OPINION. « Présidentielle 2027 : quand la visibilité produit surtout de la familiarité »
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Véronique Chabourine
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Par Véronique Chabourine, analyste stratégique
Le 17 mai, près de 500 élus locaux publiaient un appel en faveur d’une candidature de Gabriel Attal à la présidentielle de 2027. Quelques jours plus tôt, certains médias recensaient déjà plus de 18 candidats déclarés ou potentiels. À mesure que la précampagne s’installe, le paysage politique reste marqué par une forte dispersion des offres et des positionnements : candidatures concurrentes au centre, équilibres incertains à gauche, stratégies d’alliances encore floues. Dans cette séquence, le RN et LFI semblent surtout bénéficier d’une forme de « prime à la clarté » dans l’opinion, face à des offres politiques encore largement indéterminées. Cette fragmentation politique se déploie dans un environnement informationnel lui-même de plus en plus saturé [1]. Plusieurs études récentes montrent d’ailleurs que les responsables politiques investissent massivement ces espaces. En France, plus de la moitié des députés [2] sont désormais présents sur TikTok ; au Parlement européen, 374 eurodéputés [3] sur 719 utilisent également la plateforme.
Les réseaux sociaux sont devenus, pour une partie croissante des responsables politiques, un espace stratégique d’émergence, de visibilité et de construction de notoriété. La politique ne cherche plus seulement à convaincre ; elle cherche aussi à capter l’attention dans des environnements où les contenus sont désormais en concurrence permanente. Or cette inflation continue des flux se heurte à une fatigue informationnelle croissante. Plusieurs études [4] récentes montrent une hausse de l’évitement de l’actualité dans des environnements marqués par la surcharge informationnelle et la fragmentation des contenus. Plus les flux augmentent, plus l’attention devient rare, volatile et difficile à stabiliser. La viralité, l’omniprésence ou la capacité à occuper les flux tendent à devenir progressivement perçues comme des marqueurs d’influence politique. Une étude [5] publiée en janvier 2025, fondée sur l’analyse de près de deux millions de discours parlementaires entre 2007 et 2024, souligne d’ailleurs une transformation progressive des logiques de prise de parole politique sous l’effet des réseaux sociaux et des formats numériques.
Les réseaux sociaux produisent très efficacement de la familiarité : répétition, proximité apparente, exposition permanente. Mais dans les logiques d’influence et de soft power, la familiarité ne constitue qu’une composante partielle de l’influence politique réelle. Dans les logiques [6] de soft power familiarité, réputation et influence renvoient à des mécanismes distincts, cette dernière désignant plus largement une capacité à peser sur des dynamiques politiques, médiatiques ou institutionnelles. L’influence durable repose aussi sur une forme de crédibilité, de cohérence et de capacité à installer des perceptions stables dans le temps.
La logique des réseaux sociaux tend structurellement à réduire la distance entre responsables politiques et citoyens : immédiateté des réactions, commentaires continus, exposition quotidienne, proximité permanente. Or, une élection présidentielle ne repose pas uniquement sur la proximité ou la présence dans les flux. Elle mobilise aussi des perceptions de crédibilité, de stabilité, de stature ou d’incarnation.
Les plateformes numériques [7] favorisent davantage l’accessibilité, la proximité et la familiarité que l’autorité symbolique ou la capacité d’incarnation. Dans des environnements saturés, la tentation peut alors être de répondre à la concurrence attentionnelle par encore plus de flux, de réactions et de présence numérique. Mais cette inflation permanente de visibilité peut aussi produire des effets inverses : banalisation de la parole politique, dilution des positionnements ou perte progressive de gravité.
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Dans ce contexte, l’enjeu pour les campagnes de 2027 ne sera peut-être pas seulement d’occuper les flux, mais de recréer de la cohérence et de la lisibilité dans des espaces informationnels saturés. Dans des environnements marqués par l’accélération permanente des contenus, toutes les formes de visibilité ne produisent pas les mêmes effets. La multiplication des réactions, des séquences numériques et des prises de parole instantanées peut renforcer la familiarité sans nécessairement renforcer la crédibilité ou la capacité de structuration politique. L’enjeu est que les plateformes numériques favorisent structurellement des logiques d’horizontalité, de proximité permanente et de réactivité continue, alors même que la fonction présidentielle continue de reposer sur des mécanismes de crédibilité, d’incarnation et d’autorité symbolique. À mesure que les responsables politiques adoptent les mêmes codes, rythmes et formats que les plateformes elles-mêmes, un risque d’isomorphisme communicationnel apparaît : celui de voir la parole politique dans le cadre de la campagne présidentielle, devenir progressivement interchangeable avec les autres contenus des flux numériques.
Les stratégies les plus efficaces pourraient alors être celles capables de préserver une forme de verticalité symbolique au sein même des espaces numériques : formats plus longs, interventions plus rares, contextualisation accrue ou formats hybrides mêlant les codes des plateformes numériques à des formats éditoriaux et journalistiques plus structurants. Plusieurs travaux [8] sur l’économie de l’attention soulignent d’ailleurs que dans des environnements saturés, la valeur stratégique se déplace progressivement vers la capacité à sélectionner, organiser et rendre lisible l’information plutôt qu’à simplement multiplier les contenus.
Dans des espaces numériques dominés par l’horizontalité et la circulation permanente des contenus, l’enjeu pour les campagnes présidentielles pourrait être moins de reproduire les logiques des plateformes que de préserver les formes de différenciation symbolique qui rendent possible l’incarnation d’une autorité politique.
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[1] Reuters Institute – Digital News Report 2025
[2] étude JIN / Décideurs Magazine.
[3] Revista de Comunicación – TikTok usage among Members of the European Parliament
[4] Reuters Institute for the Study of Journalism, Digital News Report 2024, University of Oxford, juin 2024.
[5] CEPREMAP, La Fièvre parlementaire : ce monde où l’on catche !, janvier 2025
[6] Brand Finance, Global Soft Power Index 2025
[7] Charm: How Magnetic Personalities Shape Global Politics, Princeton University Press, 2024.
[8] George Loewenstein & Zachary Wojtowicz,
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