OPINION. « Les territoires, remède à l’instabilité actuelle et point de départ d’une transition juste »
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Louis Raynaud de Lage
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Par Louis Raynaud de Lage, Senior Manager Impact & Durabilité chez Bartle (*)
Face à la fragmentation du paysage politique, à la polarisation de la société, à la fragilisation économique d’une partie de la population et à la montée des risques environnementaux, la France a besoin de retrouver un socle. Et celui-ci existe, c’est le territoire de vie, Lieu où le lien et l’action sont possibles, il incarne la possibilité d’une transition juste et d’une stabilité retrouvée.
C’est à l’échelle de la commune ou de l’agglomération, qui correspond souvent au bassin de vie, que tout se joue : selon le CEVIPOF, trois quarts des Français sont attachés à leur commune, contre la moitié seulement à la région. De plus, en matière de personnalité publique, c’est d’abord à leur maire que les Français font confiance (69%), loin devant leur député (42%) ou le président de la République (23%). Ce phénomène est révélateur du besoin d’ancrage et de proximité de nos concitoyens, de cohérence entre lieu de vie et prise de décision.
Face à la complexité des strates institutionnelles, le bassin de vie est celui qui prend le plus consistance et réalité, celui où nous habitons et travaillons, où nos enfants grandissent et où nous accédons aux services essentiels. C’est donc à partir de cet espace que doit se penser l’avenir que nous désirons, celui qui embrasse le bien commun, accepte la nécessaire transition environnementale, sans laisser personne sur le bord de la route.
Le territoire par excellence, c’est Wallincourt, cette bourgade du Nord que met en scène le film En fanfare, d’Emmanuel Courcol. Ce n’est pas un lieu idéalisé mais un lieu réel, confronté au déclin industriel, à un fort taux de chômage et une détérioration des conditions sociales. Et pourtant, c’est aussi le lieu où la fraternité est possible.
C’est là que se posent concrètement les défis – et que surgissent, déjà, des solutions. Et des solutions, les territoires en regorgent.
Comme un pied de nez au passé, Loos-en-Gohelle, commune minière des Hauts-de-France, a fait de son identité un atout. La ville a choisi de faire de la mémoire industrielle un levier de transformation. Depuis vingt ans, élus, associations et habitants y construisent ensemble une « transition apprenante ». L’écologie y est culturelle et sociale : rénovation énergétique, pédagogie, participation citoyenne. Loos démontre que, dans territoires autrefois sinistrés, la résilience peut être joyeuse, qu’elle naît du collectif, de la confiance et de la coopération.
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À Romans-sur-Isère, ancienne capitale de la chaussure ayant subi de plein fouet la désindustrialisation, la ville s’est réinventé grâce aux coopérations territoriales et à l’Economie Sociale et Solidaire : développement d’un Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE), moteur de renouveau via l’insertion par le groupe Archer, coopérative d’activité Arcoop, innovation autour de la circularité textile et de l’économie de la fonctionnalité (qui privilégie l’usage sur la propriété) avec 1083, tiers lieu d’enseignement supérieur Campus Connecté… Ici, la transition s’appuie sur les acteurs publics locaux qui jouent un rôle de fédérateur et de catalyseur.
Dans l’ancien bassin industriel du Creusot-Montceau, la communauté urbaine a choisi de faire de la transition industrielle une politique sociale. Reconversion des friches, accompagnement des salariés, développement de filières bas-carbone : tout repose sur un dialogue permanent entre entreprises, syndicats et acteurs publics.
C’est l’une des rares collectivités à avoir intégré la notion de justice sociale dans sa planification écologique : anticiper les mutations plutôt que les subir, sans laisser personne au bord du chemin.
Ces expériences locales démontrent une vérité simple : une transition réussie ne se décrète pas d’en haut. Elle se construit au ras du sol, dans la durée, à partir de la connaissance fine du terrain, des ressources et des acteurs.
La résilience ne se mesure pas seulement en mégawatts économisés ou en tonnes de CO₂ évitées. Elle se mesure à la capacité d’un territoire à donner prise aux habitants et acteur slocaux, à leur permettre d’agir. Une transition juste est d’abord une transition vécue, comprise et désirée localement. Cela suppose que les acteurs publics deviennent des facilitateurs, qui impulsent et soutiennent les initiatives, et une ingénierie publique capable de faire de l’accompagnement et du financement sur-mesure.
Dans un pays fracturé, rongé par l’incertitude, les territoires offrent une boussole. Ils sont le lieu du faire ensemble, de la confiance retrouvée et du temps long. À Loos, à Romans, au Creusot comme ailleurs, la France expérimente ce que pourrait être une transition juste : une écologie du lien, une économie du sens, une démocratie du quotidien.
C’est là, dans ces lieux concrets, que se reconstruit l’espérance politique. Croire qu’il existe un espace pour refaire société et construire un futur désirable.
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(*) Louis Raynaud de Lage est diplômé de l'ESSEC avec une spécialisation en innovation sociale. Il a plus de 10 ans d'expérience professionnelle dans l’accompagnement des organisations sur leurs enjeux de durabilité, en cabinet de conseil et en laboratoire de recherche. Il possède une expertise particulière sur les sujets d’évaluation d’impact social et environnemental. Il est actuellement Senior manager chez Bartle où il contribue au développement de l’offre RSE du cabinet.
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