OPINION. « Outre-mer : ces territoires qui font de la France une puissance maritime mondiale »
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Jean-Baptiste Sandoz
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Par Jean-Baptiste Sandoz, fondateur de The Company Project et ambassadeur de l'UE pour le pacte Climat (*)
Grâce à ses territoires d’outre-mer, la France possède la deuxième zone économique exclusive (ZEE) mondiale, avec environ 10,2 millions de km², derrière les États-Unis. Derrière ce chiffre impressionnant se cache une réalité cruciale : 97 % de cette ZEE dépend de ces territoires. Sans eux, l’Hexagone ne figurerait pas parmi les grandes puissances maritimes, car cette géographie offre une présence sur tous les océans et un accès à plusieurs points stratégiques du commerce mondial.
Dans l’océan Indien, La Réunion et Mayotte sont proches du canal du Mozambique, l’une des principales voies d’échanges énergétiques entre le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie. Dans le Pacifique, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie offrent un ancrage stratégique où se redessine l’équilibre entre les grandes puissances. Les Antilles françaises, quant à elles, assurent un point d’appui essentiel dans la Caraïbe, au croisement des routes reliant l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique latine. Ces territoires ultramarins agissent comme des « porte-avions territoriaux » et permettent de surveiller de vastes espaces maritimes et de sécuriser les routes commerciales.
Les ports ultramarins se transforment en plateformes logistiques de premier plan. Fort-de-France et Pointe-à-Pitre figurent parmi les meilleurs ports mondiaux en ponctualité, un critère crucial pour garantir l’efficacité des chaînes logistiques. Dans la Caraïbe, ces ports soutiennent à la fois l’approvisionnement local et le transbordement des marchandises vers les marchés régionaux.
Les infrastructures maritimes s’accompagnent d’infrastructures numériques stratégiques. A l’instar de La Martinique qui, reliée à quatre câbles sous-marins internationaux, tend à s’affirmer comme hub numérique régional, combinant connectivité satellitaire et câbles sous-marins.
Une stratégie soutenue par l’inauguration récente d’un téléport au Lamentin, opéré par Orange et Eutelsat, destiné à gérer la passerelle de la constellation satellitaire OneWeb. Cette infrastructure renforce la place stratégique de la France dans l’écosystème numérique caribéen.
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Le tissu industriel français consolide cette puissance. CMA CGM (groupe propriétaire de La Tribune, NDLR), troisième armateur mondial, joue un rôle central dans la continuité territoriale et économique entre la métropole et les outre-mer. Grâce à son réseau maritime NEFWI, l’armateur assure l’approvisionnement régulier des Antilles françaises en biens essentiels, tout en intégrant ces territoires dans les circuits commerciaux régionaux. Il soutient également les infrastructures portuaires locales, comme le Hub des Antilles, qui vise à renforcer les capacités logistiques dans la Caraïbe. Des entreprises comme Piriou à La Réunion ou Sud Marine Shipyard aux Antilles maintiennent respectivement les navires civils et militaires, ainsi que commerciaux opérationnels, garantissant l’autonomie opérationnelle des activités maritimes françaises dans des zones éloignées.
Les outre-mer sont également devenues des terrains d’expérimentation pour les technologies liées à la transition énergétique maritime. Aux Antilles, le Sea Water Air Conditioning (SWAC) utilise l’eau profonde pour climatiser les bâtiments, réduisant ainsi fortement la consommation électrique.
D’autres projets visent à explorer l’énergie des vagues en Guadeloupe ou l’énergie thermique des mers en Martinique, mobilisant l’expertise d’industriels comme Naval Énergies.
A mesure que la rivalité mondiale se déplace vers les océans, les territoires ultramarins apparaissent comme un levier stratégique majeur pour la France. Ils offrent une présence géographique, un accès à d’importantes ressources marines et un terrain d’innovation technologique. Mais pour transformer pleinement cet avantage en puissance économique durable, les investissements devront se poursuivre dans les infrastructures portuaires, numériques et industrielles.
Au-delà de cette dimension maritime, un nouvel enjeu émerge : celui de la souveraineté matière. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de transition écologique, la maîtrise des flux ne suffit plus : il faut aussi maîtriser les matières stratégiques, notamment celles issues du recyclage. Par leur positionnement logistique et leur capacité d’expérimentation, les territoires ultramarins peuvent devenir des plateformes avancées d’économie circulaire et de réindustrialisation. C’est dans la croisée de ces deux dynamiques, maîtrise des routes maritimes et maîtrise des ressources, que se joue la puissance française.
Car c’est depuis ces territoires dispersés sur tous les océans que se dessine, en grande partie, l’avenir de la puissance et de la souveraineté maritime française.
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Source : Cabinet spécialisé Sea-Intelligence
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(*) Jean-Baptiste Sandoz est un entrepreneur français basé à Saint-Pierre-et-Miquelon, fondateur et PDG de Company Project, un groupe spécialisé dans l’économie circulaire, le recyclage et la valorisation des déchets. Lauréat du programme Institut Choiseul « Choiseul Outre-Mer », il développe des solutions liées au recyclage des plastiques, au réemploi des équipements électroniques et à l’innovation durable dans les territoires insulaires. Il intervient également sur des sujets de transition écologique et d’économie circulaire à l’échelle européenne et internationale. Il est également ambassadeur de l'UE pour le pacte Climat.
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