OPINION. « Face aux déserts médicaux, faisons plus confiance aux territoires »
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Pierre Guillocheau
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Par Pierre Guillocheau, Directeur général de Crédit Agricole Santé & Territoires (*)
Les déserts médicaux ne cessent de s’étendre, dans tous les territoires (urbain, péri urbain ou ruraux), générant un réel sentiment d’insécurité sanitaire. Ainsi 11 % des Français n’ont pas de médecin traitant, cette proportion pouvant même atteindre 15 % à 20% dans certaines zones.
Une vraie lassitude émerge face à l’enchaînement des effets d’annonce sans réels impacts. De fait malgré la multiplication des réformes nationales au cours des dernières années, les inégalités d’accès aux soins se sont creusées, affectant notre conception de l’unité républicaine et alimentant le sentiment de déclassement dans une part croissante des territoires. Le paradoxe est que plus le système de santé a été « normé » avec la volonté d’en faire un « jardin à la française », plus les difficultés et les inégalités (géographiques, sociologiques) ont cru et continuent de croitre.
Ces effets d’annonce se heurtent à une réalité : la question des déserts médicaux relève avant tout des caractéristiques propres à chaque territoire. Les enjeux sanitaires et démographiques varient profondément d’un territoire à l’autre, avec, par exemple, des prévalences de pathologies très différentes selon les lieux, les histoires, le tissu économique ou les conditions environnementales. De même l’état de l’offre de soins primaires peut différer fortement d’un territoire à l’autre. Pour être efficaces les solutions doivent donc être conçues avant tout à partir des enjeux et des besoins propres à chaque territoire.
Quand on parle des territoires, les régions, et plus encore les départements et les intercommunalités, constituent des échelons d’intervention particulièrement pertinents. Leur grande proximité des enjeux, des réalités locales et des acteurs de terrain, combinée à une capacité à prendre du recul et à mutualiser les moyens permettent d’investir de façon adaptée dans le système de soin primaire. Ni trop loin, ni trop près, ces échelons constituent le périmètre idéal pour agir.
Et de fait dans ces territoires, des dynamiques émergent directement du terrain : création de communautés d’acteurs, développement de pôles de santé intermédiaires de proximité associant médecine générale, radiologie, laboratoire et soins non programmés, déploiement de dispositifs de télémédecine assistée associant médecins et infirmiers permettant d’apporter très vite de vraies solutions dans les zones en difficulté, initiatives innovantes en matière de politiques de prévention, renforcement de la coordination entre le sanitaire et le social pour anticiper le vieillissement, initiatives en matière de santé mentale… Autant de réponses qui émergent, de façon pragmatique, portées par des acteurs engagés en dehors de toute posture. Sans prétendre à une quelconque « solution miracle », mais en mobilisant des « boites à outils » de leviers, adaptés à la culture d’un territoire et à ses enjeux de santé.
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Sans nier l’importance d’un pilotage, d’une régulation et de cadres nationaux, répondre aux enjeux des déserts médicaux doit donc conduire à faire évoluer la façon de travailler. En allant prioritairement sur le terrain, en développant fortement l’horizontalité, en associant plus les échelons départementaux des ARS, les CPAM, les Ordres, les communautés professionnelles, les collectivités locales et des acteurs privés engagés. En donnant de véritables marges de manœuvre pérennes aux acteurs de terrain pour agir et créer de nouvelles pratiques sur la base de logiques de contractualisation. On voit ainsi des territoires en difficultés prendre en main leur avenir de façon agile et réussir à renforcer l’offre de soins, d’abord sur la base d’un projet collectif et d’une gouvernance territoriale structurée et coordonnée. Bien entendu, cette dynamique d’horizontalité va demander du temps pour s’ancrer mais les volontés sont de plus en plus présentes.
Répondre aux problématiques de l’accès aux soins passe donc d’abord par une méthode nouvelle : celle qui fait confiance aux territoires.
Donner plus de responsabilités et de capacité d’innover aux territoires permettra non seulement de mieux répondre de façon pragmatique aux besoins de santé, mais aussi au-delà de revivifier notre fonctionnement démocratique sur la base de fonctionnements coopératifs visibles et utiles pour les Français.
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(*) Pierre Guillocheau commence sa carrière en 1987 au sein du cabinet de conseil Bernard Julhiet. En 1989, il rejoint le pôle Conduite du changement puis le pôle Financier d’Accenture. En 2000, il intègre Médéric où il occupe successivement différents postes de Direction : Directeur de la Stratégie et du Contrôle de gestion jusqu’en 2003, Directeur du Centre de gestion de Paris jusqu’en 2005, Directeur des Retraites jusqu’en 2009 puis Directeur de la Gestion et du Service clients. En 2011, il prend les fonctions de Directeur général adjoint de Malakoff Médéric. Il rejoint CA Assurances en 2014 en qualité de Directeur des Assurances collectives et Directeur général de CA Assurances Retraite en 2022. En 2023, il rejoint Crédit Agricole S.A. et assure la direction du métier CA Santé & Territoires au sein du pôle Client et Développement.
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