OPINION. « Pour un partenariat européen sur les engrais »
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Christophe Hansen
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Par Christophe Hansen occupe actuellement le poste de commissaire à l'agriculture et à l'alimentation au sein de la Commission européenne (*)
Aujourd’hui, l’Europe est prise dans un cercle vicieux. Nous restons trop dépendants des importations de gaz et d’engrais, ce qui nous rend vulnérables aux chocs énergétiques mondiaux et aux tensions géopolitiques. La production d’engrais dépend fortement de l’énergie. Lorsque les prix de l’énergie augmentent, les prix des engrais augmentent également. Et lorsque les prix des engrais augmentent, la production alimentaire devient plus coûteuse, ce qui entraîne une hausse des prix pour tous.
À l’heure actuelle, les agriculteurs assument seuls cette hausse des coûts. L’été approche, et avec lui les décisions essentielles concernant les cultures à semer et les quantités d’engrais à acheter. Il s’agit d’un moment crucial. Certains agriculteurs pourraient décider de réduire leur production s’ils ne parviennent plus à en vivre. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement leur revenu, mais aussi notre sécurité alimentaire et le prix de notre nourriture.
Garantir à nos agriculteurs un accès continu aux engrais à des prix raisonnables et prévisibles est donc dans l’intérêt de tous. C’est pourquoi je propose un partenariat européen sur les engrais.
Nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons poursuivre sur la voie actuelle : accepter une hausse des prix alimentaires, pousser les agriculteurs européens à devoir cesser leur activité, accroître notre dépendance aux importations et assister à la fermeture progressive des usines européennes d’engrais. Ou bien nous pouvons agir dès maintenant pour rompre ce cercle vicieux, sécuriser notre approvisionnement et renforcer notre production intérieure. Ce partenariat concerne la sécurité alimentaire, la compétitivité et l’autonomie stratégique. Il s’agit de garantir que l’Europe puisse continuer à produire ce dont elle a besoin. Et ce travail commence dès maintenant, à tous les niveaux.
Premièrement, la Commission européenne mettra en place, avant l’été, un important paquet de soutien financier en faveur des agriculteurs de l’UE afin qu’ils ne supportent pas seuls l’augmentation des coûts de production alimentaire. C’est cela, la solidarité européenne. Les agriculteurs ont besoin de prévisibilité et de soutien à l’approche de la prochaine campagne de semis. Nous devons également exploiter pleinement l’innovation pour optimiser l’utilisation des engrais. L’agriculture de précision, les données satellitaires, les drones et de meilleures pratiques agronomiques peuvent aider les agriculteurs à réduire leurs coûts tout en utilisant les engrais de manière plus efficace. Dans le cadre de la politique agricole commune, nous soutiendrons les investissements dans ces technologies et autoriserons des paiements anticipés ainsi qu’un soutien financier supplémentaire pour les agriculteurs confrontés à des besoins de trésorerie pour la poursuite de leur activité.
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Deuxièmement, nous devons réduire notre dépendance aux engrais importés en facilitant le développement et l’utilisation d’alternatives européennes, notamment les engrais organiques et biosourcés. De nombreux agriculteurs peuvent déjà recycler les nutriments issus du fumier, des déchets alimentaires, du compost ou d’autres matières organiques pour les transformer en engrais de valeur. Mais il existe encore trop d’obstacles juridiques et administratifs, tant au niveau européen qu’au niveau national, qui freinent le développement et l’adoption de nouvelles solutions.
Nous adapterons notre cadre législatif afin de mieux soutenir l’innovation et de tenir compte des réalités du terrain. Cela implique de réexaminer les règles existantes lorsque cela s’avère nécessaire. Très concrètement, nous examinerons notamment comment notre réglementation relative aux nitrates peut mieux refléter les réalités pratiques des calendriers agricoles. Nous avons besoin d’une Europe qui ait du sens pour celles et ceux qui travaillent chaque jour dans les champs.
Troisièmement, nous soutiendrons des actions visant à renforcer la transparence et le dialogue tout au long de la chaîne d’approvisionnement des engrais. La Commission européenne réunira autour de la même table les producteurs d’engrais, les agriculteurs et les représentants des États membres de l’UE afin de discuter des défis actuels et des moyens d’y répondre ensemble. Cela implique de progresser vers un marché unique européen pleinement intégré pour les engrais, permettant aux agriculteurs d’acheter plus facilement des produits au-delà des frontières nationales.
Le marché des engrais a également besoin de davantage de transparence. Cela commence par une meilleure compréhension de la formation des prix. Nous rendrons compte de la manière dont les coûts liés à la mise en œuvre de notre mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et de notre système d’échange de quotas d’émission sont répercutés sur les agriculteurs. Le soutien à notre industrie ne peut pas se faire au détriment d’un autre secteur.
Mon message est clair : nous avons besoin d’un partenariat européen sur les engrais, avec des investissements et des actions aux niveaux européen, national et du secteur privé — et nous en avons besoin rapidement. C’est essentiel pour nos agriculteurs, pour notre industrie et pour tous les Européens. Le changement prendra du temps. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de retarder les mesures nécessaires si nous voulons préserver notre sécurité alimentaire et notre autonomie.
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(*) Christophe Hansen occupe actuellement le poste de commissaire à l'agriculture et à l'alimentation au sein de la Commission européenne, fonction qu'il a prise le 1er décembre 2024 Depuis 2007, le commissaire Hansen travaille activement au niveau européen sur des questions liées à l'agriculture, à l'environnement et au commerce, à divers titres. De 2018 à 2024, il a été membre du Parlement européen. Auparavant, il a notamment travaillé à la Représentation permanente du Luxembourg auprès de l'UE et à la Chambre de commerce luxembourgeoise. En 2023, il a été élu au Parlement national luxembourgeois, où il a siégé jusqu'aux élections européennes de juin 2024. Christophe Hansen est né en 1982 à Wiltz, au Luxembourg. Il est titulaire d’un master en géosciences, sciences de l’environnement et gestion des risques de l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, en France. Le commissaire Hansen parle le luxembourgeois, l’anglais, le français, l’allemand, l’espagnol et possède quelques notions de néerlandais.
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