OPINION. « La guerre commerciale que personne ne regarde »
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Franck Lebeugle
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Par Franck Lebeugle, directeur général adjoint d’AFNOR
Pour comprendre leur puissance dans le commerce international, regardez le conteneur. Omniprésent dans tous les ports du monde, ce n'est pas le fruit d'une obligation réglementaire mais d'une norme volontaire. En 1961, ses dimensions ont été standardisées. Depuis, les échanges commerciaux se sont accélérés à une vitesse fulgurante. Aucun accord tarifaire n'aurait suffi sans ce langage commun.
Il faut distinguer ce qui relève des États et ce qui relève des entreprises. Les droits de douane se décident par les politiques. Les normes volontaires sont souhaitées et élaborées par les entreprises elles-mêmes. Personne ne les impose, mais tout le monde finit par les suivre — en amont même de l'entrée sur le marché. Werner von Siemens l'avait annoncé dès le XIXe siècle : « qui fait la norme fait le marché. »
Les normes internationales sont élaborées dans des comités techniques au sein de l'ISO, où siègent plus de 170 pays. Détenir le secrétariat d'un comité, c'est peser sur son contenu. Derrière chaque standard se dessinent une stratégie industrielle, une expertise technologique, et s'imposent des exigences de qualité, de sécurité, de durabilité. Influencer une norme, ce n'est pas subir le marché, c'est le définir : un avantage compétitif qui s'inscrit dans la durée.
Par exemple, la France — au sens des entreprises qui la représentent — pilote, via Renault, le comité de la norme ISO 9001 qui est la référence mondiale du management de la qualité. C'est bien là l'exemple de ce soft power méconnu : un million d'organisations certifiées dans près de 190 pays qui appliquent un document de référence empreint d’orientations françaises.
Le Baromètre international de la normalisation 2026 d'AFNOR met en lumière une recomposition des rapports de force. La Chine, quasi absente des enceintes de normalisation au début des années 2000, a rejoint les États-Unis au deuxième rang mondial, offensive visible notamment dans les transports et la logistique, en cohérence avec sa stratégie des « nouvelles routes de la soie ». La France atteint un niveau historique avec plus de 80 comités pilotés, l'Allemagne plus de 130 : à elles deux, un niveau record qu'aucune grande puissance n'approche.
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L'Industrial Accelerator Act, publié aujourd’hui illustre l'enjeu : la Commission européenne propose de renforcer la préférence européenne dans les marchés publics. Un exemple concret parmi les pistes envisagées : un label UE harmonisé et volontaire pour distinguer l'acier bas carbone, ouvrant la voie à un « green premium » sur le marché, puis une extension à d'autres secteurs. La préférence européenne cherche ses instruments — les normes volontaires en sont un, en construisant les référentiels définissant ce qui est « made in UE » ou non.
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