OPINION. « Diversité et mixité des approches : les évolutions de la recherche ferroviaire »
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Pierre Gibbe et David Liling
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Pierre Gibbe et David Liling
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Par Pierre Gibbe, directeur de l’Université de l’Ingénierie, et David Liling, directeur général adjoint d’IKOS France, organisateurs de Pitchs d’en…fer !.
Alors que se tient la Semaine de l’industrie, des chiffres interrogent : 63 % des étudiantes jugent les métiers industriels peu accessibles aux femmes et une femme sur cinq déclare avoir été découragée de suivre des études scientifiques*. Ce constat alarmant survient au moment précis où l’industrie, et la filière ferroviaire en particulier, a besoin de toutes les compétences. Dans un secteur où la compétitivité repose à la fois sur l’excellence technique, la fiabilité opérationnelle et la capacité à attirer des profils rares, la diversité devient un actif stratégique. En effet, longtemps, la technologie a été pensée à partir d’un utilisateur implicite, supposé neutre mais très éloigné de la diversité réelle de ses parties-prenantes. À l’heure de la ville intelligente, des mobilités décarbonées et de l’exploitation fine des données, cette approche montre ses limites. L’enjeu n’est plus de “féminiser l’image” d’un secteur, mais d’élargir le cercle de celles et ceux qui conçoivent les systèmes, définissent les algorithmes, organisent les services et transforment les organisations – autrement dit, de diversifier la recherche elle-même.
C’est ce que donne à voir une nouvelle génération de travaux doctoraux dans le ferroviaire, réunis dans la deuxième édition de Pitchs d’en…fer !. On y trouve des thèses sur les jumeaux numériques d’infrastructures, pour modéliser finement les réseaux et en optimiser performance, maintenance et durabilité, des recherches sur les traces numériques de mobilité pour bâtir des politiques de transport adaptées, des travaux sur l’optimisation des grilles de roulement fret, ainsi que sur le rôle du design dans la mise en œuvre de la RSE en technicentre.
Ces travaux dialoguent avec des recherches sur la co-construction de valeurs dans les grands projets d’innovation ferroviaire ou sur les perspectives offertes par la localisation satellitaire coopérative pour développer un ferroviaire léger sur des lignes peu denses. Pris ensemble, ils dessinent une image bien différente de celle que véhicule encore l’imaginaire collectif : la recherche ferroviaire est devenue un terrain où se rencontrent science des données, simulation numérique avancée, IA, ingénierie des systèmes, sciences sociales et design.
Un point mérite d’être souligné : une part significative de ces travaux est aujourd’hui portée par des doctorantes. Elles traitent de tous les sujets y compris ceux qui se situent au cœur des enjeux structurants de la filière : infrastructures, exploitation, data, transition environnementale, transformation des organisations. Ce mouvement reste modeste, les femmes ne représentant qu’environ un quart des ingénieurs en France, mais il montre que, lorsque l’on crée des espaces de visibilité et d’exigence scientifique, les vocations existent et s’expriment.
Dans ce contexte, les initiatives portées par les acteurs de la filière – concours de thèses, programmes de mentoring, partenariats renforcés avec les écoles d’ingénieurs – jouent un rôle d’accélérateur. En donnant aux doctorants l’occasion de présenter leurs travaux devant des dirigeants, elles contribuent directement à l’attractivité du secteur.
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Reste à atteindre la masse critique. Cela suppose que les entreprises de la filière intègrent clairement la diversité comme critère de pilotage de leur R&D : dans les sujets proposés, les partenariats académiques, la composition des jurys et comités, les trajectoires de carrière des jeunes chercheurs. Cela implique aussi de repenser recrutement et sélection, en s’attaquant dès l’amont aux freins qui éloignent les jeunes filles des filières scientifiques, pour les sensibiliser davantage, tout en menant un effort continu de pédagogie et de visibilité autour de projets concrets, de parcours inspirants et de métiers en profonde transformation.
Au croisement de la souveraineté industrielle, de la transition écologique et de la cohésion des territoires, le ferroviaire doit faire de la recherche une condition de compétitivité, et de la diversité la garantie de solutions adaptées à la pluralité des usages.
*Enquête OpinionWay pour EllesBougent, réalisée entre le 25 mars et le 15 avril 2024 et menée auprès de 6.125 femmes dont 1.923 étudiantes.
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(*) Pierre Gibbe : Ingénieur diplômé de l’INSA Strasbourg en 1999, Pierre Gibbe construit un parcours de plus de vingt ans dans le ferroviaire, d’abord au sein de SNCF, où il pilote entre 2008 et 2016 plusieurs projets majeurs d’infrastructures . Il rejoint ensuite SFERIS comme directeur de production adjoint, supervisant quatre domaines opérationnels et 650 collaborateurs. Il est depuis 2019 directeur de l’Université de l’Ingénierie, un GIE de SNCF Réseau et SFERIS qui forme les ingénieurs, techniciens et experts du réseau ferroviaire de demain. Il a été diplômé de la 4ᵉ session nationale de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), majeure « Souveraineté numérique et cybersécurité ». David Liling : Ingénieur Télécom diplômé de l’Institut Supérieur d’Electronique de Paris (ISEP) en 2005 avec une dernière année à la Escuela Superior de Ingenieros de Sevilla. A l’issue de son MBA à l’IAE de Paris en 2006, il intègre l’aventure IKOS où il contribue au développement du groupe depuis sa création. En tant que directeur associé, il assure la direction opérationnelle d’IKOS en France et gère la relation auprès de partenaires historiques tels que la RATP, Siemens ou la SNCF.
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