OPINION. « Euro au plus haut : opportunité face aux droits de douane américains ? »
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Gabriel Gaspard
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Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
Décrochage économique de l’Europe. La productivité en Europe est en recul. Les gains de productivité qui soutenaient la croissance se tarissent. Ce phénomène n’est pas conjoncturel : il reflète des faiblesses structurelles accumulées depuis des années.
Le premier facteur est le sousinvestissement public et privé. Les infrastructures, la transition énergétique et la modernisation industrielle n’ont pas reçu les financements nécessaires. Les projets à fort rendement social peinent à être lancés à grande échelle.
L’Europe souffre d’un déficit d’innovation et d’un manque d’investissement en R&D comparé à d’autres régions. Le système éducatif et la formation continue ne compensent pas suffisamment les besoins des nouvelles technologies. Résultat : pénurie de compétences et faible diffusion des gains technologiques.
La fragmentation réglementaire entre États membres freine les économies d’échelle. Les marchés restent trop cloisonnés pour permettre une allocation optimale du capital et des talents. Les règles administratives et la complexité des procédures ralentissent la mise en œuvre des projets.
L’épargne existe, mais elle n’est pas toujours canalisée vers l’investissement productif. Les marchés financiers européens manquent parfois d’instruments longs et sûrs pour financer des projets d’envergure. La capacité d’emprunt publique est limitée par des contraintes politiques et par la crainte d’une hausse des primes de risque.
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La combinaison de ces facteurs réduit la croissance potentielle. Moins de productivité signifie moins de revenus futurs, moins d’emplois qualifiés et une capacité fiscale réduite pour financer la transition. Le cercle devient autoentretenu si rien n’est fait.
Face à ce diagnostic, cette tribune propose une réponse coordonnée : favoriser un choc de change favorable (1 euro = 1 dollar) et mobiliser l’épargne domestique pour financer des investissements productifs.
L’idée centrale est de transformer l’épargne des ménages en capital productif, tout en protégeant les ménages vulnérables et en coordonnant la politique monétaire pour maîtriser les risques d’inflation. Les États de la zone euro doivent mobiliser massivement l’épargne des ménages. L’objectif est clair : renforcer la compétitivité extérieure, créer de la capacité productive et améliorer durablement le ratio dette/PIB. Ce texte explique, étape par étape, pourquoi ce scénario peut être gagnant et quelles conditions il faut réunir pour que les bénéfices l’emportent sur les coûts.
Effet immédiat sur la compétitivité. Une dépréciation d’environ 15% rend les produits européens moins chers pour les acheteurs en dollars. Les exportateurs gagnent en compétitivité prix et réduisent la hausse des droits de douane américains. Les secteurs manufacturiers et certains services internationaux peuvent augmenter leurs volumes et leurs parts de marché. Cet avantage est direct et mesurable pour les entreprises capables d’augmenter l’offre rapidement.
Transmission aux prix et au PIB. La baisse de l’euro renchérit les importations facturées en dollars, en particulier l’énergie et les intrants. Cela provoque une inflation importée qui augmente le PIB nominal. Si les investissements publics financés par l’épargne ont un multiplicateur élevé, le PIB réel augmente aussi. Arithmétiquement, si la hausse nominale du PIB dépasse l’augmentation de la dette, le ratio dette/PIB s’améliore mécaniquement.
Financement par l’épargne : opportunité stratégique. Emprunter auprès des ménages ancre le financement localement et réduit la dépendance aux capitaux étrangers. Avantage : moindre exposition aux sorties de capitaux et plus de contrôle politique sur l’orientation des fonds. Pour réussir, il faut proposer des obligations longues et sûres, des incitations fiscales et des produits financiers adaptés. Il faut aussi préserver l’épargne destinée à l’investissement privé pour éviter le crowding-out ou éviction.
Conditions de réussite opérationnelle. Le succès exige plusieurs conditions cumulatives :
Risques et garde-fous indispensables. Les risques sont réels : inflation persistante, hausse des taux, fragilité des bilans privés, inégalités accrues. Pour les maîtriser, il faut :
Scénarios chiffrés et logique du ratio dette/PIB. Formule simple : si la dette augmente de q et le PIB nominal de p, le nouveau ratio = ((1+q) /(1+p)) × ratio initial. Exemple : dette +50% (q=0,5) et PIB nominal +50% (p=0,5) → ratio stable. Si (p>q), le ratio baisse. La clé est donc d’obtenir un p élevé via inflation maîtrisée et croissance réelle tirée par l’investissement productif.
Hétérogénéité entre pays. Les gains seront inégaux. Pays exportateurs nets et peu dépendants de l’énergie profiteront le plus. Pays dépendants des importations d’énergie ou avec bilans privés fragiles seront plus vulnérables. Une coordination européenne doit prévoir des mécanismes de solidarité et d’accompagnement pour réduire ces asymétries.
Calendrier d’action recommandé :
Sources à consulter : BCE ; CEPR ; Banque Mondiale ; IMF.
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