OPINION. « Faut-il faire rendre gorge aux milliardaires ? »
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Vincent Bénard
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Par Vincent Bénard, Ingénieur en aménagement du territoire et économiste, ancien président de l’institut Hayek de Bruxelles.
Janvier est un mois riche en traditions. On y mange de la galette, on adopte de bonnes résolutions vouées à l’échec, et Oxfam publie son rapport annuel sur l’enrichissement indécent des milliardaires, ce qui donne à la gauche politique l’occasion d’exiger bruyamment qu’ils soient frappés de nouvelles taxes.
Notons cependant une étrange particularité : lorsque les riches s’appauvrissent, le silence est total. Par exemple, quand la valeur boursière de LVMH a perdu près de 20 % en 2025, effaçant au passage environ 30 milliards d’euros de patrimoine de l’ennemi public numéro un de l’intelligentsia anti-riches, Bernard Arnault, aucun communiqué, aucune conférence de presse. Et curieusement, si leur enrichissement est accusé d’appauvrir les classes populaires, l’inverse n’enrichit visiblement personne. Ce vice majeur de raisonnement n’arrête pas nos pourfendeurs de riches.
La méthode Oxfam : l’art de comparer l’incomparable
Le cœur de la manipulation repose sur une astuce simple : juxtaposer des chiffres hétérogènes sans jamais les replacer dans leur contexte. Un instantané boursier est opposé à des indicateurs sociaux de long terme. Un stock de patrimoine est comparé à un flux de revenus. Des nombres absolus mondiaux sont brandis sans jamais être rapportés à la population ou à l’histoire. Résultat garanti : un effet dramatique immédiat, au sacrifice de toute honnêteté analytique. Et les réfutations d’économistes sérieux, qui ne manqueront pas de fleurir, notamment sur les réseaux sociaux, ne bénéficieront évidemment pas de la même couverture médiatique.
Pourtant, replacés dans une perspective longue, les faits racontent une tout autre histoire. Dans les pays européens, la part du patrimoine détenue par les fameux « 1 % » est passée, en un siècle, de niveaux proches de la majorité absolue à environ un cinquième. Même aux États-Unis, épouvantail ultime, la reconcentration récente du patrimoine, bien réelle, reste bien inférieure à celle observée avant les années 1950.
Mais le reconnaître obligerait à admettre que le capitalisme a produit une diffusion massive de la richesse, grâce à l’accroissement généralisé du niveau de vie, même (et surtout) pour ceux qui ne supportent pas les risques de l’actionnariat. Un détail qu’Oxfam oublie chaque année avec une constance admirable.
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Oxfam affirme que cette accumulation de richesse « appauvrit les pauvres ». C’est spectaculairement faux. L’extrême pauvreté mondiale est passée de plus de 60 % de l’humanité au début du XXᵉ siècle, et encore 40% en 1990, à 10 %. La mortalité infantile, l’analphabétisme, la malnutrition ont suivi la même trajectoire.
Bien sûr, en valeur absolue, le nombre d’humains touchés par la pauvreté reste élevé, car la population mondiale augmente. Mais c’est précisément pour cela que les comparaisons sérieuses utilisent pourcentages et proportions. Oxfam préfère les éviter : cela saboterait leur narratif fondé sur la conflictualisation des relations entre riches et pauvres.
Quant aux pays où la pauvreté persiste, principalement en Afrique, ils partagent presque tous les mêmes caractéristiques : Etats de droit défaillants et corruption, politiques économiques dirigistes et bureaucratiques, et parfois, conflits armés. Autant de variables que l’ONG juge manifestement secondaires face aux coupables universels : « les riches ».
La taxation confiscatoire du patrimoine est présentée comme une évidence morale, par le biais de formules à l’emporte-pièce telles que « saisir un quart de la fortune des milliardaires permettrait de faire disparaître la faim dans le monde ». Économiquement, c’est surtout une impasse. On peut taxer un stock une fois. Mais on ne finance pas durablement un État-providence avec un capital que l’on vole, ou qui s’exile. Tuer la poule aux œufs d’or permet de festoyer quelques jours, mais vous condamne à des surlendemains qui déchantent.
Bien au contraire, les pays qui ont renoncé à ces impôts confiscatoires sur la fortune – y compris sous des gouvernements sociaux-démocrates, comme en Suède – ont vu leurs bases fiscales s’élargir, leurs recettes augmenter et leur pression fiscale globale diminuer. Un paradoxe insupportable pour un courant de pensée dont le credo est que la richesse est un gâteau fixe qu’il suffirait de découper autrement pour résoudre tous les problèmes du monde.
Pointer du doigt la cinquantaine de milliardaires que compte le pays omet de préciser qu’ils représentent moins d’un entrepreneur sur 30 000, ou que moins d’un sur 100 atteindra un jour un patrimoine de plus de 10 millions d'euros. Le « riche bashing » oublie que 40% des créateurs d’entreprise font faillite avant 5 ans et perdent souvent leurs économies dans ces aventures épuisantes, qu’un chef d’entreprise nouvellement créée sur 2 ne se verse pas de salaire durant plusieurs années pour permettre à son entreprise de grandir, et que le salaire médian de ceux qui se paient est de 1800 euros, contre 2200 pour les salariés. Et rappelons que les dividendes aux actionnaires ne représentent que 4% de la valeur ajoutée créée par les entreprises, contre 63% pour la masse salariale. C’est apparemment encore trop, pour certains.
L’espoir de connaître un succès qui apportera la richesse est l’indispensable contrepartie du risque bien supérieur de finir entrepreneur pauvre, voire ruiné. Mais ceux qui réussissent le font en proposant des produits et services dont la clientèle estime qu’ils améliorent leur vie, et ce faisant, créent des emplois, des écosystèmes vertueux suscitant à leur tour d’autres innovations améliorant l’existence de tous… Et parfois, perdent ces fortunes au profit de concurrents plus avisés. L’entrepreneuriat, c’est du risque et de l’espoir bien avant d’être de la richesse. Tuer cet espoir par la surtaxe, la spoliation ou simplement le dénigrement et la jalousie, c’est tuer l’entreprise et les bienfaits qu’elle apporte.
Le véritable problème du rapport de la gauche aux milliardaires n’est pas leur existence. Il est que le monde qu’ils décrivent comme de plus en plus injuste devient objectivement moins pauvre, moins dur et plus prospère notamment grâce aux entreprises des milliardaires. L’admettre remettrait en cause les argumentaires simplistes qui fondent bien des carrières politiques et les business models lucratifs de nombreuses ONG.
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