L'Europe a besoin d'argent alors que la productivité est en train de s'effondrer
Gabriel Gaspard

Photo d'illustration
DR
Gabriel Gaspard

Photo d'illustration
DR
L'Europe peut-elle rattraper les États-Unis et la Chine ? Il y a 16 ans, la production de richesse européenne était de 10,36% supérieure à celle des États-Unis alors qu'en 2023 elle était de 48,77% inférieure. Le PIB de l'Union européenne a augmenté de 2008 à 2023 de 12,58% (mesuré en dollar courant) soit en moyenne 0,79% par an, contre 84,83 % pour les États-Unis et 287,58% pour la Chine (source Banque mondiale)
Avec les dérèglements climatiques ; la rénovation des usines, des logements et des bureaux ; avec le vieillissement de la population, la dépendance et le handicap ; le financement du chômage et des retraites ; avec le tout numérique et la bataille de l'Intelligence artificielle ; avec la guerre aux portes de l'Europe et le manque de nouveaux investissements pour les armées ; avec un besoin massif d'investissement pour la recherche et le développement pour accélérer la croissance et la productivité ; etc. ; l'Europe a besoin de beaucoup d'argent pour reprendre sa place dans le monde face aux États-Unis et à la Chine.
Le déficit et la dette publique des pays de l'UE au regard des critères de convergence. Fin 2023, onze pays européens présentaient des déficits publics supérieurs à 3% du PIB (France 5,5%) et seulement 4 pays affichaient un excédent des finances publiques. Quant au poids de la dette publique, la moyenne de la zone euro était de 88,6% du PIB et la moyenne de l'UE 81,7% du PIB. La dette dépassait les 60% du PIB fixé par le Traité de Maastricht (France, 110,6%). Les États européens sont tous dans l'impasse. Ils n'ont plus d'argent pour budgétiser les factures colossales de la transition climatique... et de la relance de la productivité.
Il ne faut pas oublier la dette de la pandémie à rembourser de 2028 à 2058. Afin de faire face aux conséquences économiques de l'épidémie de la COVID-19, en juillet 2020, l'Union européenne a mis sur pied un plan de relance de 806,9 milliards d'euros, 750 milliards d'euros au prix de 2018 (NextGenerationEU). Ce plan octroie des subventions (338 milliards d'euros) et des prêts pour soutenir les réformes et les investissements (385 milliards d'euros) dans les États membres de l'UE. Ils ont décidé de s'endetter en commun et de rembourser cet emprunt de 2028 à 2058 (30 ans).
Pour la prolongation du fonds de relance, le financement de la défense, le financement de la recherche et l'innovation : les ministres des Finances de l'UE sont dans une impasse. Faute d'avoir de véritables ressources propres, comme le prévoient tous les traités européens, les États sont obligés de s'endetter seuls ou en commun pour soutenir les réformes et les investissements entrepris par l'Europe dans les pays membres.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Le budget européen de la recherche et de l'innovation Horizon Europe 2021-2027 n'est que de 95,5 milliards d'euros à comparer au budget des États-Unis pour la seule année 2024 de 210 milliards de dollar. De même l'Europe de la défense et le marché des capitaux sont inaccessibles pour la commission européenne : malgré les premiers pas pour une autonomie stratégique, la défense européenne n'est rien sans l'Otan. Pour le marché des capitaux, il faut attendre la législature européenne 2024-2029 pour que l'UE puisse finaliser le développement d'un système réglementaire compétitif, garantir un meilleur accès aux financements privés et créer de meilleures opportunités pour les citoyens.
L'Europe est en panne, en mai 2024, par rapport à mai 2023, la production industrielle a diminué de 2,9% dans la zone euro et de 2,5% dans l'UE. Entre 2000 et 2006, la productivité a augmenté en moyenne de 1,9%.
De 2006 à 2012, il n'y a aucun signe d'accélération significative de la tendance à la croissance de la production, des taux négatifs ont été observés en 2008 et en 2009. De 2012 à 2022, le PIB par heure travaillée a fortement augmenté en Europe de l'Est, en Irlande (+73,7%) et il a stagné dans plusieurs pays occidentaux dont la France (+3,7%), l'Italie et l'Espagne. Entre l'année 2000 et 2022 la croissance du PIB par heure travaillée a été uniquement de 1,2%.
Plusieurs facteurs structurels expliquent la faiblesse de la productivité en Europe :
Pour dynamiser la productivité en Europe, après le décrochage par suite de crises successives, il faut des investissements publics et privés immédiats. Depuis 1957 L'Union des marchés des capitaux n'étant pas encore achevé, il ne reste que les investissements publics ou européens.
Les entreprises sont confrontées à des marchés financiers fragmentés. L'accès aux conditions de financement varie considérablement d'un pays à l'autre. Il n'est pas sûr que les marchés des capitaux s'attaquent à la fragmentation financière. En effet, les investisseurs tiendront compte dans leurs décisions de prêt de leurs contextes économiques locaux et les risques souverains nationaux, tout comme les banques privées le font.
Vu les taux d'endettement des pays européens et les critères de convergence ; les poids des prélèvement obligatoires ; la seule solution serait d'effectuer des investissements publics sans emprunter aux banques commerciales et aux sociétés financières :
Avec une épargne estimée à 35 500 milliards, il y a donc environ 2 000 milliards d'euros qui pourront être affectés immédiatement à des investissements productifs dans la transition écologique, etc., au lieu d'exporter cette épargne, via les banques commerciales, pour acheter des titres de dettes étrangers. Avec des plafonds de versement, les nouveaux produits d'épargne européens seraient garantis et rémunérés. Les nouveaux contrats devraient présenter plusieurs atouts pour les consommateurs : flexibilité, frais de gestion nuls, pas de frais de transfert, avantages fiscaux, etc.
Avec l'euro numérique, il suffit que chaque citoyen européen dépose une fraction de son compte courant en euro numérique sur un compte à la BCE pour que le passif de la Banque centrale européenne augmente rapidement et automatiquement. Ce passif qui intègre déjà les billets et les réserves des banques commerciales pourra compenser de nouvelles dettes publiques que la BCE détiendrait à son actif ou ouvrir à la Banque européenne d'investissements BEI de nouvelles facilités pour octroyer des fonds aux PME et soutenir ainsi la croissance et l'emploi.
C'est le 24 avril 2024, que le Parlement européen a envoyé un premier message positif aux entreprises en vue de l'amélioration de l'attractivité des marchés des capitaux et la facilitation de l'accès des PME aux capitaux (Listing Act). Combien de temps faut-il avant de voir les effets réels ? La Commission européenne doit compléter l'aide aux PME exportatrices et en croissance et financer leurs introductions en Bourses par une autre mesure réelle.
La principale force de l'économie allemande est ce que l'on appelle le «Mittelstand» 3,5 millions d'entreprises familiales innovantes, tandis que la France a choisi de développer des champions nationaux côtés en Bourse. Les PME du Mittelstand, se financent en majorité via les 500 caisses d'épargnes publiques (2 492,8 milliards d'euros).
Aux États-Unis, la candidate démocrate à la présidentielle américaine a promis, en cas de victoire, la création de 25 millions de nouvelles petites entreprises créées en quatre ans.
Les Caisses de crédit publiques pourront emprunter directement à la BCE. Du point de vue des Traités européens, "il n'existe aucune barrière juridique à un prêt de la BCE à un établissement public de crédit ". C'est l'article 123-2 traité de Lisbonne.
«Une question importante est de savoir si la dépendance historiquement importante de l'Europe à l'égard de l'intermédiation bancaire dans le financement des investissements à long terme cédera la place à un système plus diversifié avec des parts nettement plus élevées de financement direct des capitaux et une plus grande implication des investisseurs institutionnels et des marchés financiers alternatifs» (Commission européenne, 2013).
Gabriel Gaspard
Comment peut-on trouver de l'argent et relancer les investissements productifs en Europe?