OPINION. « Reprises à la barre : le choc parfois nécessaire »
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Julien Sortais
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Par Julien Sortais, Managing Director et Head of Special Situations chez Interpath France
Retail, automobile, Tech : ces secteurs connaissent en effet des ruptures comparables à celles de la fin des années 1990, mais plus rapides et plus violentes. Face à ces chocs, le problème auquel font face les entreprises n'est plus seulement financier ; il devient structurel. Le marché a changé, l'offre ne répond plus au besoin, le modèle est devenu obsolète : il ne s'agit plus d'ajuster ou de temporiser, mais d'opérer un pivot profond, parfois brutal.
C'est là que les dispositifs amiables atteignent leurs limites. Ces outils sont efficaces lorsqu'il s'agit de donner de l'air à l'entreprise en agissant sur ses dettes ou en fluidifiant une gouvernance, mais ils peinent à résoudre une crise lorsque le modèle économique lui-même est en cause. Malgré leur essor, certains dossiers échappent donc à leur portée.
La reprise à la barre est alors l’ultime levier capable de provoquer ce « choc de transformation » : remettre à plat, redéfinir le modèle, reconstruire les fondamentaux d’un business qui n’a plus de prise sur son environnement.
Si l’on prend l’exemple du retail, pendant longtemps le réflexe face à la crise consistait à réduire la voilure : fermer des points de vente, baisser les coûts, rationaliser les stocks. Ce « resizing » pouvait sauver une entreprise quand le marché restait porteur. Mais dans un environnement désormais polarisé, où l’ultra-luxe et l’ultra-cheap progressent, pendant que le moyen de gamme s’effondre, cette logique ne produit plus de redressement durable. Réduire ne fait pas renaître. On ne retourne pas une entreprise contre son marché.
Au-delà de la nécessaire rigueur financière, c’est surtout la lucidité stratégique qui fait souvent défaut : accepter qu’un modèle de distribution, une offre ou une position de marque soient devenus caducs. Le retournement viable suppose autre chose :
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repositionner la marque sur une promesse cohérente avec les attentes actuellesrevoir en profondeur le business model, du pricing à l’expérience clientet surtout, oser pivoter, parfois brutalement, avant qu’il ne soit trop tard
Reprendre à la barre n’a donc de sens que si l’on est prêt à réinventer, pas seulement à « assainir ». Les repreneurs qui réussissent ne se contentent pas d’alléger la structure : ils changent de matrice. Ils refusent la nostalgie d’un marché disparu et redonnent du sens économique à l’actif repris.
Les reprises à la barre récentes sont le reflet d’une économie en recomposition. Elles posent une question de fond : savons-nous anticiper les transformations plutôt que les subir ?
Nous restons souvent dans une logique de réparation : repousser l’échéance, espérer que la dette ou le financement suffisent à gagner du temps. Or la vérité économique finit souvent par s’imposer.
Le tribunal de commerce n’est pas le lieu de la défaite : il est parfois le révélateur d’un modèle à bout de souffle. Plutôt que de juger ces reprises comme des échecs, il faut y voir le signal d’une économie qui apprend à se confronter à ses réalités et qui tente de rebondir. Celles et ceux qui sauront regarder ces signaux pour ce qu’ils sont, auront une longueur d’avance.
L’enjeu, au fond, n’est pas de sauver à tout prix des entreprises symboliques. C’est d’apprendre à faire preuve de lucidité économique : accepter les mutations et encourager les pivots en offrant un cadre flexible aux projets ambitieux
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