OPINION. «L'entreprise française, îlot de confiance dans la tempête »
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Flora Donsimoni
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Par Flora Donsimoni, Directrice générale de l’Institut de l’Entreprise (*)
La dernière vague du Baromètre de la confiance que le Cevipof vient de publier révèle un paysage paradoxal. Jamais la défiance envers la politique, les institutions et acteurs politiques, n'a été aussi forte : 87 % des Français estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas d'eux, 76 % les jugent corrompus, 18 % seulement se disent satisfaits de l'action du président de la République. Dans ce naufrage généralisé de la confiance, un acteur maintient le cap : l'entreprise.
Alors que le débat public pointe régulièrement du doigt le monde économique (débats sur la taxe Zucman et les grandes fortunes, polémiques sur les dividendes, projet de loi de finances aux orientations punitives) la société française continue de soutenir fortement ses entreprises. 59 % des Français souhaitent que l'État leur fasse confiance et leur donne plus de liberté, un chiffre stable malgré la tempête médiatique. À l'inverse, seuls 18 % expriment des sentiments positifs envers la politique, contre 81% de sentiments négatifs dominés par la méfiance et le dégoût.
Cette divergence n'est pas anodine. Elle révèle une lucidité collective : les Français semblent bien faire une nette différence entre ceux qui créent de la valeur et ceux qui la distribuent, entre ceux qui proposent des solutions et ceux qui sont perçus comme incarnant une forme d’impuissance. Lorsque 90 % estiment que "le fonctionnement politique actuel crée beaucoup d'incertitudes pour l'avenir du pays" - dix points de plus qu'en Allemagne -, et que dans le même temps 80 % jugent que "le gouvernement navigue à vue", le verdict est sans appel.
Cette confiance relative dans l'entreprise coexiste pourtant avec une exigence sociale marquée. Interrogés sur l'arbitrage entre compétitivité économique et amélioration de la situation des salariés, les Français penchent pour la seconde option avec une note de 6 sur 10. Contradiction ? Pas nécessairement.
Car ces mêmes Français, dans une autre question, affirment à 59 % préférer donner plus de liberté aux entreprises plutôt que de les contrôler davantage (36 %). Ce qui pourrait sembler incohérent révèle en réalité une maturité collective : oui à la liberté d'entreprendre, oui à la compétitivité, mais à condition qu'elle bénéficie au plus grand nombre. La méfiance ne porte pas sur l'entreprise elle-même, mais sur sa capacité à partager équitablement les fruits de la croissance.
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Sur le front technologique, les résultats dessinent une évolution encourageante, quoiqu’encore fragile. La méfiance envers l'IA reste à un niveau élevé : 81% des Français la perçoivent comme un risque pour la vie privée, 63 % pour l'emploi. Des taux nous plaçant en tête des inquiétudes européennes.
Mais le plus significatif réside ailleurs : dans l'écart entre cette perception anxiogène et l'expérience des utilisateurs. Parmi les 34 % de Français utilisant l'IA dans leur travail, 54 % jugent qu'elle allège et simplifie leurs tâches et 46 % qu'elle accroît leur autonomie. Certes, ces chiffres restent inférieurs à ceux de l'Allemagne ou du Royaume-Uni (70 à 76 %), mais ils révèlent une dynamique positive.
Le sentiment négatif vis-à-vis de l'IA diminue à mesure que l'expérimentation se développe. Autrement dit, l'anxiété française face à l'IA n'est pas une fatalité culturelle mais le produit d'un manque de familiarité. Les entreprises qui investiront massivement dans la formation, la co-construction des usages et la transparence sur les impacts en termes d'emploi verront cette méfiance refluer. Celles qui imposeront l'IA d'en haut, sans dialogue social ni garanties, alimenteront au contraire les craintes.
Le Baromètre de la confiance du CEVIPOF dessine donc une France profondément clivée entre ses institutions politiques, largement perçues comme impuissantes, et ses entreprises, qui conservent une légitimité relative malgré les critiques et les débats sur leur rôle et les efforts qu’elles devraient faire. Cette situation crée à la fois une opportunité et une responsabilité pour le monde économique.
L'opportunité, c'est celle de devenir le principal vecteur de transformation sociale dans un pays où le politique semble avoir renoncé. 82 % des Français jugent le système scolaire trop éloigné du monde de l'entreprise et 72 % attendent des entreprises qu'elles contribuent à la formation des enseignants. Cette demande massive est un appel : les Français veulent que les entreprises prennent leur part dans la construction de l'avenir, bien au-delà de leur mission strictement économique.
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(*) Diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Paris et de l’École Supérieure de Commerce de Paris, elle a commencé sa carrière dans le conseil et l’audit, d’abord chez Ernst &Young puis au sein du Groupe AXA. Par la suite, Flora Donsimoni a travaillé plus de dix ans pour des fondations internationales de grande envergure (Fondation BettencourtSchueller, Fondation Porticus, Fondation Bill et Melinda Gates) sur des thématiques très variées, allant de l’éducation à l’employabilité, l’insertion sociale ou la santé. Flora Donsimoni est Directrice générale de l’Institut de l’Entreprise depuis le 1er mai 2023.
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