Entrée de Mara au capital d’Exaion : une erreur de calcul et une faute pour notre souveraineté
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Philippe Latombe, député Modem de Vendée.
DR
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Philippe Latombe, député Modem de Vendée.
DR
L’été, avec l’intérêt moindre qui se manifeste pour les affaires du monde, représente une période bénie pour certaines initiatives discutables. Elles peuvent ainsi, à la faveur des vacances, échapper à notre vigilance. Fort heureusement, n’en déplaise à ses défenseurs, la cession par EDF, pour 168 millions de dollars, de 64% du capital de sa filiale Exaion à l’américain Mara Holdings, n’est pas passée inaperçue : nous avons d’ailleurs été plusieurs politiques, de différents bords de l’hémicycle, à réagir à cette nouvelle.
J’ai moi-même adressé un courrier d’alerte au ministre de l’Économie qui a diligenté une enquête du Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques (SISSE). Il ne faudrait cependant pas que le contexte politique tourmenté de cette rentrée nous fasse oublier le caractère scandaleux et suicidaire pour notre souveraineté d’une telle opération. Je reviens donc à la charge avec la persévérance, certains diront l’obstination, qui me caractérise...
Exaion est née de l’idée astucieuse de prolonger la vie des supercalculateurs qu’EDF renouvelle tous les trois ans pour gérer ses centrales et prévoir sa production hydroélectrique. Ces machines, une fois reconfigurées, peuvent aussi servir au calcul 3D pour le cinéma ou le jeu vidéo, à l’intelligence artificielle, ou encore à la sécurisation de transactions blockchain.
L'année dernière, Exaion a ainsi été enregistrée par l’Autorité des marchés financiers comme prestataire de services sur actifs numériques, ce qui lui permet de proposer aux banques et aux institutionnels un véritable coffre-fort pour cryptoactifs, une perspective qui a déjà séduit, par exemple, la Société Générale.
Cependant, pour des questions d'image, EDF a fait le choix assumé de ne pas développer d'activité de minage de cryptomonnaie. Cette décision stratégique a jusqu’à maintenant freiné le développement d’Exaion, qui est déficitaire depuis sa création, un déficit chaque année plus important (2020 : -771k€, 2024 : -4,4M€). En supposant que celui de Pulse (la branche investissement d’EDF) soit dans la moyenne de la dernière période disponible (2017-2021, environ 9M€/an), la filiale représenterait à elle seule la moitié du déficit de toutes les activités de capital risque d’EDF.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
