OPINION. «L'épargne salariale est déjà un choix de société »
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Pierre Rispoli
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Par Pierre Rispoli, spécialiste du private equity et de la finance à impact (*)
Car est loin, le temps où l'entreprise était exclusivement le lieu de la création de valeur économique, décorrélé de toute autre finalité. Force est de constater que le partage de la valeur n’est plus neutre : il traduit bien une orientation collective et dessine une société dans laquelle les salariés ne sont pas seulement associés aux résultats, mais également aux choix d’investissement que ces résultats permettent.
Avec 1 Français sur 4(1) qui souhaite que son épargne finance des projets sociaux et écologiques, le partage de la valeur constitue une puissante opportunité d’aligner les mécanismes économiques avec des ambitions sociétales.
Il apparait d’ailleurs que les obligations entrées en vigueur l’année dernière présentent des défis organisationnels pour les plus petites entreprises, entravant la capacité de tous les salariés à avoir accès à une large palette de dispositifs de partage de la valeur, notamment l’épargne salariale. La mise en place d’un plan national mutualisé, activable par défaut pour les petites structures, permettrait d’éviter que les contraintes administratives deviennent un facteur d’exclusion.
Mais l’accès ne suffit pas. Encore faut-il savoir où va l’épargne constituée et dans quelles conditions elle est investie. L’épargne salariale représente des flux financiers considérables, avec plus de 200 milliards d’euros d’encours en 2024. De fait, elle est un levier transformationnel puissant. Elle peut soutenir l’économie réelle, financer la transition écologique et sociale, et renforcer les territoires, à condition que son orientation soit lisible et encadrée.
Aujourd’hui, déjà proche de 8 % de l’épargne salariale totale, son pendant solidaire s’impose comme un moteur de transformation, dont la marge de progression reste considérable. C’est pourquoi nous appelons à ce que les allocations proposées par défaut aux épargnants intègrent systématiquement une part minimale d’investissements solidaires, en s’appuyant sur des fonds porteurs de labels reconnus tels que Finansol, ISR, Greenfin ou CIES. La labellisation constitue en effet une garantie d’exigence : elle encadre l’utilisation des fonds, assure la transparence des critères d’investissement et protège les salariés contre le risque de greenwashing ou de social washing.
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Et pour en finir avec le faux argument de l'arbitrage rendement-impact : les dernières études(3) montrent que la performance des fonds solidaires est proche, voire comparable à celle des fonds classiques. L'engagement solidaire n'a jamais été aussi simple et accessible. Il s’agit d'en faire enfin une règle, plutôt qu’une exception.
Enfin, les dispositifs doivent être construits dans un cadre démocratique associant employeurs et représentants des salariés, afin de garantir la transparence, la qualité des supports proposés et une information claire des bénéficiaires. À cet égard, des démarches de labellisation intégrant des critères de gouvernance, comme celles portées par le CIES, jouent un rôle essentiel : elles assurent un contrôle paritaire, renforcent la crédibilité des offres et veillent à ce que les choix d’investissement reflètent réellement les intérêts et les valeurs des salariés.
À l’heure des transitions écologiques, sociales et territoriales, l’épargne salariale peut devenir un outil structurant de transformation. Il appartient maintenant aux acteurs publics, aux partenaires sociaux et aux entreprises de s'en emparer.
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5*) Diplômé de l’emlyon business school, Pierre Rispoli est un spécialiste du private equity et de la finance à impact. Officiant tout d’abord chez Siparex, où il reste 15 ans, il occupe notamment la fonction de directeur général adjoint de 2005 à 2008. En 2008, il devient directeur général et co-actionnaire majoritaire de NiXEN Partners, société spécialisée dans la gestion de fonds de private equity. Il rejoint ensuite en 2021 le comité de direction générale du Groupe Crédit Coopératif (Groupe BPCE) en prenant la présidence du directoire d’Esfin Gestion, sa société de gestion dédiée au capital-investissement dans l’économie sociale et solidaire et l’impact. Il officie en parallèle depuis 2024 en tant que vice-président puis président intérimaire de FAIR, le collectif de la finance à impact social, et intervient comme expert auprès du Conseil Supérieur de l’Économie Sociale et Solidaire.
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