OPINION. « Lutte contre le sexisme : un enjeu toujours d’actualité »
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Laurence Beldowski
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Par Laurence Beldowski, Directrice Générale de Capital Filles et administratrice d’Ensemble Contre le Sexisme
Le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) met en évidence la persistance du sexisme comme un fait social structurant, loin d’être résorbé. Celui-ci ne se manifeste pas uniquement par des comportements violents ou explicitement discriminatoires, mais aussi par l’accumulation de situations ordinaires qui restreignent, de manière diffuse, les libertés et les choix des femmes. Le sexisme renvoie à un ensemble de normes et de représentations qui assignent aux femmes des rôles différenciés et hiérarchisés, et produisent, dans les faits, des inégalités concrètes et durables.
Dans le rapport du HCE de 2024, nous observons ainsi qu’une partie des hommes, en particulier les plus jeunes, se montrent plus réceptifs à des récits masculinistes, cette idéologie qui défend les privilèges masculins et lutte contre les féministes. Ce basculement n’est pas marginal : il s’inscrit dans une recomposition des normes de genre, souvent alimentée par les réseaux sociaux et des figures médiatiques clivantes et très prescriptives. Signe de cette tendance, les hommes de 2534 ans sont seulement 35 % à considérer anormal qu’un homme ait un salaire supérieur à celui de sa collègue à poste égal. Et 29 % pensent que les hommes sont plus performants dans les carrières scientifiques.
Pour les filles et les jeunes femmes, ces représentations ont des effets très concrets. 86 % des femmes déclarent ainsi avoir déjà vécu une situation sexiste. Une autre observation de terrain, c’est la persistance d’un sexisme ordinaire largement banalisé. Près d’un homme sur deux considère encore que certaines remarques sexistes « ne sont pas graves » (rapport HCE 2024). Cette minimisation installe un climat diffus, où les inégalités s’ancrent sans être nommées et finissent par peser durablement sur les trajectoires des filles.
Ces inégalités prennent racine très tôt. Dès l’orientation scolaire, les stéréotypes commencent à agir. Près de trois quarts des jeunes femmes déclarent n’avoir jamais envisagé une carrière dans les domaines techniques ou scientifiques, non par manque de compétences, mais faute de projection. Les choix d’orientation restent donc fortement genrés, contribuant à la reproduction des inégalités économiques tout au long de la vie.
Ces inégalités restent particulièrement visibles dans le monde professionnel : dans le secteur privé, l’écart de salaire moyen entre les femmes et les hommes atteint encore plus de 22 %, tous temps de travail confondus, et demeure de près de 4 % à poste et temps de travail équivalents (Oxfam France 2025). L’égalité salariale, l’accès aux responsabilités et à l’autonomie financière demeurent ainsi des équilibres fragiles.
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Force est de constater que, malgré les lois, de nombreuses situations de sexisme persistent et restent difficiles à qualifier, à prouver ou à sanctionner, qu’il s’agisse de harcèlement sexuel (loi du 6 août 2012), de discriminations salariales (loi du 22 décembre 1972) ou de mises à l’écart plus insidieuses. À l’échelle mondiale, les progrès se font aussi attendre. Selon le Forum économique mondial, il faudrait encore 123 ans, au rythme actuel, pour combler les écarts entre les femmes et les hommes en matière d’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé et aux responsabilités.
Cette situation n’est pas sans effet sur la manière dont les jeunes femmes se perçoivent elles-mêmes. Les femmes doutent davantage de leur légitimité professionnelle, y compris à niveau de diplôme équivalent. Ce doute n’est pas individuel : il est socialement construit. Il explique en partie pourquoi certaines opportunités sont moins saisies, moins revendiquées, moins considérées.
Pour autant, le tableau n’est pas figé. Les mêmes rapports mettent en évidence une prise de conscience collective réelle. À la suite d’affaires fortement médiatisées, comme celle de Gisèle Pelicot, 65 % des Français estiment que les violences sexistes et sexuelles engagent une responsabilité collective des hommes, et près de neuf sur dix considèrent que les hommes ont un rôle à jouer dans la prévention et la lutte contre le sexisme.
Le moment actuel invite à regarder concrètement ce qui freine encore l’égalité femmes/hommes. Et cette réflexion engage la responsabilité de l’ensemble de la société, des pouvoirs publics, des entreprises et de chacun d’entre nous. Tant que les normes sociales pèseront sur les parcours des femmes, la mise en œuvre de l’égalité restera partielle. La rendre effective suppose d’agir tôt, auprès des jeunes et des moins jeunes, de sensibiliser, de dialoguer, dans les lycées, au sein des entreprises, dans l’espace public et médiatique.
Le 25 janvier, Journée nationale contre le sexisme, rappelle que l’égalité n’est ni naturelle ni automatique. Elle nous concerne tous et se construit dans les gestes ordinaires du quotidien : une remarque que l’on ne banalise plus, un silence que l’on n’accepte plus, une responsabilité que l’on partage.
On pourra multiplier les engagements et les dispositifs. Si le sexisme continue de structurer silencieusement les trajectoires, l’effort restera limité. Mais les signaux d’espoir sont là : une conscience accrue, une attente sociale forte, et une génération de jeunes femmes prête à exercer pleinement sa liberté, à condition que la société lui en donne réellement les moyens.
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(*) Diplômée en communication, Laurence Beldowski débute sa carrière dans l’audiovisuel avant de prendre, en 2002, la direction de Com-Ent, première association des professionnel·les de la communication. Elle y développe très tôt une ambition forte : renforcer la responsabilité sociale de la filière. Engagée de longue date pour une société plus égalitaire, et pour l’égalité femme-hommes en particulier, elle initie plusieurs actions structurantes : la création du réseau Toutes femmes, toutes communicantes en 2012, puis le Kit pour une communication non sexiste lancé en 2016 avec le ministère des Droits des femmes et le Haut Conseil à l’égalité. Elle co-fonde en 2017 le Collectif Ensemble contre le sexisme, à l’origine de la Journée nationale officielle contre le sexisme, le 25 janvier. Certifiée administratrice par l’EM Lyon, Laurence Beldowski prend en 2022 la direction générale de l’association Capital Filles, qui accompagne les jeunes femmes issues des quartiers prioritaires et des territoires ruraux pour leur donner toutes les clés de leur avenir. Son credo : permettre aux femmes, et donc aux filles, de trouver leur juste place dans la société.
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