OPINION. « Agriculture française : jusqu’où accepter l’incohérence ? »
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Daniel Peyraube et Christophe Bonno
F.FERRANTI
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Daniel Peyraube et Christophe Bonno
F.FERRANTI
Par Daniel Peyraube, Agriculteur et Président de Maïsadour et Christophe Bonno, Directeur Général de Maïsadour (*)
Le 30 janvier, le Premier ministre a appelé la restauration collective dépendant de l’État à se fournir exclusivement en produits agricoles et alimentaires issus de l’Union européenne. Par cette annonce, Sébastien Lecornu pose un principe juste qui tente de contrecarrer les concurrences déloyales opérées par les pays extra-européens. En réalité, il faut aller plus loin encore et assumer la préférence nationale.
La promotion de l’agriculture européenne moins exigeante ne saurait répondre à la dégradation continue des conditions de vie des agricultrices et agriculteurs français. Ainsi, défendre les productions de nos sols conditionne des milliers d’emplois non délocalisables, la vitalité de nos territoires et la qualité des produits de nos assiettes. Alors que le nombre d’exploitations ne cesse de diminuer - moins 25% entre 2000 et 2010, moins 20% entre 2010 et 2020* -, il est urgent de franchir un cap et de penser, construire, organiser concrètement notre souveraineté alimentaire.
Depuis des années, la France demande à ses exploitants agricoles de faire preuve d’exemplarité environnementale, sanitaire, sociale et d’engagement pour protéger la santé, l’eau, la planète et le bien-être animal. Les contrôles sont renforcés et les normes parmi les plus strictes au monde. Ces exigences sont légitimes. Elles répondent aux enjeux de notre époque et aux attentes de la société. Elles sont d’ailleurs le moteur de la transformation agricole en cours dans la majorité des exploitations. Mais comment accepter, dans le même temps, les importations massives de produits ne respectant pas ces règles ? Comment demander toujours plus aux producteurs français sans leur offrir de véritable protection ? Cette contradiction est au cœur du malaise agricole actuel.
Le débat se déplace alors trop souvent vers une opposition entre agriculture et écologie. Cette opposition est une impasse intellectuelle et politique. Une voie existe en effet : celle de l’agriculture régénératrice. Ce modèle vise à restaurer les sols, renforcer la biodiversité, réduire les intrants, améliorer la résilience face au changement climatique et garantir une juste.
rémunération des producteurs. Il ne s’agit pas de produire moins, mais de produire mieux, durablement, en améliorant le Vivant. Bien sûr, cette agriculture exigeante a un coût. Elle suppose des investissements, du temps, de la stabilité réglementaire et une vision économique. Surtout, elle ne pourra voir le jour si elle est mise en concurrence avec des productions réalisées dans des conditions interdites dans notre pays.
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La filière volaille illustre parfaitement ce paradoxe. Alors que la demande en poulet progresse, la production nationale ne suit pas. Pourquoi ? Parce que les investissements nécessaires dans les bâtiments sont lourds, longs à amortir, soumis à des délais administratifs dissuasifs. Parce que, dans le même temps, des produits importés, européens ou issus des pays du Mercosur, entrent sur notre marché avec des normes beaucoup plus permissives. Nous ne faisons pas face à un problème de savoir-faire agricole, mais de cadre politique. Tant que cette incohérence perdurera, certaines filières continueront de décrocher.
Une volonté politique semble aujourd’hui émerger. Elle doit maintenant se traduire par des décisions courageuses : simplifier sans renoncer à l’exigence, sécuriser les investissements, refuser les accords incohérents, protéger nos filières face à la concurrence, être transparent et enfin responsabiliser l’ensemble de la chaîne de valeur… dont les consommateurs, qu’il faut encourager à lire les étiquettes, s’interroger sur l’origine, privilégier les produits français, locaux, tracés. Le prix est un critère légitime, personne ne l’ignore. Mais lorsqu’il devient l’unique boussole, il entraîne mécaniquement des conséquences bien au-delà de nos assiettes : disparition des exploitations, perte d’emplois, affaiblissement des territoires, dépendance accrue aux importations.
Plus encore que notre souveraineté alimentaire, c’est finalement une part de notre identité française qui est en jeu. Une agriculture exigeante, ancrée dans ses territoires, respectueuse du Vivant, n’est pas un vestige du passé. C’est au contraire un choix d’avenir.
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* Source : INRAE, 2024 > https://www.inrae.fr/actualites/demographie-exploitations-agricoles-quelles-perspectives-horizon-2035
(*) Daniel Peyraube, Président de Maïsadour - Agriculteur depuis ses 26 ans à Castaignos-Souslens dans les Landes, Daniel Peyraube cultive du maïs, maïs semences, tournesol, soja, et élève des poulets, canards et pintades. Il a assuré la présidence de l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs) pendant 8 ans avant de prendre la présidence de Maïsadour en décembre 2022. Christophe Bonno, Directeur général de Maïsadour - Directeur général de Maïsadour depuis 2021, Christophe Bonno pilote la nouvelle stratégie d’entreprise du Groupe Ambition 2030.
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