OPINION. « Essence : la hausse des prix des carburants n’est pas un scandale, c’est un signal »
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Nathalie Janson
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Par Nathalie Janson, Présidente de Génération Libre, Professeur associé à Neoma Business School (*)
Sur le marché du pétrole, les prix ne montent pas par caprice... Ils montent parce que l’incertitude augmente.
Tout commence par un goulet d’étranglement stratégique : le détroit d’Ormuz, entre l’Iran et Oman. Ce passage maritime étroit est l’une des artères vitales du commerce mondial. Chaque jour, près de 20 % du pétrole consommé dans le monde y transite. Dans ces conditions, la moindre tension militaire dans la région suffit à affoler les marchés pétroliers. Les traders n’attendent pas que les tankers cessent de circuler : ils anticipent le risque. Le prix du pétrole intègre alors une prime géopolitique. C’est ce qui s’est produit ces derniers jours. En quelques séances, le Brent a franchi un seuil hautement symbolique, dépassant les 100 dollars le baril.. Cette hausse ne signifie pas que le pétrole manque déjà. Elle signifie que les marchés redoutent que'il puisse manquer,
On entend parfois dire que la France n’achète presque plus de pétrole à l’Iran. C’est vrai. Mais cela ne change pas grand-chose. Le pétrole est un marché mondial. Lorsque les prix montent, ils montent pour tout le monde. La France importe environ 99 % du pétrole qu’elle consomme. Et près de 15 à 20 % de ces importations proviennent des pays du Golfe, dont les exportations transitent presque toutes par le détroit d’Ormuz. Autrement dit, près d’un baril sur six consommés en France dépend directement de la sécurité de ce passage maritime. Lorsqu’il vacille, les prix mondiaux réagissent immédiatement.
La hausse du pétrole se transmet ensuite progressivement au consommateur. En France, le prix du sans-plomb 95 a augmenté, selon le gouvernement de 10 centimespar litre en une semaine,
tandis que le diesel a progressé d’environ 6 à 8 centimes. Cette hausse peut sembler importante pour les ménages, mais elle reste en réalité modérée au regard
de la flambée du baril. La raison est simple : le carburant vendu aujourd’hui correspond à des achats réalisés plusieurs semaines auparavant. Les distributeurs écoulent d’abord les stocks achetés sur la base de contrats passés. Il existe donc toujours un décalage entre la hausse du pétrole brut et celle observée à la pompe.
Face à la hausse des prix, la réaction politique est souvent la même. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le lancement de 500 contrôles dans les stations-servicepour traquer les hausses jugées abusives. L’intention est compréhensible : lorsque les prix montent, l’opinion publique cherche des responsables. Mais une question simple se pose : qu’est-ce qu’une hausse excessive dans un marché où les prix évoluent chaque jour au gré des marchés mondiaux ?
En pratique, le principal garde-fou contre les abus n’est pas administratif. Il est économique. Dans un marché où les automobilistes peuvent comparer les prix en quelques secondes sur leur téléphone, une station qui augmenterait trop fortement ses tarifs verrait immédiatement sa clientèle partir chez le concurrent. La concurrence entre stations-service constitue souvent une régulation bien plus efficace que la multiplication des contrôles.
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La hausse actuelle du prix de l’essence illustre finalement une leçon vieille de près de deux siècles. Frédéric Bastiat invitait déjà à distinguer « ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas ». Ce que l’on voit aujourd’hui, ce sont les prix à la pompe qui montent et l’indignation qu’ils suscitent. Ce que l’on voit moins, c’est la fonction essentielle du prix : signaler la rareté et ajuster la consommation lorsque l’approvisionnement devient incertain. Car lorsque les prix ne peuvent plus jouer ce rôle, l’histoire économique montre que la hausse disparaît rarement. Elle est simplement remplacée par quelque chose de bien pire : la pénurie.
(*) Nathalie Janson est Présidente de Génération Libre. Professeur associé d'économie au sein du département Finance à NEOMA Business School, elle a obtenu son Doctorat en Economie à l'Université Paris I-La Sorbonne en collaboration avec le programme ESSEC PhD. Ses recherches portent sur les questions de politiques monétaires, de régulation bancaire et les cryptomonnaies.
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