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Idées & Débats

OPINION. « Législatives en Hongrie : l’heure de vérité pour la démocratie européenne »

latribune.fr

Publié le 08 avril 2026 à 07:00

Charles Nonne

Charles Nonne

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Après seize ans de règne sans partage, l’usure au pouvoir du Premier ministre Viktor Orbán est palpable.

Par Charles Nonne, Porte-parole de la section française de l’Union des fédéralistes européens (*)

Le Fidesz défend ce dimanche un lourd bilan, dopé par une majorité constitutionnelle quasi-ininterrompue de 2010 à 2026, marqué par la mise au pas du pouvoir judiciaire, la prise de contrôle quasi-monopolistique des médias, le dévoiement du jeu électoral, la construction d’un État dans l’État ou « système de coopération nationale » – , la réécriture de l’Histoire, l’assèchement des ressources des pouvoirs locaux, à commencer par la très honnie mairie de Budapest. 

Cette déconstruction méthodique de la démocratie magyare a bénéficié du talent politique incontestable du Premier ministre, d’une rhétorique redoutable de simplicité, et d’un narratif centré sur les « menaces » pesant sur la nation : les Roms, George Soros, les réfugiés, Volodymyr Zelensky, Bruxelles, les minorités sexuelles, les fédéralistes européens, et plus récemment le président du Parti populaire européen (PPE) Manfred Weber, autrefois si conciliant envers celui que son prédécesseur qualifiait affectueusement d’« enfant terrible ». 

Le Fidesz, en retard considérable dans les sondages et plombé par une situation économique morose, joue le tout pour le tout : publication d’une bande-dessinée dépeignant son principal opposant en psychopathe misogyne laquais de Kiev, opération de désinformation sur une prétendue tentative d’attentat ukrainien, prolifération d’affiches géantes aux relents complotistes. 

Magyar prend le contrepied d’anciens challengers pour quitter le terrain des valeurs et centrer le débat sur les sujets du quotidien et la corruption rampante. S’il ambitionne d’incarner un conservatisme propre et proeuropéen, sa campagne se défend de tout zèle envers Bruxelles, le régime ayant consacré les seize dernières années à dépeindre l’Union européenne comme l’antre du mal. Un « mal » dont il a drainé les ressources et phagocyté les ambitions. 

Un enfant terrible à Bruxelles 

Car l’Union a elle-même contribué à créer les conditions de l’impunité d’Orbán. Lorsqu’en 2011, une large révision constitutionnelle a déclenché les premiers signaux d’alarme, Bruxelles s’est contentée d’un quasi-silence indulgent et coupable : davantage inquiétés par la crise des dettes souveraines que par les facéties de l’un des leurs, la Commission Barroso et les chefs d’État et de gouvernement se sont contentés d’admonestations mineures face à un parti alors membre du PPE et pays-clé pour l’industrie automobile allemande. 

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Le gouvernement Orbán est ainsi parvenu à prospérer malgré les rapports accablants des institutions européennes, des ONG indépendantes et de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe. Budapest a su tirer son épingle du jeu à chaque réforme liberticide, lâchant de mauvaise grâce quelques concessions pour mieux préparer les prochaines offensives. La procédure de sanction dite de l’article 7, enclenchée en 2018, s’est heurtée au dévastateur besoin d’unanimité des gouvernements nationaux représentés au Conseil de l’Union, malgré le feu vert du Parlement européen. 

Le Fidesz et ses dirigeants peuvent pleinement jouir de l’incapacité de l’Union à se doter d’un système décisionnel efficace, maniant le veto avec ténacité au sein du Conseil pour bloquer toute avancée majeure, atténuant ici les sanctions contre la Russie, monnayant là le déblocage d’aides à l’Ukraine. L’étendue de l’amitié entre le système Orbán et Poutine vient d’ailleurs d’être attestée par la publication d’un enregistrement éloquent entre les ministres hongrois et russe des affaires étrangères, à peine six mois après que l’ancienne chancelière Angela Merkel qualifiait d’ « absurde » l’idée que la Hongrie soit un cheval de Troie de Moscou. 

Outre ses amitiés moscovites et une ouverture débridée aux investissements chinois, la magnanimité des dirigeants européens a permis à Orbán de devenir le porte-étendard d’une internationale illibérale et nationaliste, associant en premier lieu ses voisins : le président serbe Aleksandar Vučić, l’ancien Premier ministre nord-macédonien Nikola Gruevski, le conservateur slovène Janez Janša, l’ancien homme fort de la République serbe de Bosnie Milorad Dodik. 

Laboratoire européen 

Cette entreprise s’étend sur le terrain des idées, alors que les forces proeuropéennes peinent à construire une vision porteuse d’espoirs. L’université privée MCC, armée de son think-tank bruxellois, ambitionne de façonner la pensée nationaliste du 21ème siècle. Les idéologues du Fidesz ont pignon sur rue à Washington, où le clan Trump a su tirer les leçons de l’expérience hongroise. Grâce à une politique amalgamant défense de l’identité culturelle nationale et lutte contre l’ingérence étrangère, la Hongrie porte l’ambition d’ériger l’illibéralisme en produit d’exportation. Pari remporté : le leader hongrois déroule désormais le tapis rouge à Marine le Pen, Alice Weidel et JD Vance, trop heureux de se rendre à Budapest pour sauver leur champion centre-européen. 

Le récit politique savamment construit et alimenté par le Fidesz verrait s’opposer en Europe un conservatisme chrétien de bon aloi rétif à l’immigration d’un côté, et de l’autre un progressisme dépravé, multiculturaliste et dominateur, inféodé à une élite bruxelloise. Or, loin des images d’un bon père de famille attaché aux traditions, Orbán transcende les clivages politiques et inspire par son mépris des institutions démocratiques, de l’État de droit et des droits humains. La Hongrie est son laboratoire. 

Défait ou non, le système Orbán laisse derrière lui un legs considérable, favorisé par une Union atone, incapable de se défendre et encore moins de se réformer, contrôlée par ses gouvernements nationaux. Robert Fico, Andrej Babiš, Giorgia Meloni sauront lui faire honneur. C’est à la société civile qu’il reviendra de façonner l’Europe de demain, alors qu’émerge un clivage marqué entre nationalistes et fédéralistes pour briser le statu quo. 

________

(*) Charles Nonne est porte-parole de la section française de l'Union des fédéralistes européens (www.uef.fr), Analyste politique et ancien correspondant de presse du Courrier des Balkans basé en Slovénie, il parle couramment hongrois.

latribune.fr

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