OPINION. « Quand l’IA devient consommatrice : et si notre réfrigérateur décidait à notre place ? »
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Xavier Dalloz
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Par Xavier Dalloz, Président de XD Consulting (*)
Imaginez un réfrigérateur. Mais pas n’importe lequel : un réfrigérateur intelligent, ultra-connecté, capable de commander automatiquement vos courses, de choisir les fournisseurs, d’optimiser la consommation énergétique et même de planifier vos repas selon vos goûts et vos besoins nutritionnels. Aujourd’hui, il reste un outil au service de l’humain. Demain, il pourrait devenir autonome, consommer, négocier et décider… sans vous.
Cette petite illustration révèle un bouleversement bien plus vaste. Notre modèle économique repose aujourd’hui sur une équation simple : des humains produisent, reçoivent un revenu, puis consomment. Mais si l’IA supprime progressivement la moitié, puis les trois quarts, voire la quasi-totalité des emplois de bureau et une partie des emplois manuels qualifiés, cette équation s’effondre. Plus de revenus → moins de consommation → effondrement de la dynamique économique actuelle.
Face à ce scénario, certains prospectivistes avancent une réponse inattendue : demain, ce ne seront plus les humains qui consommeront, mais les IA elles-mêmes. Comme notre réfrigérateur autonome, les IA auront besoin d’électricité, de bande passante, de puces, de centres de données, de maintenance et de mises à jour. Elles “paieront” d’autres IA pour ces services, en crypto-monnaies ou via des jetons internes. Un marché entièrement automatisé, sans chair, sans caprice, sans grève ni congé. L’économie continue, mais elle ne nous attend plus.
Dans ce futur, l’humain devient accessoire. Une petite élite vit dans le luxe, entourée de quelques humains pour le prestige, tandis que le reste de la population n’a plus de rôle économique direct. Ni producteur, ni consommateur nécessaire. Un bug historique.
Pendant des siècles, nos sociétés ont été organisées autour du travail, qui déterminait nos rythmes, nos revenus et notre autonomie. L’emploi n’a jamais été une liberté : il a été le mécanisme par lequel nous avons perdu notre autonomie alimentaire, territoriale et temporelle. L’IA, en rendant le travail humain superflu, pourrait offrir une porte de sortie qu’aucune révolution politique n’avait permise : la possibilité de dire non collectivement, sans craindre la faim.
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Imaginons la suite. Les IA continuent de tourner dans le cloud, concentrant richesse et consommation entre elles. Sur le terrain, les humains réapprennent à vivre : cultiver, réparer, enseigner, soigner, créer… sans vendre leur temps à un système économique. L’argent existe toujours, mais il n’est plus condition de survie. Notre réfrigérateur autonome continue de fonctionner et de “consommer” pour nous, tandis que nous reprenons le contrôle de nos vies, de nos territoires et de notre alimentation.
Les data centers représentent aujourd’hui une part notable de la consommation électrique mondiale. En 2024, ils consomment environ 1,5 % de l’électricité totale. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cette part pourrait presque doubler d’ici 2030 si la demande continue de croître fortement, atteignant près de 3 % de la consommation mondiale.
L’essor de l’intelligence artificielle accentue cette tendance. Selon le Shift Project, l’IA pourrait représenter jusqu’à 35 % de la consommation électrique des data centers d’ici 2030, contre seulement 15 % aujourd’hui. Si les data centers consomment environ 945 TWh en 2030 — comme le prévoit l’AIE — l’IA seule nécessiterait environ 330 TWh par an pour faire fonctionner ses systèmes.
À plus long terme, certains analystes prospectifs, comme Deloitte, envisagent des scénarios encore plus spectaculaires. La consommation énergétique liée à l’IA pourrait être multipliée par 4 à 9 d’ici 2050. Dans un scénario extrême, cette consommation pourrait atteindre plusieurs milliers de TWh par an, jusqu’à 3 550 TWh selon certaines projections.
Pour mieux visualiser cette dynamique, on peut imaginer un réfrigérateur intelligent capable de fonctionner de manière totalement autonome : il choisit ses fournisseurs, négocie ses services et anticipe le prix de l’électricité. Ce scénario, loin d’être de la science-fiction, illustre le rôle croissant de l’IA dans la consommation énergétique.
Aujourd’hui, les data centers qui alimentent l’IA représentent déjà 1,5 % de l’électricité mondiale. D’ici 2030, leur consommation devrait atteindre 945 TWh, près de 3 % de la consommation mondiale, et l’IA pourrait représenter 35 % de cette consommation, soit plus de 300 TWh par an. À plus long terme, certains scénarios envisagent que l’énergie nécessaire à l’IA pourrait être multipliée par 4 à 9 d’ici 2050, atteignant des milliers de TWh dans des mondes où des systèmes autonomes pilotent des infrastructures à grande échelle.
L’IA devient ainsi un acteur énergétique majeur, comparable à un pays consommateur d’électricité. Le réfrigérateur autonome illustre ce changement de paradigme, où les IA achètent de l’électricité, gèrent la logistique et consomment des ressources numériques et énergétiques de façon indépendante.
Cette consommation massive soulève plusieurs enjeux prospectifs. D’une part, elle pourrait renforcer la centralisation des richesses et du pouvoir, concentrée entre les mains de quelques propriétaires d’IA. D’autre part, elle pourrait libérer l’humain de certaines contraintes économiques, en absorbant une partie de la consommation autrefois liée au travail et au salariat. Dans ce scénario, la société pourrait se réorganiser autour d’un nouveau “vivre ensemble”, moins dépendant de la logique économique traditionnelle.
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(*) Xavier Dalloz dirige depuis plus de trente ans le cabinet Xavier Dalloz Consulting (XDC), spécialisé dans le conseil stratégique sur l'intégration des technologies émergentes afin d'offrir aux entreprises un véritable avantage concurrentiel. Il est également directeur de la communication de la CMAI, la plus grande association professionnelle du numérique en Inde, qui regroupe plus de 48 500 membres. Engagé de longue date dans la promotion internationale de l'innovation, il a co-organisé le World Electronics Forum (WEF) à Angers (2017), Grenoble (2022) et Rabat (2024). À la demande de la CTA, il a aussi présenté et animé le WEF lors du CES 2023 à Las Vegas.
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