OPINION. « L’erreur fondamentale de la PPE »
latribune.fr

Olivier Blond
DR
latribune.fr

Olivier Blond
DR
Par Olivier Blond, conseiller régional d’Ile-de-France (*)
Le texte affirme ainsi « La PPE3 fixe ainsi un cap clair : porter la production électrique décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023. (…) La réussite de cette trajectoire repose (…) sur une électrification massive des usages, avec une demande estimée à 618 TWh en 2035. »
Pourtant, notre consommation d’électricité stagne ou diminue depuis plus d’une décennie, passant de 515 TWh en 2009 à moins de 450 TWh en 2025. La tendance est durable et la différence est gigantesque : un tiers de la consommation française, ou l’équivalent de la production d’une vingtaine de centrales nucléaires ! Les experts de RTE le disent diplomatiquement, dans un rapport récent : « Il existe (…) un large écart entre la tendance actuelle d’une part, et la situation souhaitée »
L’hypothèse de l’augmentation de la demande d’électricité est centrale dans tous les scenarios de transition énergétique qui ont été construits pendant la précédente décennie. Elle semblait logique quand une transition réussie impliquait d’« électrifier nos usages », c’est à dire de remplacer des énergies fossiles par une électricité décarbonée. Le besoin impérieux d’électricité justifiait des dépenses colossales, en particulier dans le secteur des énergies renouvelables.
Mais dès lors qu’il n’y a pas d’augmentation de la demande, construire de nouvelles capacités de production devient superfétatoire. Il vaut mieux optimiser ce qui fonctionne, puisque nous avons déjà - grâce à notre mix de nucléaire et de renouvelable - une électricité décarbonée à plus de 95 % (un record mondial) ! Cela d’autant plus que nous sommes en surcapacité : nous avons exporté 89 TWh d’électricité en 2024 (un autre record mondial), soit plus que la consommation de la Belgique.
L’électrification des usages reste un objectif majeur, mais redoutablement difficile à atteindre. Chacun perçoit combien l’électrification des transports automobiles est couteuse et dangereuse pour notre industrie. Diminuer les émissions liées au chauffage urbain nécessite d’accélérer encore le déploiement de la géothermie et l’usage des pompes à chaleurs. Mais là encore, l’évolution est malheureusement lente.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Tandis que cette partie de la transition écologique tarde à se faire jour, nous avançons, et il faut s’en féliciter, dans l’efficacité énergétique. Nos bâtiments, nos téléphones, nos usines, engagés dans des logiques d’économie d’énergie, consomment de moins en moins. La seule généralisation des éclairages à LED a ainsi permis de réduire de 10 TWh la consommation d’électricité entre 2010 et 2020. Si l’efficacité progresse plus vite que l’électrification, alors la consommation stagne ou diminue, et les projections de la PPE s’écroulent.
Le phénomène est global : la consommation allemande d’électricité a diminué de 594 en 2010 à 510 en 2024 TWh, la consommation britannique est passée de 357 TWh en 2005 à 322 en 2025… A l’autre bout du monde, la croissance économique de la Chine et de l’Inde portent une augmentation conséquente. Mais la situation est radicalement différente dans notre pays, avec moins de 1% d’augmentation du PIB par an. Et cela ne devrait malheureusement pas changer prochainement.
Les divagations de cette PPE débouchent sur une affirmation proprement délirante. Le document « passer de 60 % d’énergies fossiles dans la consommation finale française aujourd’hui à 60 % d’énergies décarbonées d’ici 2030. »
Pour donner une idée de la dimension irréaliste de cette proposition, il faut rappeler qu’à l’acmé de la transformation énergétique de notre pays, avec le krach pétrolier, la part des fossiles a diminué, de 13 points en 17 ans, pour passer de 85 % en 1973 à 72% en 1990. Diminuer de 20 points en 4 ans (de 60% à 40%) serait avancer presque 6 fois plus vite qu’au moment où notre pays connaissait une croissante et une situation économique, financière et politique bien plus favorable qu’aujourd’hui…
Il est parfois utile de faire preuve d’optimisme, mais c’est là un manque absolu de sérieux. Ce qui devait être un document de planification, appuyé sur des expertises pointues, devient ainsi un tract politicien multipliant les promesses creuses et démagogiques.
Le projet est tellement improbable que les législateurs ayant introduit une clause de revoyure en 2027 (avec les élections présidentielles), il rend inévitable son propre sabordage. C’est dommage, car notre pays a besoin d’une vraie stratégie énergétique à long terme. Et son absence ne peut qu’accentuer une crise dommageable pour l’économie, pour le climat et pour les revenus des Français. Quel gaspillage !
______
(*) Olivier Blond est élu au conseil régional d’Ile-de-France, délégué spécial chargé de la santé environnementale et de la lutte contre la pollution de l’air. Il est président de Bruitparif, observatoire du bruit en Ile-de-France. Il enseigne la santé environnementale à l’université catholique de Paris et l’école des ingénieurs de la ville de Paris. Il a créé le thinktank « Urbanités » sur la santé environnementale en milieu urbain. Olivier Blond est l’auteur de plusieurs livres sur l’écologie, dont « Pour en finir avec l’écologie punitive », aux éditions Grasset, et « Plaidoyer pour une écologie de droite », aux éditions Albin Michel.
latribune.fr