assumée des capitaux privés aux côtés de la puissance publique.
Les autorités en ont pris conscience à travers le lancement de solutions d’investissement destinés à des investisseurs particuliers, dans une logique de démocratisation et dans l’idée d’alerter les consciences.
Thématique longtemps peu visible, en proie à une croissance faible, d’où des investissements limités, la défense tend aujourd’hui à revenir en grâce auprès des investisseurs et du grand public, sur fond d’un patriotisme qui, contrairement à une idée reçue tenace, transcende les clivages politiques.
La nécessité de se protéger et d’anticiper une situation géopolitique complexe s’est imposée dans les esprits ces dernières années, alors que les poids lourds de l’industrie de la défense, les Safran, Thales et autres Dassault Aviation, par ailleurs loin d’avoir mauvaise presse, comptent de nombreux sites disséminés sur le territoire national et sont de facto de solides pourvoyeurs d’emplois.
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A la pointe de l’innovation, ces fleurons nationaux incarnent la puissance et le prestige militaire de la France, qui est avec la Grande-Bretagne le seul pays européen à disposer de l’arme nucléaire et le deuxième exportateur d’armes dans le monde. Il serait cependant malvenu de se reposer sur ses lauriers. En effet, l’industrie française de la défense dépend largement de contrats d’exportation sans lesquels elle n’est pas compétitive, et le tissu économique nécessite des fonds massifs et des investissements urgents pour se moderniser et monter en cadence, étant donné la densité du carnet de commandes.
Or, peu d’initiatives d’investissement privés participent au financement réel de la défense et peu de solutions d’investissement ciblent aujourd’hui une thématique précise. Un trou dans la raquette d’autant plus regrettable que, comme beaucoup d’autres, le domaine militaire s’est profondément transformé ces dernières années, avec une utilisation croissante de drones et de robots qui renforce l’automatisation des armées, et l’émergence de technologies et de savoir-faire spécifiques.
Bien conscient de cette mutation, le géant Thales, qui compte plus de 800 experts IA et une centaine de doctorants en IA chaque année, a vite pris le train en marche, comme en témoigne la création en 2024 de cortAIx, une initiative qui rassemble les capacités IA du Groupe dans le domaine de la recherche, des capteurs et des systèmes. Des centaines d’entreprises du secteur ne disposent cependant pas de la force de frappe financière de Thales et doivent être soutenus.
Parmi elles, les fabricants d’obus, de missiles et de solutions de défense anti-aérienne, et leurs fournisseurs, ont plus que jamais besoin de capitaux privés. Le constat est le même pour les fabricants de drones, mais aussi de blindés et de canons, les événements en Ukraine ayant prouvé que la guerre conventionnelle existait encore. Las ! L’Armée de terre est loin derrière ses homologues de l’air et de la marine en matière de budget et de crédits alloués par un Etat qui, en tout état de cause, ne peut courir tous les lièvres à la fois.
Un Etat qui, pour pouvoir bien et bien se réarmer, doit acheter davantage de matériel, un matériel qui coûte de plus en plus cher. De leur côté, les industriels ont besoin d’investissements, notamment pour acheter de nouvelles machines plus performantes, moderniser leurs chaînes de production, recruter des compétences techniques rares et sécuriser leurs approvisionnements, dans un contexte de forte concurrence à l’export.
C’est précisément à ce niveau que le capital-investissement apporte une valeur décisive : au-delà du financement, il permet d’accélérer la montée en cadence industrielle, de structurer des filières, de consolider des acteurs complémentaires afin d’atteindre une taille critique et de renforcer la gouvernance pour répondre aux exigences croissantes des donneurs d’ordre publics et internationaux.
Tout est finalement lié, la défense nationale doit être pensée comme un enjeu global, et alors que l’Europe ne représente que 12% des investissements mondiaux issus du private equity dans la défense depuis 2020, à des années-lumière des 83% que pèse l’Amérique du Nord, aucune initiative privée ne sera de trop pour réduire cet écart stratégique autant que financier.
Et pour offrir à la France la défense forte qu’elle mérite devant les menaces protéiformes qui la guettent.
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(*) Benjamin Cohen est Managing Partner et cofondateur d’Elevation Capital Partners, société de gestion du groupe Elvest. Diplômé d’HEC Paris, il débute sa carrière dans le conseil en stratégie chez Advention Business Partners, avant de rejoindre Deloitte à Londres où il occupe des fonctions de Director au sein des Transaction Services. Il poursuit ensuite son parcours chez Civica, où il est Directeur du plan postacquisition à la suite du rachat de la société par le fonds OMERS Private Equity. En 2015, il cofonde Elevation Capital Partners avec Julien Hugot, avec l’ambition d’accompagner des entreprises rentables en phase de croissance et de création de valeur durable. Olivier SaintEsprit est diplômé de l’École Centrale de Nantes et titulaire d’un mastère spécialisé HEC / SUPAERO. Il rejoint IAC en 2006 en tant que consultant, avant d’y occuper successivement les fonctions de manager à partir de 2012, puis de directeur en 2017. Fort de ce parcours au sein du groupe, il est nommé Directeur Général d’IAC en 2023, et accompagne depuis cette date la définition et la mise en œuvre de la stratégie de l’entreprise.
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