OPINION. «Entreprises familiales : la transmission, clé de la prospérité durable »
latribune.fr

Philippe Grodner et Caroline Mathieu
DR
latribune.fr

Philippe Grodner et Caroline Mathieu
DR
Par Philippe Grodner et Caroline Mathieu, Président et Déléguée générale du Family Business Network France
En France, elles représentent 71% des entreprises (hors TPE) et génèrent 69% des emplois. Elles contribuent également à 65% du produit intérieur brut, ce qui en fait l’un des piliers de notre tissu économique et social.
Leur importance ne se limite pas à ces chiffres. Plus des deux tiers des entreprises familiales sont implantées en région, où elles participent activement à la vitalité économique, au maintien de l’emploi et à la transmission de savoir-faire industriels et technologiques.
Depuis des siècles, entrepreneurs et innovateurs s’y succèdent pour développer leurs entreprises et accompagner les transformations de leur époque. Cette dynamique vertueuse repose sur un équilibre subtil entre ambition et mesure, audace et humilité. Elle exige surtout une vision de long terme capable de dépasser les cycles économiques pour inscrire l’entreprise dans une trajectoire durable.
C’est précisément cette vision qui explique la résilience des entreprises familiales. Leur durée de vie moyenne atteint près de 60 ans, contre moins de 20 ans pour les autres entreprises. Elles raisonnent en générations plutôt qu’en trimestres, en privilégiant l’investissement, la transmission des compétences et la pérennité du projet entrepreneurial.
Dans ce modèle de long terme, la transmission constitue un moment décisif. Elle ne se résume pas à un transfert juridique ou financier : elle implique la transmission d’une culture entrepreneuriale, d’un engagement et d’une responsabilité vis-à-vis des collaborateurs, des partenaires et des territoires.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Une telle transition demande du temps et de la préparation, en moyenne entre cinq et dix ans. Pourtant, la France accuse encore un retard important en la matière : le taux de transmission familiale oscille entre 15% et 20%, contre 56% en Allemagne et 70% en Italie.
Cet écart constitue un véritable enjeu économique. Derrière chaque transmission réussie se jouent la continuité de savoir-faire industriels, la stabilité de l’emploi et la vitalité de nombreux territoires.
L’enjeu est également stratégique pour l’avenir de notre tissu productif. La transformation d’une PME en entreprise de taille intermédiaire nécessite en moyenne plus de vingt ans, ce qui suppose une stabilité de l’actionnariat et une vision stratégique inscrite dans la durée. Dans cette perspective, les entreprises familiales jouent un rôle déterminant pour renforcer la scabilité de nos entreprises familiales françaises et soutenir la compétitivité de notre économie.
Les nouvelles générations ont, à cet égard, un rôle essentiel à jouer. Sensibles aux enjeux environnementaux, technologiques et sociétaux, elles apportent un regard nouveau et contribuent à faire évoluer les modèles de gouvernance et d’innovation tout en s’inscrivant dans la continuité du projet entrepreneurial.
Faciliter la transmission des entreprises familiales doit donc être considéré comme un enjeu stratégique pour notre pays. Donner de la visibilité aux entrepreneurs, encourager l’anticipation et préserver un cadre favorable à la continuité des entreprises constituent des conditions essentielles pour soutenir ces dynamiques.
Dans un monde marqué par l’incertitude et les transformations rapides, les entreprises familiales rappellent une évidence : la prospérité durable se construit dans le temps long.
_______
latribune.fr