OPINION. « 2007-2025 : que d'occasions manquées » (Michel Santi)
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Dado Ruvic - reuters
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Par Michel Santi, économiste (*)
Attention : âmes velléitaires s’abstenir ! La Réserve fédérale US a annoncé la semaine dernière qu’elle achètera désormais mensuellement pour 40 milliards de dollars de bons du Trésor américains de courte durée, les Treasury bills. Oui, la banque centrale la plus importante au monde se lance à nouveau dans le Quantitative Easing (QE), en bon français, et pour ceux qui seraient sceptiques, dans la création monétaire.
Ces injections de liquidités dans le système financier sont une réponse énergique à certaines problématiques structurelles du marché de la dette US, car le gouvernement du pays se refinance de plus en plus sur le court terme. Ces douze derniers mois, la Trésorerie américaine a effectivement émis plus de 25 000 milliards de dette sur le très court terme. C’est-à-dire que l’exécutif américain opte délibérément pour financer son train de vie en empruntant sur une période d’une année, voire moins.
Les bons à court terme (T-Bills) représentent aujourd’hui 70 % de la totalité des emprunts de l’État fédéral, en hausse de près de 28 % en dix ans. C’est un véritable choix stratégique opéré par les autorités US, qui financent des obligations à long terme comme les frais de santé, la défense, la Sécurité sociale, à l’aide de crédits sur 90 jours, sur six mois ou sur un an.
Noyée dans le communiqué qui annonçait la semaine passée la baisse de 0,25 point de base de son taux d’intérêt directeur, cette reprise de la création monétaire injectera (au minimum) 240 milliards de dollars (en 6 mois) qui iront directement et sans équivoque dans le budget des États-Unis d’Amérique. Les effets collatéraux mécaniques de ces vagues de liquidités seront de baisser le coût de l’emprunt, d’encourager les investissements et de faire prospérer la confiance.
Affligeante est la comparaison entre la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne, et accablante pour cette dernière. Celle-ci demeure engluée dans une posture légaliste, frileuse, défensive, marginalisant l’Europe, quand la Fed utilise sans complexe toute la palette de ses instruments pour soutenir son économie. L’abdication stratégique de la BCE creuse irrémédiablement l’écart transatlantique.
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Quand l’Europe subit une fragmentation financière persistante, une contraction du crédit, une fuite des capitaux, sans réponse monétaire proportionnée, la Fed assume pleinement un rôle activiste, quasi hégémonique, dans le pilotage macroéconomique de l’économie dont elle a la charge. La BCE moralise, pendant que la Fed agit.
Nos dirigeants européens et nationaux veulent ignorer qu’une banque centrale moderne est incontestablement un acteur politique au sens noble, en fait un stabilisateur systémique. L’économie européenne restera structurellement sous-financée, vulnérable aux chocs externes, condamnée à une croissance inférieure à son potentiel tant que la BCE ne sera pas en mesure d’endosser un rôle activiste comparable à celui de la Fed. Ce choix institutionnel, toujours en vigueur dans l’Union, est un renoncement.
Aussi, une incompréhension profonde des responsables politiques européens du rôle réel et du fonctionnement de la banque centrale. Leur ignorance crasse conduit à la paralysie stratégique. La mission de la banque centrale est intégrée culturellement et politiquement aux États-Unis. En Europe, elle éveille la suspicion.
Les Américains comprennent que la banque centrale est un pilier du financement de l’État et de l’économie réelle. Ils acceptent sans faux-semblants que la Fed soutienne le marché de la dette et crée des vagues de liquidité lorsque le système l’exige. Quand notre déficit de culture économique au sommet de l’État, en France et en Europe, nous condamne à rater tous les trains, et nous voue à la médiocrité éternelle.
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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.
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