OPINION. « Projet de loi de finances : renouer avec la concertation économique et sociale »
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Olivier Poncelet et Gilles Rouvière
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Par Olivier Poncelet et Gilles Rouvière (*)
Le projet de loi de finances est l’un des actes les plus structurants de la vie publique. Il fixe des équilibres budgétaires, traduit des choix politiques et engage durablement l’économie du pays. Mais il est aussi, par nature, un acte de gouvernance économique et sociale, dont l’efficacité dépend autant de son contenu que de la méthode ayant présidé à son élaboration.
Or, le projet actuellement en discussion marque une rupture préoccupante : les arbitrages majeurs ont principalement été construits dans le cadre de négociations entre partis politiques, et non dans un dialogue entre la puissance publique et les acteurs économiques et sociaux. Les organisations professionnelles, qui représentent pourtant les entreprises, les filières et donc l’emploi, ont largement été cantonnées à une posture défensive, en réaction.
Cette méthode n’est pas sans précédent. Elle rappelle une logique bien connue sous la IVᵉ République, où les compromis se nouaient avant tout au sein de la classe politique, dans des équilibres partisans souvent instables. La Vème République, avec des procédures de rationalisation du parlementarisme, avait permis aux corps intermédiaires de trouver une place plus importante dans la construction de la politique publique.
Aujourd’hui, un accord politique semble avoir été trouvé sur le budget de l’Etat. Mais il s’agit largement d’un accord entre partis plutôt que d’un compromis construit avec celles et ceux qui devront en appliquer concrètement les conséquences. À ce stade, ni les entreprises, ni les branches professionnelles, ni les partenaires sociaux ne disposent d’une vision claire de la version finale du texte. Les mesures exactes, leurs modalités et leur calendrier restent flous, rendant toute anticipation impossible.
Cette opacité fragilise la confiance et alimente l’attentisme. Une économie ne peut fonctionner durablement sans visibilité. Les décisions d’investissement, d’embauche ou de transformation se prennent sur la base de règles claires et stables, non sur des hypothèses incertaines issues de compromis politiques encore mouvants.
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Les premières orientations connues font par ailleurs apparaître des hausses de prélèvements ou des ajustements fiscaux qui pèseront sur la compétitivité des entreprises. Or, affaiblir la compétitivité, c’est mécaniquement fragiliser l’emploi. Ce lien n’est ni idéologique ni théorique : il est constaté quotidiennement par les acteurs économiques sur le terrain.
Les organisations professionnelles ont précisément pour vocation d’alerter sur ces effets de second ordre. Complémentaires aux partis politiques, elles apportent une expertise sectorielle, une connaissance fine des chaînes de valeur et une capacité d’anticipation que ne peut produire un dialogue strictement partisan. Les exclure du processus, c’est prendre le risque de décisions techniquement fragiles et économiquement contre-productives.
À l’approche des prochaines échéances électorales, cette question de méthode devient centrale. Les programmes économiques et budgétaires qui seront soumis aux Français ne pourront être crédibles que s’ils reposent sur une concertation réelle avec les corps intermédiaires. Le Cedap appelle les responsables politiques à renouer avec cette culture du dialogue, non par nostalgie institutionnelle, mais par exigence d’efficacité économique et de responsabilité sociale.
Écouter, concerter, co-construire avec les acteurs économiques et sociaux : c’est à cette condition que les choix budgétaires et collectifs à venir pourront être compris, acceptés et mis en œuvre dans l’intérêt de tous.
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(*) Âgé de 36 ans et diplômé de Sciences Po Paris, il possède une solide expertise des organisations professionnelles et des politiques publiques. Délégué Général de l’Union TLF, l’organisation professionnelle représentative du secteur du transport et de la logistique, il pilote aujourd’hui un réseau de 2 000 entreprises générant plus de 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires et employant 250 000 salariés. Avant de rejoindre l’Union TLF en 2022, il a dirigé la Fédération de la Formation Professionnelle (devenue ‘Les Acteurs de la Compétence’), où il a joué un rôle clé dans la transformation du secteur. Son parcours en cabinet ministériel, administration et dans le secteur des études et sondage lui confère une expertise précieuse pour accompagner l’évolution des métiers de dirigeant d’association. Âgé de 44 ans, diplômé d’un master en droit du marché et d’un MBA, Gilles Rouvière a fait toute sa carrière au sein des organisations professionnelles de différents secteurs : agroalimentaire, industrie et technologie. Depuis février 2020, il dirige L’Alliance 7, la Fédération représentant les acteurs du chocolat, des biscuits-gâteaux-panifications, de la confiserie, des thés-plantes à infusion, du café, des céréales du petit-déjeuner, des apéritifs à croquer, des fruits secs et de la nutrition spécialisée. Il est également Vice-président du CEDAP en charge de la promotion du métier de Dirigeant d’organisation professionnelle.
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