OPINION. « Ce que 400 ans de Marine nationale disent aux entreprises du XXIᵉ siècle »
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Cédric Baecher et Mathilde Aubinaud
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Par Cédric Baecher et Mathilde Aubinaud (*)
À l’heure où la Marine nationale célèbre 400 ans d’engagement au service de la France et des Français, elle rappelle qu’exceller dans un monde incertain suppose de penser le temps long, cultiver le collectif, maîtriser la complexité et exercer la puissance avec responsabilité. Les parallèles avec le monde des entreprises sont flagrants.
Unifiée et devenue permanente en 1626 sous l’impulsion du cardinal de Richelieu, qui lui donne également une ambition globale et souveraine, la Marine s’est construite sur une continuité stratégique rare. Construction navale, dissuasion nucléaire, formation des équipages ou présence en mer s’inscrivent dans des cycles de plusieurs décennies. Cette relation au temps long, nourrie par une mémoire institutionnelle étroitement liée à l’action, constitue un actif stratégique majeur, illustré notamment par le lien structurant avec la base industrielle et technologique de défense.
Face aux limites du court-termisme, les entreprises qui gagnent investissent elles-aussi dans la durée (stratégies industrielles et technologiques, transformation durable, gouvernance résiliente…) pour se doter d’un avantage compétitif réel. À l’image de certaines entreprises familiales, penser à long terme permet de créer de la valeur durable.
Cette capacité à intégrer le temps long s’accompagne d’un rapport exigeant à la puissance. La Marine protège des fonctions vitales – routes maritimes, câbles sous-marins, approvisionnements stratégiques – par des actions dont le succès est souvent invisible. Elle exerce une force encadrée par le droit, fondée sur la dissuasion et la proportionnalité.
Les entreprises détiennent un pouvoir économique, technologique ou informationnel croissant. Elles font face aux mêmes exigences que la Marine : une puissance non maîtrisée devient un risque stratégique, alors qu’une puissance responsable fonde la légitimité et la confiance.
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La mer est un espace vaste, instable et incomplet en information. La Marine nationale y est présente en continu, sur toutes les mers, veillant notamment sur l’étendue des zones économiques exclusives françaises, les deuxièmes plus vastes au monde.
De la mer au cyberespace, des fonds marins à l’espace, elle opère dans des environnements interconnectés, où se jouent souveraineté, sécurité et continuité opérationnelle, où le droit à l’erreur est quasi nul et où l’adaptabilité prime sur la prévision parfaite. Être présent sans être dominant, visible sans être intrusif : cette souveraineté cognitive est au cœur de l’efficacité.
Les entreprises évoluent dans des conditions comparables. Chaînes de valeur mondialisées, risques géopolitiques omniprésents, tensions sur les ressources : le monde est leur terrain d’opérations. Capteurs pertinents, capacités d’anticipation et relais locaux crédibles deviennent décisifs. Pas pour tout prévoir, mais détecter tôt et décider malgré l’incertitude.
Pour démultiplier son action et sa puissance, et acquérir la supériorité opérationnelle en mer, la Marine nationale a misé très tôt sur l’innovation. Les progrès des sciences ont rapidement trouvé leur place sur les navires. Les entreprises partagent aujourd’hui ce même défi : transformer l’innovation en capacités opérationnelles réelles.
À tout cela s’ajoute une exigence d’excellence opérationnelle sous contrainte. En mer comme dans l’entreprise, rigueur, entraînement et retour d’expérience permanent sont les clés de la performance. Apprendre vite de ses erreurs, plutôt que les masquer, est un impératif stratégique.
À bord d’un bâtiment de la Marine, personne n’est optionnel. L’esprit d’équipage repose sur la confiance, la solidarité et la complémentarité des compétences, parfois confiées à des marins très jeunes. Le collectif n’est pas un supplément d’âme : il est une condition de survie.
Les entreprises les plus performantes suivent la même logique. Leur performance repose sur des équipes responsabilisées, capables de faire vivre un dialogue interdisciplinaire dans le temps. Engagement et inclusion sont des leviers essentiels pour créer de la valeur.
Cette culture s’articule avec un leadership clair. Le commandement naval assume l’autorité tout en déléguant intelligemment, encourageant l’initiative dans un cadre partagé et compris. Les entreprises font face au même défi : libérer l’initiative sans diluer les responsabilités. Clarté des rôles et autonomie se renforcent mutuellement.
Au-delà des parallèles, chaque monde conserve ses spécificités. Les entreprises font fonctionner la société ; la Marine protège l’existence même de la société. Et si les salariés peuvent être attachés à leur entreprise, leur statut ne prévoit pas la possibilité du sacrifice pour défendre la patrie, contrairement aux marins d’Etat.
Autant de leçons précieuses, et de raisons de renforcer sans relâche les passerelles entre des mondes qui partagent bien plus qu’ils ne l’imaginent.
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(*) Cédric Baecher est Partner chez Wavestone, réserviste citoyen de la Marine nationale, auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et Conseiller du Commerce Extérieur de la France. Mathilde Aubinaud est auteure de La Saga des Audacieux, auditrice libre de la 31ème promotion de l’École de guerre et auditrice civile du Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM).
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