OPINION. « Face aux atermoiements et renoncements politiques, ce sont aux entreprises de mener de front la lutte contre le réchauffement climatique »
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Philippe Naccache et Julien Pillot
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Par Philippe Naccache et Julien Pillot, enseignants-Chercheurs, Inseec Grande Ecole, Groupe Omnes Education
Pour autant, la pensée de Nietzsche se fracasse sur le mur du réel quand il s’agit d’analyser les atermoiements et revirements de la France et de l’UE en matière de politique environnementale. Engoncé dans un présentéisme, au sens de l’historien François Hartog, où tout devient urgent et les arbitrages difficiles et erratiques, le supercalculateur froid donne plutôt le sentiment d’une improvisation permanente. Pensons à la Commission européenne qui semble découvrir les vertus de l’énergie nucléaire, qui répond pourtant à la fois à des objectifs existentiels de souveraineté et de décarbonation, tout en déclenchant une enquête sur les aides françaises à cette même filière. La schizophrénie n’est pas loin. Et tandis que le green deal est soumis à la pression des extrêmes droites européennes, la directive CSRD est, quant à elle, portée disparue.
La France ne fait pas mieux et dispute à la Commission le concours Lépine du déballage de slogans et de postures politiciennes parfaitement caricaturales. C’est ainsi que de gauche à droite se répondent des automates. A gauche, les uns attribuent le réchauffement climatique au capitalisme, au colonialisme, voire au sionisme, quand les autres cherchent à faire tomber des symboles tels que le BBQ, les vols aériens ou les piscines privées, qui renvoient davantage à la lutte de classes qu’à la lutte climatique. A droite, c’est le relativisme – antichambre de l’immobilisme – qui prévaut. L’autoproclamé « camp de la raison » n’est pas en reste. Dans un élan de lucidité après 9 ans de mandat, le président Macron constate que les délais des recours concernant de nombreux projets sont trop longs et pénalisants. Et que dire de son gouvernement qui prépare, dans le cadre du PNAC, un « plan d’adaptation » de la France à +4 degrés, comme s’il était possible d’adapter un pays aussi agricole et touristique à une telle hausse des températures ?!
Ce panorama est d’autant plus consternant qu’en matière climatique, la procrastination n’est plus de mise. Les signaux d’alerte quant à la nature existentielle du risque s’accumulent. Le dernier en date ? Le travail de Foster et Rahmstorf, dans Geophysical Research Letters, qui établit la très forte probabilité que le climat se réchauffe désormais de +0,35 degré par décennie contre moins de 0,2 par décennie entre 1970 et 2015. Une étude qui s’ajoute à toutes les autres.
Or, les funestes conséquences économiques du réchauffement climatique sont elles aussi de mieux en mieux documentées. Citons, notamment, Bilal et Känzig qui estiment qu’une augmentation de température de +1 degré pourrait réduire le PIB mondial de plus de 20% à long terme. Ou, plus récemment, James Rising et ses collègues qui soulignent que le PIB moyen par habitant pourrait baisser de 3% à 15 % en raison de la hausse des températures locales et du niveau de la mer. Bien plus que l’état, le réchauffement climatique est ce « monstre froid » qui excelle dans sa faculté à détruire de la productivité et à faire exploser les coûts et les polices d’assurance. Tant et si bien que c’est la pérennité-même du fonctionnement et de l’organisation de nos sociétés qui est questionnée.
Dans ce contexte alarmant, le salut pourrait-il venir des entreprises ? La cinquième édition du rapport BCG x C02 révèle une situation paradoxale. Alors que seulement 6% des grandes entreprises en France mesurent leurs émissions de carbone, 82% des entreprises déclarent des bénéfices économiques liés à la décarbonation. Autre lueur d’espoir : la même étude indique que la majorité des entreprises entend accroitre leurs investissements dans l’atténuation de leur empreinte environnementale et l’adaptation au dérèglement climatique. L’étude du BCG s’insère ainsi dans une littérature qui, de plus en plus, pointe l’intérêt économique de la décarbonation pour les entreprises. On pense notamment au récent travail de Michael Wang et ses collègues réalisé auprès de 264 entreprises manufacturières britanniques qui, dans le journal International Journal of Production Economics, suggèrent que la décarbonation à un impact positif sur la performance financière.
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Cet état des lieux met en lumière que les entreprises ont tout intérêt à développer les politiques de décarbonation que les États peinent à mettre en œuvre. Il faudra probablement que le froid calcul capitalistique, mené de façon synchrone par des entreprises qui ont compris que leur intérêt économique dépend aussi de leur performance environnementale, apporte une réponse concrète à la froide menace climatique et compense la tiédeur à agir de nos dirigeants politiques.
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