OPINION. « Le vrai front économique est énergétique »
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Guillaume Niarfeix
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Par Guillaume Niarfeix (*)
Le vrai front économique n’est pas commercial. Il est énergétique.
C’est là que se joue le prix de nos usines ; la facture des ménages ; la compétitivité de nos filières et, surtout, notre capacité à rester une puissance industrielle.
Cette vulnérabilité, que nous semblons découvrir, nous l’avons organisé collectivement. Pendant vingt ans, l’Europe a pensé l’énergie comme un marché avant de la penser comme un levier de puissance. Nous avons préféré les signaux-prix aux capacités, l’ouverture à la stratégie, l’importation à l’investissement, la rationalité de court terme à la souveraineté de long terme. Nous avons cru qu’on pouvait importer massivement son énergie sans finir par importer aussi son inflation, sa fragilité et une part de son déclin.
Cette dérive contredit l’intuition fondatrice de l’Europe : en 1950, Schuman souhaitait une Europe de « réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». La CECA n’était pas une abstraction mais une politique de puissance adossée au charbon et à l’acier. Nous avons fait l’exact inverse en désincarnant l’Europe de l’énergie, en la livrant aux catéchismes du marché, en somme, en la déconnectant du réel.
Dans un même temps, nous avons sous-investi dans les capacités pilotables, les réseaux, le stockage, mais aussi la maintenance, les compétences et les filières ; tout ce qui fait la solidité d’une grande économie. Nous avons ainsi opposé les technologies là où il aurait fallu penser le système. Nous avons voulu décarboner sans planifier. Électrifier sans dimensionner. Accélérer sans exécuter.
La guerre en Ukraine n’a pas créé cette faiblesse énergétique ; elle en a été le révélateur. Une dépendance n’est jamais neutre : elle est un impôt extérieur sur notre production, un canal d’inflation importée et une vulnérabilité géopolitique permanente. Une économie qui dépend d’énergies qu’elle ne maîtrise pas subit les prix, finance d’autres puissances et affaiblit sa propre base productive.
Appelons les choses par leur nom : une énergie chère et volatile n’est pas un problème de pouvoir d’achat. C’est une taxe sur le travail, une taxe sur l’investissement, une taxe sur l’industrie. Aucune politique de réindustrialisation ne résistera à cela. On ne réarme pas une économie à coups de subventions. On la réarme avec des capacités.
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Il nous faut changer de doctrine. Reconstruire la capacité et non gérer la rareté.
En France, cela passe par une loi de programmation énergétique et industrielle réellement opposable : objectifs, calendriers, financements, responsables. Relancer sans ambiguïté le nucléaire là où il renforce notre souveraineté. Accélérer les renouvelables là où elles renforcent vraiment le système. Investir massivement dans les réseaux, le stockage, les flexibilités. Assumer enfin une stratégie claire d’électrification des usages. En Europe, cela suppose d’en finir avec la seule coordination réglementaire pour entrer dans l’investissement stratégique commun : contrats longs, vraie politique industrielle, protection assumée des chaînes de valeur critiques.
De la planification d’après-guerre à la doctrine gaullienne d’indépendance, nos aînés l’avaient compris : la souveraineté n’est pas un commentaire, c’est une organisation matérielle. C’est une infrastructure. C’est une volonté prolongée par des investissements, des filières, des décisions.
Le vrai scandale européen n’est pas d’avoir payé son gaz trop cher. C’est d’avoir accepté que l’énergie, autrement dit, le cœur de toute prospérité industrielle ; soit traitée comme une variable secondaire. Tant que l’Europe n’aura pas reconstruit une capacité énergétique abondante, décarbonée et compétitive, elle continuera d’importer son inflation, d’exporter son industrie, de financer sa dépendance.
La bataille économique de notre temps ne se jouera pas sur les barrières commerciales, les plans de relance ou les budgets de défense. Elle se jouera sur notre capacité à remettre l’énergie au cœur de notre stratégie de puissance. Les autres puissances l’ont compris depuis longtemps.
L’Europe, elle, hésite encore entre le commentaire et l’action.
Elle n’a plus ce luxe
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(*) Guillaume Niarfeix est un dirigeant français du secteur de l’énergie, des infrastructures et des services industriels. Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Nigériane, il intervient régulièrement dans la presse économique et spécialisée sur les enjeux de souveraineté et de transition énergétique.
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