OPINION. « France-Inde : un modèle de coopération entre Est-Ouest ? »
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Mohit Anand et Philippe Le Corre
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Mohit Anand et Philippe Le Corre
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Par Philippe Le Corre, professeur à l'ESSEC et Mohit Anand, professeur à l'EM Lyon (*)
La visite d’Emmanuel Macron en Inde — sa quatrième depuis 2018 — témoigne de l’importance que la France accorde à la relation bilatérale franco-indienne. Si les liens se sont renforcés au cours des quatre dernières décennies, le contexte géopolitique offre de nouvelles opportunités dans un contexte de tensions persistantes en Europe et en Indo-Pacifique. Unique puissance nucléaire de l’Union européenne et acteur militaire de poids, la France continue de défendre une position ferme face à la Russie dans la guerre ukrainienne, tandis que l’Inde continue d’entretenir des relations tendues avec le Pakistan et avec la Chine.
Les deux gouvernements cherchent à diversifier leur coopération au-delà des trois piliers traditionnels que sont la défense et la sécurité, l’espace et le nucléaire civil, et l’aéronautique, afin de l’étendre à des domaines tels que la technologie, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et l’éducation. La grande affaire de cette semaine sera l’Intelligence artificielle les deux nations ont proclamé 2026 « Année de l’Innovation Inde-France ». Les services, l’action climatique, le tourisme et les énergies propres figurent également au programme de la visite du président Macron. Les deux pays peuvent aussi promouvoir leurs écosystèmes de start-up respectifs et offrir aux jeunes entreprises et entrepreneurs une plateforme d’échanges et de mise en réseau afin de renforcer leurs activités.
Cette visite revêt une importance particulière car elle intervient peu après celle du chancelier allemand Friedrich Merz en Inde à la mi-janvier, ainsi que celle de la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, invitée d’honneur de la fête de la République indienne le 26 janvier. Ces rencontres ont culminé avec l’annonce de la conclusion des négociations de l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Inde - un marché de plus de 2 milliards de personnes. Cet accord devrait doubler les exportations de biens de l’UE vers l’Inde d’ici 2032 contre 180 milliards d’euros actuellement.
Parmi tous les partenariats stratégiques que l’Inde entretient avec d’autres pays, celui avec la France est le plus durable. En 1998, la France a été le premier pays avec lequel l’Inde a établi un partenariat stratégique. Nul doute que la visite de cette semaine visera à renforcer ce partenariat stratégique Inde-France, notamment dans le cadre de la « Feuille de route Horizon 2047 », ainsi qu’à assurer le suivi du Sommet d’action sur l’IA coprésidé par les deux dirigeants à Paris en février 2025. Narendra Modi et Emmanuel Macron participeront à l’India-AI Impact Summit, du 16 au 20 février à New Delhi.
Sur le plan économique, la France est devenue une source majeure d’investissements directs étrangers pour l’Inde, avec plus de 1 000 entreprises françaises déjà implantées dans le pays, générant un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros et employant 300 000 personnes. La France est le 11ᵉ investisseur étranger en Inde, avec un investissement cumulé de 9,79 milliards d’euros entre avril 2000 et mars 2025. Les échanges commerciaux bilatéraux sont passés de 7,65 milliards de dollars en 2020-2021 à environ 12,75 milliards d’euros en 2024-2025. L’accord commercial récemment négocié entre l’UE et l’Inde donnera une nouvelle impulsion aux relations économiques et commerciales bilatérales.
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Au fil des années, l’Inde et la France sont devenues des partenaires fiables en matière de défense, et cette dynamique devrait se poursuivre. La France est le deuxième fournisseur d’armes de l’Inde (après la Russie), représentant 33 % des importations indiennes d’armements. Entre 2020 et 2024, la plus grande part des exportations françaises d’armes — 28 % — a été destinée à l’Inde, soit presque le double de la part cumulée destinée aux États européens (15 %). La semaine dernière encore, le Bureau indien des acquisition des armements a approuvé l’achat de 114 avions de chasse Rafale auprès de Dassault Aviation, l’un des plus importants contrats de défense conclus par l’Inde à ce jour. Certes, les négociations sur ce méga-contrat démarrent à peine, et elles impliqueront sans doute certains transferts de production, mais cette annonce qui a précèdé la visite de Macron en Inde illustre la solidité de la coopération bilatérale.
Au cours de la dernière décennie, l’Indo-Pacifique est devenu un terrain de jeu pour les grandes puissances avec en toile de fond les routes commerciales, la rivalité géoéconomique et la préservation de la biodiversité marine, attirant ainsi une attention considérable en raison de son importance géostratégique. New Delhi et Paris partagent une large convergence stratégique dans cette région. L’Inde et la France sont des puissances résidentes stratégiquement situées et des partenaires clés ayant des intérêts vitaux dans l’Indo-Pacifique. Leur partenariat dans l’océan Indien constitue désormais un axe majeur de leur relation bilatérale. En 2018, l’Inde et la France ont adopté une « Vision stratégique conjointe de la coopération Inde-France dans la région de l’océan Indien », offrant également un contrepoids important à l’affirmation croissante de la Chine dans la région.
Au-delà des liens bilatéraux, les deux pays jouent un rôle actif sur la scène internationale. Engagés en faveur du multilatéralisme et de la multipolarité, leur coopération est essentielle non seulement pour leur relation bilatérale, mais aussi pour la stabilité de la politique mondiale. Cette année revêt un caractère particulier, la France accueillant le sommet du G7 tandis que l’Inde organise le sommet des BRICS ; les deux pays sont également membres du G20 et coopèrent sur de nombreux dossiers.
À l’avenir, l’Inde et la France devront naviguer à travers le labyrinthe géopolitique qui ébranle leurs régions respectives. Elles peuvent collaborer pour renforcer davantage leur position dans l’Indo-Pacifique et agir comme catalyseur d’un approfondissement des relations entre l’Inde et l’Union européenne. En conclusion, le partenariat Inde-France offre de nombreuses opportunités, solidement ancrées dans la confiance et le respect mutuel. Il s’est imposé comme un modèle réussi de coopération entre l’Est et l’Ouest, susceptible de devenir l’une des relations les plus dynamiques du XXIᵉ siècle.
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(*) Mohit Anand est professeur de commerce international et de stratégie et directeur des opérations pour l’Inde à emlyon business school. Ses recherches portent sur les marchés émergents, l’innovation et les questions commerciales. Le Dr. Anand est aussi Milliman Fellow en Micro-assurance à l’Académie ILO-ITC Impact à Turin, Italie. Philippe Le Corre est professeur de géopolitique et d’études asiatiques à l’ESSEC et chercheur à l’Asia Society Policy Institute. Spécialiste de l’Asie, il était auparavant chercheur à Harvard Kennedy School, Brookings Institution et Carnegie Endowment for International Peace. Il est aussi chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et au John K. Fairbank Center for Chinese Studies (université de Harvard).
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