OPINION. « Un Fonds de développement durable pour redonner vie aux territoires oubliés »
latribune.fr

Gabriel Gaspard
DR
latribune.fr

Gabriel Gaspard
DR
Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
Une échéance municipale décisive pour les territoires ruraux. Les élections municipales de mars 2026 ne sont pas qu’un rendez-vous démocratique : elles représentent une opportunité stratégique pour repenser le développement des territoires ruraux. Trop souvent relégués à la marge des politiques économiques, ces espaces regorgent pourtant de potentiels inexploités. Face aux défis climatiques, sociaux et démographiques, il est urgent d’adopter une approche écosociale qui articule transition écologique, justice sociale et dynamisme économique.
L’économie écosociale comme levier de résilience locale. Loin des modèles productivistes classiques, l’économie écosociale propose une vision intégrée : produire autrement, consommer localement, redistribuer équitablement. Elle valorise les circuits courts, les coopératives, les entreprises à mission et les initiatives citoyennes. En milieu rural, cette approche favorise la création d’emplois durables, la revitalisation des centres-bourgs et la préservation des ressources naturelles. Elle redonne du sens à l’action publique locale en plaçant l’humain et le vivant au cœur des décisions.
L’innovation rurale, moteur d’un nouveau modèle territorial. L’innovation ne se limite pas aux métropoles ou aux start-ups urbaines. Les territoires ruraux sont des laboratoires vivants d’expérimentations sociales, agricoles et technologiques. De l’agriculture régénérative aux tiers-lieux collaboratifs, en passant par les énergies renouvelables citoyennes, les exemples foisonnent. Les municipalités peuvent jouer un rôle d’accélérateur en soutenant ces initiatives, en facilitant l’accès au foncier, aux financements et aux compétences. L’innovation rurale est une réponse concrète aux fractures territoriales.
L’investissement citoyen, clé d’une démocratie économique locale. Pour que cette transformation soit pérenne, elle doit s’appuyer sur l’engagement des habitants. L’investissement citoyen – qu’il soit financier, participatif ou coopératif – permet de mobiliser les ressources locales au service de projets communs. Il renforce la confiance, la transparence et la légitimité des politiques municipales. Il responsabilise les habitants et crée des liens entre eux. Des fonds d’investissement territoriaux aux budgets participatifs, les outils existent. Il revient aux élus de les activer et de créer les conditions d’une gouvernance partagée.
Une vision politique à construire dès maintenant. À l’approche des municipales, il est temps de dépasser les clivages traditionnels et de construire une vision ambitieuse pour nos territoires. L’économie écosociale, l’innovation rurale et l’investissement citoyen ne sont pas des utopies : ce sont des piliers concrets d’un renouveau territorial. Les élus locaux ont le pouvoir – et la responsabilité – d’en faire les fondations de leur mandat. Il ne s’agit pas seulement de gérer, mais d’imaginer et de transformer. Mars 2026 peut être le point de départ d’une nouvelle alliance entre économie, écologie et démocratie.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Un Fonds régional de développement durable (FRDD) de 80 milliards d’euros sur 10 ans pour créer 1 million d’emplois dans 96% des communes françaises.
Au 31 décembre 2024, le Livret de développement durable et solidaire LDDS affichait 26,3 millions de livrets, soit + 2,7% en un an et + 6% en deux ans, pour un encours record de 160 Md€. Avec un taux de 1,7% depuis août 2025, ce livret reste l’un des plus attractifs pour l’épargne populaire.
Pourtant, la Caisse des Dépôts n’offre aucun compte rendu dédié au LDDS : les flux restent agrégés avec le Livret A, sans ventilation par région, type de projet ou indicateur extra-financier (CO₂ évité, emplois créés), privant les épargnants de toute visibilité sur l’usage concret de leurs fonds.
Face à la coupe de 8,4 Md€ dans le budget 2026 des régions, affecter 5% de l’encours du LDDS (8 Md€) à un Fonds régional de développement durable compenserait intégralement cette perte et laisserait une marge de sécurité pour les épargnants, sans impacter leur pouvoir d’épargne.
Cette orientation rejoint l’objet du LDDS, dont la vocation est de financer la rénovation énergétique, le logement social et l’économie sociale et solidaire. Elle étend naturellement son périmètre aux infrastructures régionales : mobilités propres, recyclage, circuits courts et rénovation de logements insalubres.
Pour l’État, aucun prélèvement supplémentaire n’est requis : l’épargne est déjà mobilisable sans alourdir la dette publique. Ce mécanisme génère un effet de levier sur la valeur ajoutée locale, les recettes fiscales et la création d’emplois, tout en renforçant la cohésion sociale et la transition écologique.
Un Fonds régional de développement durable (FRDD) de 80 milliards d’euros sur dix ans permettrait de créer un million d’emplois dans 96% des 34 449 communes de moins de 9 000 habitants. Activer cette épargne citoyenne via le LDDS mobiliserait en moyenne 8 Md€ par an pour financer la transformation industrielle et le recyclage local, la réhabilitation de logements insalubres et l’implantation de centres de vie intercommunaux (santé, mobilités douces, commerces, services publics). Chaque milliard investi dans ces infrastructures générerait 12 000 emplois directs dans la construction et les services. Pour préserver la confiance des épargnants, un comité de suivi indépendant instaurerait un rapport annuel détaillant les projets soutenus, leurs bénéficiaires et les indicateurs d’impact. Géré par un établissement public à gouvernance paritaire associant citoyens, élus, partenaires sociaux et ministères, le FRDD incarnerait une nouvelle alliance entre acteurs publics et privés, transformant l’épargne populaire en moteur d’emploi durable, de cohésion sociale et de transition écologique, tout en réalisant des économies pour les finances publiques et redonnant vie aux territoires oubliés.
latribune.fr