Marchés émergents : comment le Bénin est devenu une signature incontournable
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Gabriel Gervais
DR
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Gabriel Gervais
DR
L’opération qui se déroulait à Londres combinait une émission conforme aux principes de la finance islamique et la réouverture d’eurobonds existants. L'ensemble visait au total environ 850 millions d’euros auprès de financiers internationaux. L'innovation majeure réside dans le couplage inédit d'un Sukuk en dollars avec un swap de devises simultané, une première pour un souverain africain. Là où l'Afrique du Sud en 2014 s'était contentée de lever des fonds, le Bénin a réalisé un arbitrage sophistiqué : capter l'abondante liquidité du Golfe tout en figeant un taux synthétique en euros de 4,92%. Cette ingénierie élimine le risque de change lié au dollar et démontre une maturité technique rare, transformant le Bénin de simple émetteur en stratège des marchés mondiaux.
Ce montage technique, fruit d'une préparation rigoureuse de plusieurs mois, a bénéficié d'un calendrier optimal. Quelques jours seulement avant l'annonce du succès de l'émission, Fitch Ratings relevait la perspective souveraine du pays à "Positive" (B+). Ce signal fort a agi comme un catalyseur de confiance, validant la trajectoire budgétaire du pays au moment précis où les investisseurs finalisaient leurs ordres, confirmant ainsi le nouveau statut du Bénin comme signature de référence sur les marchés émergents.
Pour acquérir ce statut, le Bénin s’appuie sur des fondamentaux macroéconomiques sains. Le déficit public est resté contenu sous le seuil de 3% du PIB, conformément aux critères de convergence de l’UEMOA, et la dette publique s’établit autour de 50 % du PIB, niveau jugé soutenable dans la catégorie de notation du pays. La structure de la dette joue un rôle clé : une forte proportion d’instruments à maturité longue et à taux fixes limitant l’exposition aux cycles de resserrement des conditions financières. Fitch met également en avant des perspectives de croissance robustes, avec une croissance du produit intérieur brut proche de 7,5% en 2025 et des projections solides pour 2026–2027.