OPINION. « Le Botswana, la France et la Question de la Valeur » (Duma Boko, Président du Botswana)
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Duma Boko
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Par Duma Boko, Président du Botswana
Les maisons françaises ne se contentent pas de vendre des diamants ; elles contribuent également à maintenir les distinctions qui en fondent leur valeur. Le Botswana et la France partagent la conviction que l'origine d'un produit est une composante intrinsèque de sa nature même.
Aujourd’hui, le marché du diamant naturel fait face à la pression croissante des pierres produites en masse dans des conditions industrielles. Aux États-Unis, la Commission fédérale du commerce a choisi de qualifier les pierres synthétiques de “véritables” diamants. En France, qui défend depuis longtemps la provenance, la rareté et l’authenticité, la loi les qualifie plus justement de synthétiques. Ces reproductions fabriquées chimiquement par des machines ne devraient jamais se voir accorder le même statut que les diamants naturels. Nous souhaiterions que les autres partenaires de la France au sein de l’Union européenne reconnaissent également les diamants naturels comme le fait la France.
Établir cette distinction est essentiel pour un pays comme le mien, dont le développement a été façonné par des roches forgées dans les profondeurs de la terre sous l’effet d’une chaleur et d’une pression intenses pendant des millions d’années - chacune portant l’empreinte unique de son histoire. Une gestion prudente de leurs revenus a contribué à bâtir l’un des systèmes de santé et d’éducation les plus respectés d’Afrique.
Alors que je suis en visite en France, et alors que le Botswana et la France célèbrent le soixantième anniversaire de leurs relations diplomatiques, nous le faisons dans ce même esprit de clarté quant à la manière dont nous définissons notre partenariat. Celui-ci prend forme dans le contexte d’une évolution plus large.
Cette année, le FMI prévoit que l’Afrique dépassera l’Asie pour devenir la région ayant la croissance la plus rapide du monde. Son évolution façonnera l’économie mondiale au cours de ce siècle. Pourtant, nous la présentons bien trop souvent comme le théâtre d’une compétition entre grandes puissances pour l’accès aux minerais critiques. La réalité est bien plus vaste : c’est un continent caractérisé par des marchés en expansion, une urbanisation rapide et une population jeune et de plus en plus connectée.
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Le Botswana se trouve au cœur de la Communauté de développement de l'Afrique australe (CDAA) - un bloc régional fondé sur l'intégration et le commerce en franchise de droits - mais qui n'est traditionnellement pas considéré comme un élément central des partenariats économiques de la France. Alors, que la France cherche à étendre ses intérêts en Afrique au-delà des pays francophones africains de longue date, le Botswana - qui accueille le siège de la CDAA - offre une démocratie politiquement stable, fondée sur un État de droit, et constitue un point d’entrée pour des investissements à long terme dans la région. Les récentes réformes financières et réglementaires renforcent sa position de plaque tournante opérationnelle, comme en témoigne l’implantation de Continental Re, l’un des principaux réassureurs privés d’Afrique, présent dans plus de 50 pays.
Pourtant, le Botswana est également en train de restructurer son économie en réponse au ralentissement du marché du diamant, dont les revenus étaient devenus une source de dépendance excessive pour le pays. Cela a mis en évidence des faiblesses structurelles dans le financement des services publics tels que les soins de santé, où des inefficacités longtemps masquées par les revenus du diamant ont rendu le système vulnérable.
Le gouvernement met en œuvre des réformes en profondeur visant à asseoir le financement et la prestation des soins de santé sur des bases plus durables, grâce à la mise en place d’un régime national d’assurance maladie, au renforcement des capacités publiques et à la restructuration des achats de matériel médical. En partenariat avec la France, le Botswana lance également une initiative phare intitulée Smart Village One Health Intelligence, qui rassemble des institutions telles que Mistral AI, Orange et French Healthcare. Il ne s'agit pas seulement d'une initiative visant à améliorer la prestation des soins de santé en milieu rural, mais aussi d'une expérience visant à démontrer comment l'intelligence artificielle peut renforcer la résilience - mise en place en partenariat - mais gérée et appliquée localement.
Cette logique dépasse le cadre des soins de santé. Les co-investissements nationaux et internationaux détermineront la prospérité future de l’Afrique. Mais la responsabilité incombe avant tout aux Africains, si nous voulons évoluer vers la création de valeur ajoutée plutôt que de rester un continent d’extraction de matières premières. Les capitaux étrangers suivent là où les capitaux locaux s’engagent, et les capitaux africains sont de plus en plus investis sur le continent.
Au Botswana, les fonds de pension doivent désormais investir au moins 50 % de leurs actifs au niveau national, ce qui devrait entraîner un chiffre d'affaires record sur la Bourse du Botswana en 2025. Un fonds souverain nouvellement créé, financé par les recettes issues des diamants, investira - et co-investira avec des partenaires internationaux - dans des secteurs de croissance afin de diversifier l'économie.
Ces actions montrent clairement où réside la valeur. Le Botswana et la France partagent une vision commune de ce qui la définit. À mesure que notre partenariat s'approfondit, nous comprenons mieux d'où elle provient - et nous participons à son essor.
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