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Idées & Débats

OPINION. « CDI jeune du Medef : encore moins qu’une bouteille à la mer, hélas »

latribune.fr

Publié le 06 février 2026 à 11:15

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La proposition du Medef de proposer aux jeunes entrants sur le marché du travail un contrat de travail flexible à la place d’un CDI a déclenché une vague d’indignation « populaire » dont la mécanicité rappelle les indignations générées par toute proposition de réforme des retraites, de libéralisation des transports ou de service minimum dans la fonction publique.

Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l’ESSEC

En France, comme dans les autres pays du sud de l’Europe, le cadre juridique du contrat de travail est d’une rigidité extrême et se limite plus ou moins à deux possibilités. Le CDD, contrat à durée déterminée, s’applique de manière limitée à des missions temporaires, sans possibilité de renouvellement durable. Le CDI, contrat à durée indéterminée, s’applique pour tout autre emploi et s’accompagne de coûts très élevés en cas de rupture à l’initiative de l’employeur.

Cette difficulté de licencier est un frein à l’embauche, pour au moins deux raisons. En admettant que l’employeur puisse observer la qualité d’un futur employé lors de son recrutement, si l’incertitude sur la pérennité de l’emploi en question est importante, il va hésiter à embaucher si le licenciement est couteux. Actuellement l’économie française est proie à une grande incertitude économique associée à l’environnement international tendu et à ses propres fragilités. Lorsque la productivité du travailleur n’est pas observable facilement lors de l’embauche, même en absence d’incertitude économique les entreprises hésitent à embaucher, pour éviter le coût d’une éventuelle erreur de recrutement. Ainsi, plus les coûts de licenciement sont élevés, et plus les entreprises sont enclines à remplacer les embauches par des équipements quand cela est possible, ou délocaliser la production dans des pays à forte flexibilité du marché du travail. Cette rigidité du marché du travail français a joué un rôle important dans la désindustrialisation rapide du pays. Enfin, la rigidité du marché du travail engendre une faible mobilité intersectorielle et géographique, elle-même à l’origine de faible gains de productivité.

Emmanuel Macron avait identifié ce problème avant même son premier mandat et avait promis de réformer le contrat de travail pour le rendre plus flexible. La réformette mise en place s’est contentée d’inscrire dans la loi les indemnités en cas de licenciement abusif, laissées auparavant à la libre appréciation des tribunaux de travail.

Il est bien sûr inutile de répondre au chœur des journalistes, syndicalistes et politiciens de gauche indignés par la proposition du MEDEF, puisqu’ils ferment la conversation à grand renfort de moraline, en invoquant une supposée « discrimination au travail contre les jeunes ». Contentons-nous d’observer que la discrimination consiste à traiter différemment deux personnes semblables face à la même proposition. En l’espèce, cela signifierait que deux personnes ayant les mêmes caractéristiques productives se voient offrir un traitement inégal, au prétexte de leur genre, leur religion ou leur origine ethnique.

Un jeune entrant sans expérience et un salarié expérimenté n’ont pas les mêmes caractéristiques productives. Il n’est donc pas discriminatoire de leur proposer des contrats différents en termes de rémunération, attendu que la rémunération reflète le niveau et la qualité de la contribution du travailleur à l’entreprise. Ils n’ont pas le même historique professionnel, ni les mêmes moyens de signaler leur productivité future. Il n’est donc pas discriminatoire d’augmenter les droits à indemnité de départ au fur et à mesure que le jeune fait ses preuves. En effet, dans une économie libre, personne ne peut forcer une entreprise à embaucher une personne qu’elle ne souhaite pas recruter. Ainsi, salaire minimum universel et rigidité contractuelle se retournent ultimement contre les jeunes diplômés sans expérience eux-mêmes.

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Actuellement l’emploi des jeunes est menacé par l’adoption de l’IA par les entreprises puisqu’en l’état de la technologie, pour l’instant l’IA se substitue plutôt à des tâches confiées à des travailleurs juniors. Aux Etats-Unis, le taux de chômage des jeunes augmente plus vite que celui de l’ensemble de la population. Selon le Financial Times, dans ce pays mais aussi au Royaume-Unis, de nombreux jeunes sont surpris par la difficulté à trouver un premier emploi. Nos grands prêtres n’ont pas encore proposé de taxer l’IA ou d’en limiter l’usage par décret mais il est à craindre que cela n’aille bientôt les démanger. Accepter le monde réel tel qu’il est avec ses changements technologique et accroître en réponse la flexibilité du marché du travail pour soutenir l’emploi des jeunes dans cette période particulière demande une vision objective puis une attitude responsable et courageuse.

Mais il faudrait surement aller au-delà des reformes qui ciblent les jeunes. Le pays a besoin d’une reforme courageuse du marché du travail, sans laquelle il n’y aura ni réindustrialisation, ni rattrapage économique, ni pérennité du modèle social.

Adapter le salaire minimum à la situation dans laquelle se trouve nos jeunes serait un pas en avant considérable. L’étape suivante consisterait à faire une adaptation sectorielle. Imposer le même niveau de salaire minimum sans tenir compte des difficultés et des contraintes spécifiques à tel ou tel secteur génère également les mêmes effets d’exclusion sociale.

Nous considérons que le système juridique anachronique du CDI/CDD est un frein à la croissance de la productivité qui doit être comme tel amendé. Nous suggérons de le remplacer par un contrat unique, dont les indemnités de licenciement augmenteraient progressivement avec l’ancienneté. Il pourrait passer de zéro jusqu’à six mois à un maximum à définir au bout de trois ans. En 2015, le dirigeant italien de centre-gauche Matteo Renzi a mis en place un tel contrat dans son pays. Il nous semble urgent de supprimer toute notion de validité du motif de licenciement, hors cas évidents de harcèlement ou discrimination, quitte à avoir en contrepartie un montant plus élevé des indemnités de licenciement.

Dans notre malheureux pays l’échange respectueux sur les politiques visant au bien public n’est quasiment plus possible. Il n’y a plus que des emballements mécaniques émotionnels carburant à l’indignation politiquement correcte. La réforme la plus populaire consiste à taxer le patrimoine des plus riches que soi, et notamment celui des 1500 scandaleuses personnes les plus riches du pays. La réforme la moins populaire consiste à transformer la machine à exclure les plus fragiles qui nous tient lieu d’organisation du marché du travail. 

latribune.fr

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