OPINION. «Souveraineté et durabilité, même combat ! »

Cédric Baecher et Hélène Valade
DR

Cédric Baecher et Hélène Valade
DR
Par Cédric Baecher et Hélène Valade (*)
Nous avons longtemps cru dans les entreprises que la durabilité relevait du “périphérique” : un sujet ponctuel de réputation, traité à part via un rapport ou une politique de mécénat pour satisfaire (parfois à bon compte) les attentes de la société civile.
La donne a changé. Dans un monde de rareté, de tensions géopolitiques et de dépendances multiples, la durabilité n’est plus un supplément d’âme, mais un enjeu de souveraineté.
Trois grandes tendances ont profondément rebattu les cartes et fait remonter la durabilité jusqu’à la table des comités exécutifs et des conseils d’administration.
D’abord, la pression croissante sur les ressources naturelles. Eau, terres, métaux, énergie : tout devient plus rare, plus cher, plus disputé. Le cadre de référence des « limites planétaires », popularisé par le Stockholm Resilience Centre, révèle cette finitude, par-delà les polémiques ou les attaques contre la science.
Pour de nombreux secteurs – énergie, agroalimentaire, construction, numérique – cette prise de conscience a provoqué un changement de paradigme : on ne peut plus penser modèle d’affaires et création de valeur, sans penser d’abord soutenabilité des ressources.
Green Deal européen, Inflation Reduction Act américain, plans indiens ou chinois d’autonomie énergétique : partout, la transition rejoint un projet de puissance. Même dans des contextes culturels distincts, et même si la compatibilité entre règlementations environnementales et compétitivité est posée dans le débat européen.
Le nouvel agenda économique franco-allemand le montre aussi : Paris et Berlin font de la réindustrialisation verte et de la souveraineté énergétique un axe central de coopération.
Dans un monde fragmenté, où les blocs régionaux se recomposent et s'opposent, des frontières s’érigent aussi au nom du climat et de l'environnement (parfois avec un zeste d'hypocrisie), accentuant la pression sur les chaînes de valeur. Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), clauses vertes dans les accords commerciaux, nouvelles exigences de traçabilité : la durabilité devient un instrument de politique commerciale, voire une arme protectionniste assumée.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Ces dynamiques confirment les travaux de think tanks comme l’Institut Montaigne ou la European Climate Foundation : durabilité, compétitivité et souveraineté constituent une nouvelle équation stratégique.
Enfin, la convergence accélérée entre transitions digitale et durable rebat les cartes et ouvre une nouvelle ère en matière de souveraineté. L’IA, la donnée et les systèmes d’information sont des leviers intournables pour mesurer, piloter, transformer l’empreinte des entreprises.
Le dernier Baromètre RSE publié par Wavestone et l’ORSE le montre : la qualité, la fiabilité et la maîtrise des données ESG sont le nouveau socle de la gouvernance durable.
Mais cette alliance pose encore d’autres défis : consommation énergétique des data centers, empreinte des équipements, souveraineté des données, tensions sur l’emploi… Les limites planétaires et sociales questionnent la course technologique mondiale.
Directions RSE, métiers et systèmes d'information doivent mieux coopérer, aligner performance et conformité pour créer les conditions d'une vraie souveraineté globale (technologique, économique, durable).
Au final, il n’est plus possible d’être durable sans être souverain, ni souverain sans être durable. L’entreprise pérenne est celle qui sécurise ses approvisionnements, maîtrise ses données, respecte les limites planétaires et anticipe les chocs réglementaires. En tenant compte des valeurs et attentes de ses collaborateurs, premiers acteurs de sa transformation.
La souveraineté ne se mesure plus seulement en capacités à se défendre, mais aussi à produire, innover et transformer dans un monde contraint.
______
(*) Cédric Baecher, Partner chez Wavestone, Conseiller du Commerce Extérieur de la France et expert indépendant auprès de la Commission Européenne et Hélène Valade, Présidente de l'Observatoire de la Responsabilité Sociale des Entreprises (ORSE)