OPINION. « Retraite : quand la fiscalité annihile la portée de la capitalisation »
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Michael Donio et Aziz Landoulsi
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Par Michael Donio et Aziz Landoulsi, Sia
Les discussions de l’hiver dernier autour des projets de loi de finances et de loi de financement de la sécurité sociale ont rappelé l’impasse dans laquelle se trouve la question des retraites en France, pourtant confrontées à une double pression : la baisse du rapport démographique et l’augmentation de l’espérance de vie. Et ce d’autant que les mesures prises (suspension de la réforme, revalorisation des pensions, ajustement du PASS, amélioration ciblée des droits pour certains, facilitation des départs pour les carrières longues…) vont paradoxalement alourdir les déficits au motif en absence de toute réforme majeure à court ou moyen terme.
Or à force d’immobilisme, voire de recul, les droits à la retraite s’érodent un peu plus chaque année qui passe. Le coût pour les acquérir grimpe plus vite que celui des retraites. Dans le régime AGIRC-ARRCO, le prix des points a ainsi bondi de +3,1% par an en moyenne sur les cinq dernières années, quand leur valeur n’a augmenté que de +2,5%. Cette érosion réelle des droits ne permet cependant pas l’équilibre des régimes qui reste hors de portée à un horizon raisonnable. Un constat qui pousse de plus en plus d’experts à changer de grille de lecture, en s’appuyant sur le taux de rendement interne (TRI), indicateur du rendement réel des cotisations versées. Le COR(1) l’évalue à environ 1,5% pour un cadre et 2% pour un non-cadre de la génération 1960, des niveaux… inférieurs à l’inflation. D’autres indicateurs existent bien entendu, mais tous convergent vers le même constat : les retraites rapportent peu, voire moins qu’elles ne coûtent en termes réels.
Dans ce contexte, la capitalisation (les actifs cotisent pour leur propre retraite à terme) retrouve quelques partisans dans le champ politique et apparaît de nouveau comme une alternative crédible pour soutenir un régime par répartition (dans lequel les actifs financent les pensions des retraités) en tension, d’autant qu’elle pourrait tout à fait offrir un rendement supérieur. Mais reste à déterminer si elle constitue réellement une option viable pour les bénéficiaires. En effet, si les rendements de la capitalisation restent aujourd’hui très supérieurs à ceux des régimes par répartition, la fiscalité actuelle et les velléités exprimées par les Parlementaires en la matière en limitent fortement la portée, voire l’annihilent carrément.
Prenons le cas d’un épargnant versant régulièrement une même somme sur un Fonds euros rémunéré à hauteur de 2,6 % (rendement moyen des fonds euros sur 2025), son rendement net de prélèvements sociaux tombe sous la barre des 2 % par an. Le PER fait un peu mieux, avec toutefois une flat tax à 30 % sur le revenu des placements à la sortie qui ramène une nouvelle fois le rendement réel à des niveaux modestes pour l’épargnant.
La course fiscale continue : la majoration de 1,4 point de la CSG envisagée lors de la discussion du PLFSS pour 2026, si elle s’étend à l’assurance-vie, grignotera encore des rendements déjà restreints. À chaque coup de rabot, la capitalisation perd un peu plus de sa crédibilité face à la répartition.
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Cette situation n’est pas neutre au niveau national. Pis, elle est même préoccupante : qu’il s’agisse de la répartition ou de la capitalisation après fiscalité, les TRI du cycle financier est proche ou inférieur à l’inflation, ce qui ne peut être acceptable de manière durable, et ce d’autant plus que le niveau de rémunération des retraites est inférieur à la moitié des derniers salaires en moyenne.
Ainsi, dans un contexte d’érosion continue des retraites par répartition, si les dispositifs de capitalisation constituent dans l’absolu une solution alternative ou complémentaire, les gouvernements devront néanmoins adapter la fiscalité ou les aides implicites pour donner une chance réelle à l’essor de ces dispositifs. Faute de quoi, ils ne rapporteront pas assez (en termes réels) pour représenter une alternative viable, d’un point de vue macroéconomique, à la déliquescence programmée de la répartition.
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Etude du COR de 2022: TRI selon l’âge de départ pour deux salariés nés en 1960 (taux plein, 167 trimestres) : un non-cadre devenu cadre (carrière dès 20 ans, espérance de retraite 27 ans) et un non-cadre (dès 18 ans, 25 ans).
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(*) Michael Donio est le responsable du pôle Actuarial & Quantitative Services de Sia (ex-Sia Partners). Fort de plus de 25 ans d’expérience, il a développé son expertise, notamment en assurance vie et retraite. Aziz Landoulsi est consultant en actuariat chez Sia, spécialisé en modélisation de la retraite et de gestion actif-passif.
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